Le royaume Ougarit, aux origines de l’alphabet | babelmed
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Le royaume Ougarit, aux origines de l’alphabet | babelmed
M.C.Moreau Ougarit, la terre, le ciel©
La découverte et l’histoire des fouilles
C’est en 1929, alors que la Syrie est sous Mandat français, que les fouilles de cette petite ville portuaire commencent sous la direction de Claude Schaeffer.
Les archéologues s'intéressent au tell de Ras Shamra ("colline du fenouil") situé à moins d'un kilomètre à l'intérieur des terres: des vestiges d'habitat apparaissent et, parmi les objets, des tablettes présentant une écriture cunéiforme inconnue, adoptant le système alphabétique. Cette découverte connaît un retentissement extraordinaire dans la communauté scientifique internationale. Le site est identifié à l'antique Ougarit, capitale du royaume du même nom, connue par les textes.
Les premières recherches donnent des résultats spectaculaires. Deux temples situés sur l'acropole sont découverts ainsi que des quartiers d'habitations et une forteresse royale. Interrompues pendant la guerre, les fouilles reprennent en 1948. La Syrie est alors indépendante depuis deux ans. Désormais, les trouvailles ne sont plus partagées entre la France (musée du Louvre) et la Syrie.
L'exploration du site se poursuit de façon continue à partir des années 1950 ; un grand sondage stratigraphique permet de reconstituer l'occupation du site pendant six millénaires, du 8e à la fin du 2e millénaire avant notre ère. Les fouilles restent cependant, pour des raisons de conservation, limitées à la période d’occupation la plus récente du site.
La mission, syro-française depuis 1998 et dirigée par Yves Calvet et Bassam Jamous, regroupe aujourd’hui une trentaine de chercheurs de différents domaines; archéologues, géographes, épigraphistes et spécialistes de matériaux qui collaborent avec nombres de scientifiques français et étrangers.

Le royaume d'Ougarit
Situé dans une plaine fertile de la côte syrienne, entre mer et montagne, l'ancien royaume d'Ougarit jouit d'un climat de type méditerranéen. Dans un environnement naturel de maquis et de forêts, les habitants pratiquent une agriculture diversifiée (céréales, vigne et olivier notamment) et l'élevage du bétail (moutons, chèvres et bœufs). Le royaume tire sa prospérité de ses ressources agricoles et d'une localisation favorable aux échanges entre la Méditerranée et l'intérieur des terres.

La capitale, établie sur le tell de Ras Shamra (l'antique Ougarit), couvre une surface de près de 27 ha dont un sixième seulement a été dégagé. Le site est occupé de manière continue depuis le Néolithique (8e millénaire), mais l'essentiel des vestiges mis au jour − une forteresse royale, des temples et plusieurs quartiers d'habitation − datent des XIVe-XIIIe siècles avant notre ère (fin de l'âge du bronze), avant la destruction brutale de la cité par les mystérieux "peuples de la mer" vers 1185 avant J.-C. C'est la période la plus florissante du royaume, et historiquement la mieux connue.

D'autres sites, tels Minet el-Beida, le principal port commercial, Ras Ibn Hani, sans doute la résidence d'été de la cour, les agglomérations de Ras el-Bassit, Tell Soukas et Tell Toueini dans la plaine de Jablé, donnent une image encore bien incomplète de l'organisation territoriale du royaume.

Dans les rues d'Ougarit, cité cosmopolite, on parle la langue locale, l'ougaritique, et diverses langues étrangères : l'akkadien, la langue des relations internationales, le hittite, le hourrite, l'égyptien, le chypriote, sans doute le crétois. Les scribes perpétuent l'étude de l'ancien sumérien.

Ces langues sont transcrites au moyen de différentes écritures.
La découverte de tablettes en argile et d'objets en bronze présentant une écriture cunéiforme inconnue font la renommée d'Ougarit. Les épigraphistes en donnent rapidement la clé : langue ouest-sémitique, l'ougaritique utilise un système graphique alphabétique, comme plus tard l'alphabet phénicien d'où dérivent les écritures grecque puis latine.

Les milliers de textes, principalement rédigés en akkadien et en ougaritique, découverts à Ougarit traitent des sujets les plus divers−commerce, gestion, diplomatie, littérature, magie − et renseignent sur la vie et l'histoire du royaume. Des bibliothèques et des lieux d'archivage ont été retrouvés dans le palais royal et chez des particuliers.

Les relations internationales
Les ressources et la situation stratégique d'Ougarit, au carrefour de la Méditerranée et de la Syrie intérieure, et au-delà l'Anatolie et la Mésopotamie, suscitent la convoitise des puissances qui se disputent la suprématie sur le Levant. Les archives d'Ougarit sont un apport inestimable à notre connaissance de la politique internationale de l'époque. Un traité d'allégeance au roi hittite garantit, en échange d'un lourd tribut, les frontières du royaume contre les incursions des États voisins : Amourrou, Siyannou, Moukish... Profitant de la paix conclue entre les Hittites et Ramsès II, Ougarit se rapproche de la puissante Égypte et entretient des relations avec les régions qui en dépendent comme Beyrouth, Byblos, Tyr ou Sidon.

Le royaume d’Ougarit fonde sa richesse sur une intense activité commerciale. Son réseau couvre la Méditerranée orientale en direction de Chypre, du monde égéen, de l'Égypte, et s'étend au territoire du Levant et à la Mésopotamie. A la tête d'entreprises privées d'import-export, de riches négociants se partagent le marché. On importe des vases en céramique de Mycènes, des défenses d'éléphant d'Afrique ou d'Asie, du cuivre de Chypre, tandis que repartent des livraisons de poisson vers Carkémish ou de laine bleue vers Emar.

Le roi et son royaume
Depuis la capitale, le roi gère les affaires et l'administration du royaume. Son rôle semble universel. Sur le plan politique, il traite avec les grandes puissances du moment, conclut des mariages diplomatiques, commande l'armée composée d'unités de chars et d'infanterie ; sur le plan administratif, il contrôle la répartition des habitants par agglomération ou par fonction, assure la justice et l’équité sur le territoire ; au niveau économique, il surveille les distributions ou les prélèvements de produits agricoles ou intervient dans les ventes de biens.

Le royaume est divisé en districts. Un "préfet du pays" représente les intérêts d'Ougarit auprès des royaumes voisins et un "préfet de la ville" semble avoir exercé un pouvoir juridique sur les Ougaritains. Les villages étaient sans doute administrés par des conseils d'anciens ou de notables.

Mais le souverain est avant tout considéré comme l’intermédiaire entre ses sujets et le monde des dieux. Grâce au culte royal, il protège la vie et garantit le fonctionnement de la nature, gage de vie et de fertilité du royaume.
Le roi réside avec sa famille et ses serviteurs dans le palais, constitué de salles d'apparat, d'appartements, d'un jardin, d'un temple et de dépendances. La richesse et la beauté du palais d'Ougarit, dont témoignent partiellement les objets mis au jour, étaient célèbres dans l'Antiquité.

L’artisanat et le commerce
Plaque tournante du commerce, Ougarit est aussi un centre de production très actif. Le royaume exporte son surplus agricole et ses artisans réalisent des objets usuels ou de luxe, destinés à une clientèle qui apprécie ce qui se fait alors en Égypte, en Méditerranée ou dans le monde mésopotamien. Le succès de certains produits importés a parfois incité des artisans d'Ougarit à en fabriquer des imitations.
Toutes les techniques pratiquées dans le monde antique sont maîtrisées : métallurgie lourde et orfèvrerie, ivoirerie, poterie, transformation des matières vitreuses, menuiserie, tissage, etc. Les matières premières sont d'origine locale ou importées, parfois de très loin.

Les objets manufacturés révèlent la richesse et la variété des productions artistiques et artisanales, et les textes renseignent sur des aspects aujourd'hui disparus comme la teinture de textiles, le commerce du bois, du vin et de l'huile ou l'élevage et le soin des chevaux. Il ne semble pas y avoir eu de regroupements d’artisans en quartiers, comme dans les souks modernes ; les ateliers, de petite taille, sont dispersés à travers la ville et étroitement associés à l’habitat.

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Plan du tell de Ras Shamra
La cité des Ougaritains
Dominant la plaine côtière, la cité d'Ougarit est entourée d'un rempart percé de portes. Deux ruisseaux, au nord et au sud du tell, alimentent la ville en eau.
Le plan révèle les fonctions d'une ville prospère dont l'urbanisme s'avère particulièrement soigné, avec notamment un système de collecte des eaux. Près de 6 à 8 000 habitants résident dans la capitale, et les maisons privées, réparties en quartiers desservis par un réseau de voies, occupent la majeure partie du tell. Leur organisation et leur taille, de 50 à 350-400 m2 au sol, sont variables et il faut généralement restituer un étage où se trouvaient les pièces d'habitation, le rez-de-chaussée servant au stockage et aux activités artisanales, et le toit en terrasse à d'autres usages domestiques. L'étude du matériel de la "maison au sud du temple aux rhytons" donne une idée partielle de ce que renfermait un habitat d'artisan ou de commerçant. De vastes tombes souvent construites en pierre de taille se trouvent sous quelques demeures. La découverte à Minet el- Beida, il y a quelques années, d'une tombe intacte témoigne de la richesse des offrandes déposées auprès des défunts.

Les cultes et les croyances
La présence du divin est étroitement liée à la vie du royaume. Les dieux du panthéon ougaritain interviennent partout et à tout moment. Les poèmes mythologiques du "Cycle de Baal", rédigés en ougaritique, racontent leurs aventures : celle de Baal, le dieu de l'orage, protecteur du royaume et garant de sa prospérité, qui répand chaque année des pluies bienfaisantes sur le territoire depuis sa résidence du mont Saphon, et assure par son combat victorieux contre Yam, la Mer, la sécurité des marins ; les histoires d'El, le père des dieux, d'Athirat, son épouse, d'Anat, sœur de Baal, de Mot, la Mort, etc.
Ces récits, où les préoccupations de la population sont intimement liées à l'environnement, contribuent à renforcer l'identité nationale d'Ougarit. C'est à travers eux que la civilisation “cananéenne”, dans laquelle l'univers biblique puise une grande part de ses racines, trouva pour nous, il y a soixante-quinze ans, une réalité.

Les cultes se déroulent dans les temples de Baal et de Dagan, sur l'acropole, et dans de petits sanctuaires urbains. Les textes renseignent sur les cérémonies et certains sacrifices rituels d’animaux.
Dans un cadre plus familial, on pratique aussi la divination, basée sur l'observation de phénomènes de la nature, et la magie. La musique semble avoir joué un grand rôle dans les cérémonies.
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Autour de l’exposition
Colloque international
Recherches à Ougarit, royaume syrien du 2ème millénaire avant J.-C.
En partenariat avec la mission archéologique syro-française de Ras Shamra-Ougarit et le musée du Louvre.
Les 25 et 26 novembre au musée des Beaux-Arts de Lyon, le 27 novembre au musée du Louvre.
Entrée libre dans la limite des places disponibles.

Visites commentées,
Tous les lundis à 12h15 (1h).
Tous les vendredis à 18h (1h30), sauf le 24 et le 31 décembre.
Tous les samedis à 10h30 (1h30), sauf le 4 décembre.
Le mercredi 29 décembre à 16h.

Le site archéologique d’Ougarit en images
Introduction à l’exposition et visite
samedi 23 octobre à 14h (introduction, durée 1h), visite à 15h30, sur réservation

Conversations autour de l’exposition entre Geneviève Galliano, conservateur des Antiquités au musée des Beaux-Arts de Lyon et des archéologues. Vendredi à 12h15 (1h).
- Yves Calvet, directeur de recherche au CNRS, directeur de recherche au CNRS, directeur français de la mission archéologique de Ras Shamra-Ougarit : 19 novembre.
- Jacqueline Gachet, chercheur, spécialiste des ivoires d’Ougarit : 17 décembre.

Conférences
mercredi à 18h30 (1h30).
- Ougarit, redécouverte d'un royaume par Yves Calvet, directeur de recherche au CNRS, directeur français de la mission archéologique de Ras Shamra-Ougarit : 10 novembre.
- Qatna ou les spectaculaires découvertes dans une métropole du 2e millénaire av. J.-C.
par Michel Al- Maqdissi, directeur du Service des fouilles et études archéologiques, DGAM de Syrie :
24 novembre.
- Ougaritique et akkadien : des écritures qui racontent l’histoire par Sylvie Lackenbacher, directeur de recherche au CNRS et Dennis Pardee, professeur à l'Université de Chicago: 15 décembre.
- Le Palais royal d'Ougarit par Jean-Claude Margueron, directeur d’études à l'E.P.H.E., IVe section - Paris :
12 janvier.

Réservation au 04 72 10 17 52

Publications
Catalogue de l’exposition :
Le royaume d’Ougarit, aux origines de l’alphabet, éd. d’art Somogy, 304 pages, 39 €.
Dossiers de l’archéologie, hors série n° 10:
Ougarit, aux origines de l’alphabet
, 88 pages, 8,5 €, sortie en kiosque le 20 octobre 2004.

Texte fourni par le Musée des Beaux-Arts de Lyon et repris de l'ouvrage de Marie-Christine Moreau Ougarit, la terre, le ciel, Editions La part des anges.

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