Badawi, ou l’étonnante ascension de Mohed Altrad | Mohed Altrad, Badawi
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Badawi, ou l’étonnante ascension de Mohed Altrad | Mohed Altrad, BadawiSon roman, Badawi, était paru en mars 2002 chez Actes Sud, mais ce n’est qu’aujourd’hui qu’il a les honneurs du Point… à la rubrique ‘économie’, sous le titre Altrad, La Revanche d’un Bédouin.

La très émouvante histoire de Mohed Altrad fait ainsi irruption dans son pays d’adoption et dépeint le parcours étonnant de cet enfant perdu de la steppe syrienne devenu homme d’affaires à l’échelle du monde. Histoire singulière s’il en est, où la rage de vaincre du fils de bédouin le dispute au talent du romancier.

Son roman s’intitule très simplement Badawi, c'est-à-dire Bédouin en Arabe. Un texte sincère, âpre, nourri de la tristesse d’une enfance d’orphelin et de paria dans sa propre tribu. On s’en doute, le roman est autobiographique, il retrace le parcours de Mohed Altrad sous les traits du petit Maïouf.

La mort de la mère est source d’une infinie douleur: Elle avait plongé son regard dans le sien, sans dire un mot, mais pour lui c’était toute une histoire qu’il avait pu y lire. A ce moment-là sa main avait effleuré la sienne dans un geste d’une immense douceur. Cela avait ému l’enfant jusqu’à le faire trembler. Puis la main avait glissé lentement vers le sol. Sa mère s’était endormie.

L’enfant, rejeté par la tribu, interdit d’école par sa propre famille, s’endurcit au fil des humiliations: Il avait fait part de son désir à la grand-mère, elle n’avait rien voulu entendre. Elle avait refusé toute explication. Il n’irait pas à l’école. (…) Puis elle avait cessé de récriminer. Les après-midi passaient au rythme des troupeaux, et l’enfant mûrissait son courage. (…) La nuit était tombée lorsque Maïouf poussa la toile de la porte d’entrée. Il entendit à peine les reproches et se jeta sur son lit. Désormais, se promit-il, il serait le meilleur.

Du village de la steppe au lycée de Raqqah, l’ascension de Maïouf-Mohed fut irrésistible. Reçu premier de sa région aux épreuves du baccalauréat, Maïouf est convoqué pour recevoir son diplôme des mains du ministre à Damas. Quel étranger voyage que celui du petit Bédouin allant à Damas vêtu de sa djellaba: Avec ton accent et ta tenue, tu ne peux pas cacher que tu es un Bédouin. J’espère que tu ne t’es pas habillé de la sorte par simple provocation. Puis, rentré à Raqqah, la ville basse protégée par sa couronne de remparts, ce fut comme si la foudre lui était tombée sur le crâne: le voilà inopinément doté d’une bourse pour aller étudier la pétrochimie en France!

Dès lors, commence l’autre douleur, celle de l’exil et de la séparation de l’être aimé, douleur retracée dans la lettre à Fadia: Si je te donne tous ces détails, c’est pour que tu comprennes à quel point je me sens seul. Parfois, le soir, devant mes cahiers, je suis triste. Je pense à Raqqah, à ses ruelles. Je pense au désert. Je pense à toi.

A mi-chemin du roman et d’un conte de fée devenu réalité, l’histoire de Mohed Altrad illustre la superbe réussite du fils rejeté par sa tribu bédouine: après avoir gravi les échelons chez Alcatel et Thomson, puis dans une compagnie pétrolière du Golfe Arabique, Altrad s’installe près de Béziers en 1985. En quelques années, il fonde une société (Il fallait être fou pour se lancer là-dedans en pleine crise du bâtiment, mais j’ai l’habitude des défis) et, en quelques années, devient un roi de la….bétonnière: ‘N° 1 mondial de la bétonnière’, 100.000 clients dans 60 pays, 1.000 salariés et 170 millions € de chiffre d’affaires! Le tout sous la marque Altrad, bien entendu. Le site Internet du groupe (qui s’affiche pas moins de six langues) permet même d’acheter en ligne…

Cette réussite professionnelle ne l’a pas empêchée de retracer son parcours de fils de Bédouin dans Badawi. A moins que l’écriture n’ait été l’instrument d’une réconciliation des douleurs de l’abandon et de l’exil avec la griserie d’un succès dans le business international.