«Errances», les couleurs et matières vagabondes de Fouad Naïm | babelmed
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Sténographie de la mémoire

Quelque chose de dru et de spontané proche de la pulsion expressionniste, mais toujours conditionné par une infrastructure régulatrice, sous-tend en permanence ces cadastres moirés, parfois levés en montage récurrent, où se love une vie retranchée, comme autant de fragments dérobés à la réalité. Néanmoins le rapport au réel n’est pas ici envisagé dans son volet narratif mais à travers l’idée que s’en donne le peintre, plus exactement par le biais de l’analogie. Car Fouad Naïm n’a jamais recours à l’illustration, au message où au constat, tout chez lui relève de l’ordre du relatif et du ressenti. Quant à l’ambivalence de son vocabulaire, qui chevauche les apparences et l’uniformalisme, on sait de longue date que l’antagonisme abstraction/figuration est obsolète, dans la mesure où l’on recense de l’abstraction dans tout mode de représentation.

Dans ces parages, il ne s’agit donc pas d’objectiver mais de profiler l’énigme d’une présence, le secret d’une écriture, d’un signe, où la face cachée d’un corps ou d’un visage, en somme faire passer des sentiments que l’acte pictural ourdit dans la densité de son espace. Ainsi au fil de cette sténographie du souvenir, ce que l’artiste entend délivrer ce sont en priorité les strates d’une épigraphie de la mémoire.
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Généralement graves et inquiètes, sans pathétisme indu, mais également ourlées de ludisme par moment, les toiles de Fouad Naïm nous confronte implicitement à nous-mêmes, à nos échecs et à nos espoirs, tapis dans les ressacs ombrés et les brusques lueurs de ses surfaces. Cependant, instruisant ses cartographies, il répudie tout sentimentalisme déviant, et les travaille à l’acrylique en couches et en sous couches successives, fouillant la matière et la recouvrant afin de tenter d’enrayer la marche du temps de résister à son irréductible effacement. Après quoi, il les sangle de ses codes sémantiques d’élection. Alors s’érigent des grilles verticales émaillées d’empreintes, de curieuses portées de figures géométriques étagées, de paraphes hiéroglyphique, qui ont délaissé leur fonction sociale d’antan pour n’être plus que les jalons d’un processus esthétique, l’ensemble se voyant balisé de frises peuplées de calligraphie qui nous renvoient à la culture fondatrice de l’artiste. Des quadrillages scindés en vantaux contigus hébergent des signes-personnages frontaux dont ne demeurent que l’esquisse linéaire et brouillée, sinon estompée dans les stries, les balafres et les agrégats d’une substance rêche et parcheminée. Plus loin encore, s’impose une tête hirsute et crispée, voire son masque lardé de zébrures, quand ce n’est pas une silhouette debout enténébrée qui nous interpelle de ses orbites fixes et absentes.
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Maintenant, si dans ses toiles inaugurales, Fouad Naïm ancrait des anatomies tête-bêche où en lévitation horizontale sur les fonds calligraphiés, s’inventait des jeux de société, isolait des personnages aux prises avec des échelles, mixait des bandes obliques ou droites, des cercles ressemblant à des astres et des îlots matiéristes, s’aventurait résolument dans l’abstrait en multipliant les détours stylistiques, aujourd’hui adossé à une solide expérience, il a resserré sa thématique et enrichi sa technique sans s’exiler des poussées de son univers intérieur.

De la sorte en décapant sa manière, il est parvenu à une juste synthèse du dedans et du dehors. Une synthèse qui vise désormais à l’essentiel, bien que toutes ses œuvres développent un air de famille, et se suffit à elle-même pour nous dire que la vie est une suite d’instants fragiles et menacés. Et dans cette quête existentielle, Fouad Naïm n’en finit pas de décliner son pays au loin, et conjointement sa foi en l’homme, avec une ferveur ténue qui lui appartient en propre. Gérard Xuriguera
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