Starch: la mode au cœur selon Rabih Kayrouz et Tala Hajjar Khalaf | Diala Gemayel
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Diala Gemayel   
Starch: la mode au cœur selon Rabih Kayrouz et Tala Hajjar Khalaf | Diala Gemayel«En 2006, j’ai été coach dans le programme de téléréalité «Fashion Project», diffusé par la chaîne libanaise Future», raconte Rabih Kayrouz. « Dix apprentis-créateurs internationaux étaient éliminés chaque semaine. J’ai beaucoup aimé entourer les jeunes stylistes. Et puis j’essaie toujours d’être juvénile et ce genre de situation me rafraîchit ».

Comme cela arrive malheureusement trop souvent au Liban, la création est mal aidée. Alors, la plupart du temps, c’est grâce à des initiatives et des fonds privés que les artistes trouvent une plate-forme d’aide et une vitrine médiatique. C’est exactement le propos de Starch : « Tala et moi encadrons ce projet sans but lucratif et sommes responsables de l’esthétique de la boutique. Les jeunes talents ne paient aucun pourcentage et financent eux-mêmes la réalisation de leur collection. Il faut cependant remplir quatre conditions : que Starch leur permette de présenter leur première collection professionnelle ; qu’ils aient un projet professionnel abouti ; qu’ils soient libanais et installés au Liban ; qu’ils tiennent eux-mêmes la boutique. De notre côté, nous assurons, pendant les six mois de leur présence à Starch, leur promotion auprès de la presse ».

Krikor Jabotian, fraîchement diplômé d’ESMOD Beyrouth, qui a été choisi avec Lara Khoury, Missak Avidikian et Rami Kadi par le jury de Starch, raconte : « Après mon retour de Dubaï où j'ai fait partie du « Splash Emerging Talent » à la Dubai Fashion Week, il y a presque deux saisons, j’ai reçu un appel de Tala me proposant le projet de Rabih. Je l’ai accueilli avec enthousiasme, parce que je ne voulais plus travailler en tant qu’employé après ma démission du département créatif de la maison Élie Saab ».

Le projet a conquis Solidere, la société anonyme libanaise en charge de la reconstruction du district central de Beyrouth, dont fait partie le « village » de Saïfi : elle a prêté à Starch la boutique dont elle est propriétaire. « Je trouve que Starch est magnifiquement bien située et surtout très bien fréquentée, ce qui m'a permis de faire la connaissance de « la crème de la crème », à savoir des clientes au goût distingué et en quête d'une particularité, et que les gens de mon âge découvrent mon travail », entérine Krikor Jabotian.

Haute couture émergente et travail en équipe
« Je les ai entrepris comme des collègues, poursuit Rabih Kayrouz. Avec quelques remarques sur les coupes et la cohérence du style quand c’était nécessaire. Je leur ai donné des conseils pratiques sur les tissus, par exemple ». De son côté, Krikor Jabotian relève : «Après Starch, je suis devenu moins limité et plus tolérant, plus disponible aux demandes des clientes, sans pour autant céder à des compromis majeurs. Parce qu’en fin de compte, en tant qu’artiste, je tiens à vivre de mon travail, et c’est une vraie question que de bien doser son talent, ses idées, ses fantasmes et son plaisir de créer avec les besoins plutôt réalistes d’une cliente».

Depuis novembre 2008, la présence de Starch est une nouvelle option dans le paysage de l’habillement au Liban. Alors que les supermarchés du prêt-à-porter pullulent et ne font face qu’aux prestigieuses vitrines des marques de grand luxe, la boutique de Saïfi propose de la haute-couture émergente. Comme le dit Tala Hajjar Khalaf, « elle est devenue une vraie destination pour toute personne qui cherche quelque chose de nouveau. C’est un réel succès dont nous sommes très heureux ».
Sur les présentoirs, des tissus riches, soyeux et fluides ; des couleurs fraîches, indépendantes, avec intelligence, du cahier de tendances international. Et surtout, chaque cliente peut avoir l’opportunité de découvrir, voire d’établir un lien privilégié avec le styliste, présent à la boutique. Autre particularité, très rare, chez Starch : le travail en équipe entre les quatre créateurs : étant en charge de la boutique à tour de rôle, ils ont présenté, avec le plus d’objectivité possible, leurs créations et celles de leurs collègues.

Rabih Kayrouz le répète : « C’est avant tout de générosité qu’il s’agit, pas de compétition. Un concept bien bouclé se partage volontiers. D’un autre côté, un compétiteur qui pense encore mieux que moi me pousse. Pour moi, c’est capital d’être entouré par des gens de la mode, du design, des lettres pour ne citer que cela, qui savent exactement ce qu’ils font et qui le font bien ». Il conclue sur le même ton de franchise : « J’ai voulu mettre Starch sur pied pour garder une image jeune et encourager ceux qui commencent : on l’a fait pour moi, alors pourquoi ne pas le refaire ? ».


Diala Gemayel
(05/06/2009)



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