Liban: les réactions de May Mansi et Jabour Douihi | Sylvana Khoury
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Sylvana Khoury   
Liban: les réactions de May Mansi et Jabour Douihi | Sylvana KhouryQu’en est-il des candidats libanais dont les noms ont été retenus pour le Booker arabe? Selon May Mansi, la nomination de son roman «Je chausse la poussière et je m’en vais» paru aux éditions Dar Riadh Rais s’inscrit dans ce qu’elle appelle «la découverte sincère d’un ouvrage, qu’il s’agisse du mien ou celui d’un autre.» Elle ajoute que la plus belle chose, qui passe avant la récompense matérielle, est de remporter la reconnaissance intellectuelle et affective de ce qu’on a fait de son esprit et du don d’expression qui nous a été donné.» Elle ajoute : «Chaque fois que je termine un de mes livres, je souhaite du fond du cœur qu’il traverse les frontières de ce pays pour toucher les pays où ma plume s’est portée qu’il s’agisse de la France, de l’Algérie, de l’Iraq, du Nigeria ou du Liban. Autant d’aires géographiques qui interpellent l’homme». Concernant l’écriture elle-même, elle précise qu’elle ne part pas d’un plan préétabli: «Je ne suis pas architecte et je n’ai pas de plate-forme fixe pour ériger ce à quoi je pense. Je ne sais pas de quoi sera fait mon lendemain…Dans cet exil que je vis dans mon pays, je ne peux pas planifier pour un livre. Mais je reconnais que dès lors que je me mets à table pour écrire, c’est comme si un esprit prenait ma plume et écrivait ou me dictait ce que je notais noir sur blanc.»
May Mansi replace ce roman dans l’ensemble de son œuvre. Evoquant son premier roman «Pages du carnet d’un grenadier» qu’elle avait conçu autour de l’idée de la schizophrénie, celle du frère et celle du pays pendant la guerre : «J’ai vraiment planifié pour ce livre. Mon frère était dans l’asile psychiatrique et il me dictait ce que j’avais à écrire. Mais après cette expérience qui a commencé avec le dénouement et s’est terminée sur le dénouement, je suis devenu comme une égarée sur le papier dont j’attendais qu’il m’indiquât ma voie.» C’est ainsi qu’il y eut ensuite «La Dernière scène» dont elle a imaginé le thème à partir des ruines laissées par les bombes au «Théâtre de Balbek» à Quantari et il y eut «Dans le jardin de Sarah» inspiré par les questions et les propos de sa petite-fille. Cet ouvrage fut comme une bouffée d’oxygène face au destin de plus en plus sombre de la patrie. Puis vint «Je chausse la poussière et je m’en vais», qui n’est pas son dernier roman, puisqu’elle fait paraître incessamment chez Dar Riath Rais «Le Sablier» roman dont elle dit que c’est encore un livre sur l’exil, sur l’aliénation et sur la quête de l’identité.
Quant à l’écrivain libanais Jabour Douihi, il exprime sa joie de voir son roman «Pluie de juin» publié aux éditions An-Nahar parvenir à la liste définitive des nominés pour ce prix dont l’importance réside selon lui dans son professionnalisme et dans ce qu’il couvre toute la production littéraire arabe, ce qui lui donne une dimension panarabe qui fait défaut à nombre de prix, généralement limités sur le plan géographique. Concernant son roman, il y a essayé, dit-il, d’exprimer deux points : le premier est d’ordre personnel et tient à rapprocher le roman des formes sociales et affectives de la violence civile et ce à travers une expérience vécue. Le roman exprimant le milieu où il est né, où il vécut son enfance et sa jeunesse. Le second point consiste en une tentative de présenter comme une avant-première de la guerre civile telle qu’elle sera vécue par la société libanaise suite à la multiplication des lignes de démarcation, des purges et des idéologies avec en arrière-plan un certain regard, une certaine représentation de l’autre. «J’ai voulu montrer comment ce milieu a vécu une expérience précoce qui, ultérieurement, s’est généralisée avec la guerre civile.» Concernant le style, il dit avoir recouru à une approche plurielle de l’événement, parce que ce qui l’intéresse, c’est beaucoup plus le rapport des gens avec la violence et les interactions qu’ils peuvent avoir avec elle plutôt que la violence elle-même, en tant que phénomène. «Ce qui me préoccupait, c’était moins la description de la violence que le monde la produisant et la manière avec laquelle elle s’ancre chez les gens.» Pour ce qui est de la langue, il a tenu à ce qu’elle garde sa crédibilité en se rapprochant le plus possible de l’expression réaliste et locale. D’où la place importante laissée à chaque narrateur pour qu’il relate l’histoire dans sa langue naturelle, celle qui lui donne vue sur le spectacle de la violence.


Sylvana Khoury, de Beyrouth, pour An-Nahar, le 09.02.2008
(traduction par Jalel El Gharbi)
(24/02/2008)

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