Ils sont en train de nous punir | Youssef Bazzi
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Youssef Bazzi   
  Ils sont en train de nous punir | Youssef Bazzi C’est la rancœur contre le peuple libanais. C’est le mépris de l’Etat libanais. C’est le déni de l’entité libanaise. Voilà ce qui se passe. Israël, le Hezbollah, la Syrie et l’Iran, tous nous regardent de la même manière qu’un soldat extrémiste regarde les habitants de Gaza, qu’un milicien une touriste et qu’un petit dictateur un journaliste.
Nous reprenons à zéro. Notre fragilité est plus grande que nous le pensions. Ce que nous avons réalisé en un an, s’est effrité en un jour; ce pour quoi nous avons peiné durant dix ans s’est consumé en une heure. Tous nos sacrifices pour libérer notre terre sont partis en fumée, pour rien. Et nous voici captifs du feu et du fer, juste à l’heure où nous nous apprêtions à entrer dans l’ère de l’opulence, de la prospérité et de la paix.
Soudain, on nous a poussés dans la fournaise du pilonnage et des batailles malgré nous. On nous a traînés vers le passé, vers l’anarchie et vers les ravages. Il aura suffi de 42 heures pour que nous revenions quinze ans en arrière: vers les files devant les boulangeries, devant les stations service; vers les déportations, les abris et vers la vie à lumière des bougies.
Nous avons été entraînés, malgré nous, dans une guerre que nous n’avons pas décidée et pour laquelle nous n’avons donné de procuration à personne…
A peine avons-nous échappé à la poigne syrienne, au racket régional, à la logique qui a fait du Liban, «l’arène» des conflits ou «la boîte aux lettres» des belligérants que nous voici tirés de force vers la fosse de la misère moyen orientale.
Ils sont en train de nous punir. Nous subissons ce châtiment qui équivaut à une catastrophe dans toute la diversité de nos sectes, de nos clans et de nos classes puisque la protection des lois internationales nous est déniée étant donné qu’une partie libanaise armée qui agit sous les ordres syro-iraniens franchit les frontières et enlève des soldats israéliens.
La légalité internationale et l’appui des amis nous sont déniés étant donné que nous sommes incapables d’étendre la souveraineté de l’Etat sur tout le territoire libanais et de contrôler nos frontières.
Encore une fois, on trouve que nous ne méritons ni souveraineté, ni indépendance, ni Etat. On trouve que nous ne méritons ni eau, ni électricité, ni carburant. Peu importent les prix et les factures que nous avons déjà payés.
Peu importe ce que nous avons déjà présenté et fourni. Peu importe ce que nous voulons et souhaitons.
Ils sont en train de nous punir avec toute la rancœur et la hargne de leur agression qui vient de toutes les directions. L’un nous bombarde à nous tuer, l’autre nous «étreint» jusqu’à l’étouffement et l’autre nous «protège» jusqu’à nous assassiner.
C’est nous les captifs et non pas les deux soldats israéliens.
Et nous n’avons pas de consolation. Nous n’avons pas accepté d’être Hanoi et nous ne pourrons pas être Hongkong. Nous sommes à un pas de Gaza. Nous sommes sur le point de devenir une Somalie ou un Irak.
Ils ont détruit l’infrastructure: ponts, routes, aéroports et services qui nous ont coûté des milliards et pour lesquels nous sommes encore endettés. Ils ont détruit une économie que nous avons passé 15 ans, après les longues guerres, à restaurer et à développer et voici qu’elle retombe dans la ruine.
Quelle vengeance ils ont faite du Liban, de Rafik Hariri (le symbole de la reconstruction) qu’on assassine une autre fois aujourd’hui, de nos rêves et même de notre bouchée de pain!
Youssef Bazzi
(17/07/2006)
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