Papa, qui était Al-Hariri? | Yussef Bazzi
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Yussef Bazzi   
  Papa, qui était Al-Hariri? | Yussef Bazzi “Papa,” me demande mon fils, “qui était Al-Hariri?”
Bien avant que tu naisses, nous étions jeunes. Nous avons vécu la guerre. Nous avons vécu la laideur, la déchéance, la destruction. L’émigration était devenue l’unique solution. Et puis, la paix est arrivée, et avec elle, un homme souriant, constamment optimiste. Il nous a stupéfié. On nous a dit qu’il était riche, qu’il voulait reconstruire le pays et que son nom était Rafiq Al-Hariri.
A cette époque, la ville était une épave. On nous a dit qu’il allait commencer par le centre de Beyrouth, nous sommes donc descendus au centre, et nous avons regardé les bulldozers au travail. Puis ça a été au tour de l’électricité, des téléphones, des routes, des trottoirs, et petit à petit, nous avons vu la situation s’améliorer.
Les gens ont réappris à vivre normalement: acheter, vendre, et recommencer à penser à l’avenir. On nous a aussi parlé d’ «investissements», de “tourisme”, d’”infrastructures” et de “construction” ... A cette époque, j’ai rencontré ta mère et je suis tombé amoureux. L’optimisme était partout et ta mère et moi avons commencé à faire des plans pour le futur. Nous avons trouvé du travail, notre vie a commencé à devenir un peu plus facile, nous avons pu nous marier, et puis t’avoir, toi, certains que la guerres était derrière nous, et que la vie dont nous rêvions serait enfin possible. Nous n’avons plus pensé l’émigration ni au voyage. Pendant la plus grande partie de cette époque, Essam, Rafiq Al-Hariri était premier ministre. Le Liban a fait face à une série de crises sous son mandat: parfois le prix du dollar explosait, parfois c’était le Moyen-Orient (la région dans laquelle nous vivons) qui était saigné par les guerres et la mort. Et pourtant, et en dépit de tout cela, nous avons continué à rêver d’une vie heureuse et tranquille, surtout pour nos enfants. Papa, qui était Al-Hariri? | Yussef Bazzi J’ai souvent été en désaccord avec la politique de Al-Hariri. Par exemple, j’étais soucieux lorsqu’il s’est allié avec les hommes de Zaraan, ou lorsqu’il restait silencieux face à des dangers latents. J’avoue avoir été content de sa dernière démission. Contrairement à lui, je suis un contestataire né. Je ne l’ai pas compris à l’époque, et je n’avais pas réalisé qu’il essayait de sauver le pays du chaos.
Je me rappelle que lorsqu’il a reconstruit le centre de Beyrouth –où tu adores te promener- je ne me sentais plus dans ma ville. Cette sensation me rendait triste avant de comprendre que cette ville était devenue la tienne, et que Al-Hariri regardait vers le futur. Le fait est que, il était le seul à pouvoir faire quelque chose.
Pendant 15 ans nous avons été supporters et nous avons critiqué Rafiq Al-Hariri, que la paix soit sur lui. En d’autre termes, il était le seul qui comptait pour nous, puisqu’il était l’Etat lui-même, et que la politique tournait autour de lui.
Ton père, Essam, n’appartient à aucune secte ni à aucun parti et ne suit aucun mouvement. Je suis juste un citoyen, et tu dois être la même chose. Bien qu’il ne me connaissait pas et que je ne l’ai jamais rencontré, j’ai toujours eu l’impression que le succès de Al-Hariri dépendait de gens comme moi.
“Ok, Papa… mais alors, pourquoi l’ont-ils tué?”
Parce qu’il était libanais, et qu’il aimait le Liban comme nous. Comment puis-je expliquer cela ? Le Liban nous est encore interdit Yussef Bazzi
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