Le Hezbollah dans la tourmente des contradictions | Nidal Ayoub, Ramy Makhlouf, Faïz Karem, Courant Patriotique Libre, régime syrien,Jalel el Gharbi
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Nidal Ayoub   

La déstabilisation engendrée par les révolutions et les insurrections ne s’est pas limitée aux seuls pays du printemps arabe. Au Liban, ces révolutions ont conduit certains partis à opérer des changements incommodants dans leurs positions, les amenant à faire des déclarations contradictoires. Ce qui n’a pas manqué de leur valoir de nombreuses interrogations et même des condamnations. C’est notamment le cas des positions prises par les forces et les partis islamistes, qu’ils soient sunnites ou chiites.
Ce que les révolutions arabes ont fait de mieux, c’est sans doute qu’elles ont fait tomber les masques, dévoilant l’imposture de nombreux partis. Le meilleur exemple en est le Hezbollah qui ne ratait pas une occasion pour parler de liberté et de la nécessité de libérer les peuples des régimes despotiques. Ce parti a échoué à mettre en œuvre ses slogans. Ses positions se sont avérées sélectives, soutenant certaines révolutions, en stigmatisant d’autres. Lorsque la révolution a commencé en Tunisie puis en Egypte avant de s’étendre à la Libye, au Yémen et au Bahreïn, le Hezbollah l’a saluée et ouvertement soutenue. Il a également exprimé son soulagement de voir s’insurger les peuples d’une manière qui ne pouvait rejaillir que positivement sur la nation arabe. Aussi a-t-il mis à contribution toutes les tribunes dont il dispose pour soutenir ces révolutions et inciter les peuples à la résistance. Ces prises de position honorables étaient en consonance avec l’histoire d’un parti qui s’est fait connaître par sa résistance.
Le Hezbollah dans la tourmente des contradictions | Nidal Ayoub, Ramy Makhlouf, Faïz Karem, Courant Patriotique Libre, régime syrien,Jalel el Gharbi
Rassemblementsont rassemblés à Beyrouth à l’occasion du 5e anniversaire de la guerre du Liban, connue dans le
monde arabe comme la sixième guerre israélo-arabe. REUTERS/Sharif Karim

A ce moment-là, le Hezbollah n’avait aucune crainte de voir s’étendre à la Syrie les contestations, parce que le pouvoir de ce pays soutenait la résistance au Liban et en Palestine. Et lorsque le mouvement populaire a commencé en Syrie, le Hezbollah a changé de lexique : le mot « révolution » ne s’appliquait plus aux protestations d’un peuple ; c’est le mot « complot » qui l’avait désormais remplacé. Le Hezbollah ne s’est pas contenté d’omettre les événements syriens ni de les attribuer à des agendas étrangers. Il a mobilisé ses médias pour soutenir, par tous les moyens possibles, le régime syrien, allant même jusqu’à considérer les revendications syriennes de liberté, de dignité et de démocratie comme un plan dangereux visant la partition de la région et la mise à mal de l’axe de la résistance.
Il est certain que les positions erratiques du Hezbollah changeant d’un pays à l’autre, soutenant parfois les victimes de la tyrannie, parfois les tyrans, lui a fait perdre popularité et crédibilité chez ses sympathisants. Son image de parti résistant a été ternie, aux yeux de nombreuses personnes, surtout qu’il n’a même pas condamné la violence disproportionnée à laquelle le régime syrien a recouru contre son peuple. D’aucuns ont pu le qualifier de « défaitiste » parce qu’il a soutenu toutes les révolutions arabes et a omis la syrienne. Le 7 mai, le jour où les armes ont été levées contre le peuple, le Hezbollah scandalisa encore un peu plus en déclarant que « cette journée était glorieuse ».
Le Hezbollah dans la tourmente des contradictions | Nidal Ayoub, Ramy Makhlouf, Faïz Karem, Courant Patriotique Libre, régime syrien,Jalel el GharbiPeut-être que certains observateurs n’ont pas été surpris par la position du Hezbollah relative à la Syrie, mais il est indéniable qu’il a déçu les peuples arabes et particulièrement les Syriens qui ont longtemps soutenu ce parti et s’attendaient à ce qu’il le leur rende. Mais le Hezbollah a opté pour les intérêts politiques et confessionnels au détriment du soutien à un peuple revendiquant ses droits et sa liberté.
Le Hezbollah a estimé que chaque mouvement contre le régime syrien faisait parti du complot tramé contre « l’axe de la résistance », indépendamment de la nature tyrannique de ce régime qui ne diffère pas des autres pouvoirs arabes, tous policiers et répressifs. Cette position s’explique par les relations et les intérêts qui lient la Syrie au Hezbollah. Il se peut que le Hezbollah essaie de la sorte de se montrer reconnaissant au régime syrien qui l’a soutenu dans son parcours politique et dans sa lutte armée contre Israël. Le Hezbollah semble ainsi agir selon le précepte recommandant de soutenir son frère contre vents et marées, oubliant que le frère syrien est injuste à l’égard de son peuple.
Pour pouvoir vanter la résistance de son allié, le Hezbollah a dû omettre les déclarations de Ramy Makhlouf, neveu du Président syrien, à un journal américain : « La sécurité d’Israël est tributaire de la sécurité et de la pérennité du régime syrien. » Il a dû également ne pas prêter attention aux craintes ouvertement exprimées par les Israéliens qui redoutent la chute du régime syrien, car c’est « un ennemi sage. »
Le Hezbollah dans la tourmente des contradictions | Nidal Ayoub, Ramy Makhlouf, Faïz Karem, Courant Patriotique Libre, régime syrien,Jalel el GharbiLe Hezbollah a perdu sa dernière carte de parti d’opposition et de résistant lorsqu’il a accepté la libération de l’agent Faïz Karem, général retraité et leader du Courant Patriotique Libre, dont les Renseignements libanais avaient découvert qu’il était à la solde d’Israël depuis 1982. Le Hezbollah, qui a toujours revendiqué l’exécution de tout traitre, ne s’est pas opposé à la libération de cet agent, parce que l’alliance « sacrée » le liant au Courant Patriotique Libre l’exigeait.
Ce parti, qui jouissait du respect et de la sympathie de tous pour ses positions et ses faits d’arme, s’est engagé dans un jeu politique qui lui recommande d’exploiter son histoire de parti résistant comme atout pour conserver les intérêts étroits assurant sa survie, au risque même de prendre des positions contraires à ses principes. Ainsi son intérêt lui recommande aujourd’hui de considérer la trahison de Faïz Karem plutôt comme un point de vue. On le voit, le Hezbollah n’est plus un parti d’obédience religieuse dont l’islam est la référence ; c’est désormais un parti politique par excellence : il agit par intérêt et son passé militant n’est qu’une couverture. Ce qui distingue la révolution syrienne des autres, c’est son impact direct sur le Liban. Elle en a détruit les totems qui avaient du brillant aux yeux de nombreuses personnes. Le Hezbollah a échoué à l’épreuve des révolutions arabes. Il a perdu la crédibilité qu’il avait auprès des peuples arabes et s’est confiné dans une sphère strictement chiite. Ces changements ne manqueront pas d’avoir des répercussions sur le rendement du Hezbollah et sur ses positions aussi bien au Liban que dans le reste du monde arabe, en attendant que le régime syrien sur lequel il a misé expire.


Nidal Ayoub
Traduction de l’arabe vers le français de Jalel El Gharbi
02/05/2012