La révolution syrienne débarque à Tunis | Thameur Mekki, Ramzy Choukair, Ramzy Choukair, Ramzy Choukair, Moncef Marzouki
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Thameur Mekki   
La révolution syrienne débarque à Tunis | Thameur Mekki, Ramzy Choukair, Ramzy Choukair, Ramzy Choukair, Moncef MarzoukiC’est le 14 janvier ! Des dizaines de milliers de Tunisiens célèbrent le premier anniversaire de cette journée historique à l’Avenue Habib Bourguiba. Il y a un an, jour pour jour, environ 10.000 manifestants criaient : «Dégage», s’adressant ainsi à Ben Ali, le dictateur déchu. En perte de contrôle de ses propres appareils, il a cédé. Depuis, des mouvements de protestation ont émergé en Algérie et au Maroc. Et la marche vers la Révolution a commencé en Lybie, en Egypte mais aussi au Bahreïn, au Yémen et en Syrie. En ce 14 janvier, la Tunisie fête sa Révolution sur l’Avenue Bourguiba. Pour l’occasion, les slogans proclamant, haut et fort, la solidarité des Tunisiens avec les autres mouvements révolutionnaires arabes retentissent dans les rues du pays.
«Syrie libre», lit-on sur l’une des pancartes. Décidemment, la Révolution du peuple syrien jouit d’une particulière attention de la rue, de la diplomatie tunisienne… et des artistes.

Damas-Tunis, connexion artistique
La veille de ce jour de célébration. La quinzième édition des Journées Théâtrales de Carthage (JTC), tenues du 06 au 13 janvier 2012, a pris fin. Une occasion pour le Rassemblement des Artistes et Créateurs Syriens pour la Liberté de faire part de son manifeste incendiaire. «La Révolution tunisienne est d’une grande importance pour les Syriens» déclare Ramzy Choukair, comédien et metteur en scène syrien, lundi 09 janvier, au théâtre d’El Hamra à Tunis. Cet artiste, représentant de ce rassemblement, annonce : «Ce manifeste est un point historique dans l’histoire contemporaine de la Syrie. Nous avons voulu le rendre public dans les JTC puisque nous considérons cette manifestation comme le frère jumeau du Festival des Arts Dramatiques de Damas».
Son hôte tunisien, le metteur en scène et dramaturge, Ezzdine Gannoun, directeur du Théâtre El Hamra, déclare à son tour: «C’est une initiative d’artistes syriens participants aux JTC. Ils ont demandé un soutien symbolique, artistique et politique de la part de défenseurs des Droits de l’Homme et d’artistes tunisiens. Et nous ne pouvons que répondre présents pour soutenir cette cause qui nous concerne tous». Une autre figure incontournable du théâtre arabe et tunisien était présente aux côtés de Ramzy Choukair, il s’agit du metteur en scène, dramaturge et comédien Taoufik Jebali. «Je ne peux que soutenir et appuyer cette initiative. C’est la moindre des choses. Là où les artistes tunisiens ont échoué, les artistes syriens ont réussi» dixit Jebali avec son habituel ton ironique.
Réalisateurs de cinéma et de télévision, musiciens, journalistes, comédiens, auteurs, artistes plasticiens, caricaturistes, photographes, critiques et poètes, presque une centaine d’artistes syriens ont signé ce communiqué sous l’étendard du Rassemblement des Artistes et Créateurs Syriens pour la Liberté.

La révolution syrienne débarque à Tunis | Thameur Mekki, Ramzy Choukair, Ramzy Choukair, Ramzy Choukair, Moncef Marzouki
Taoufik Jebali, Ezzdine Gannoun et Ramzy Choukair
Haro de créateurs syriens

«Nous, rassemblement des artistes et créateurs syriens pour la liberté, annonçons aujourd’hui le début de notre recherche d’une nouvelle légitimité déchaînant la liberté de créer, ses questions et entretenant son indépendance, sans faire de concessions quand il s’agit des Droits de l’Homme» lisait Ramzy Choukair en introduction du manifeste. Dans cette déclaration, le collectif d’artistes dresse le portrait d’un «Régime policier qui a contaminé par sa corruption établissement publics, ministères et syndicats».
Il décrit un régime qui a muselé les artistes en s’appuyant sur un matraquage intensif prenant la pensée unique comme principal fondement. «Le terme culture fait l’objet de sarcasme. La liberté est devenue une maladie psychique. La recherche personnelle et la création des auteurs sont sauvagement bombardées au nom du slogan «l’art est pour le peuple». Le peuple qui est aujourd’hui assassiné sans merci» explique Choukair. Dans ce manifeste au fort accent poétique, l’homme de théâtre parle de «la machine du pouvoir qui a violé le droit à l’expression avec la censure et le contrôle, et interdit aujourd’hui le droit à la vie au moment où elle a décidé de manifester, de faire grève, de s’exprimer sur ses droits. Le droit à l’expression est la vie. Et les deux font l’objet d’assassinat et de torture». La position de ce rassemblement d’artistes syriens est claire. Ils ne ménagent pas leurs propos : «Les établissements culturels – ministères, instituts et faux syndicats – ont, tous azimuts, perdu toute légitimité éthique et professionnelle. Et ce, en contribuant, avec leur silence, à la tuerie, à l’emprisonnement, au terrorisme. Mais aussi en regardant leurs enfants dans les caves de l’humiliation et de torture». C’est sur le rêve et le travail pour que la Syrie soit «un Etat civil, démocratique, pluraliste» que ces artistes syriens ont clôturé leur manifeste, confié par la suite à Wahid Essaâfi, directeur de cette édition des JTC. Il aura à le garder au Ministère de la Culture tunisien, sous une demande de Ramzy Choukair.

Gouvernement tunisien pro-CNT
La sphère théâtrale et artistique tunisienne n’est pas la seule à solidariser avec la Révolution syrienne. Les politiques se sont déjà empressés à le faire via communiqués et autres déclarations médiatiques. D’ailleurs, le premier congrès du Conseil National de Transition (CNT) Syrien s’est déroulé, à partir du 16 décembre 2011, en Tunisie. Environ 200 opposants syriens et militants des Droits de l’Homme ont assisté à ce meeting tenu dans un hôtel de la banlieue nord de Tunis. Le (nouveau) président de la République Tunisienne Moncef Marzouki y était. Dans une allocution, il a insisté sur l’importance de ne pas abandonner la voie pacifique. Pour lui, il a estimé que cela permettra de mobiliser davantage de sympathisants dans le monde et de renforcer, ainsi, la pression sur le régime sanguinaire de Bachar El Assad. Marzouki a même dénoncé, dans une interview sur France 24, la violence de la répression des manifestations par le pouvoir syrien. Toutefois, il a déclaré, dans le même entretien son, opposition à toute intervention étrangère en Syrie. De sa part, Rafik «Abdesslem» Bouchlaka n’a écarté aucune possibilité, lors d’une interview avec la BBC Arabic, y compris celle d’une intervention étrangère.
Depuis mars 2011, environ 6000 personnes ont été tué par les balles de la police, de l’armée et autres «chabbiha» [genre de milice pro-pouvoir, NDLR] du régime de Bachar El Assad. Succèdant à son père à la présidence de la Syrie, sa famille règne depuis 42 ans sur le pays. La Révolution tunisienne a chamboulé la donne dans le Monde Arabe. Mais cette dictature, profitant de la complexité de la situation géopolitique, ne semble pas prête à lâcher le pouvoir.



Thameur Mekki
31/01/2012