Valeurs partagées et perceptions distordues | Iris Nadolny
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Iris Nadolny   
Valeurs partagées et perceptions distordues | Iris NadolnyUn premier rapport sur les tendances interculturelles en Méditerranée
Le rapport Anna Lindh sur les tendances interculturelles vient d'être publié pour la première fois. Il est basé sur un sondage mené auprès de 13.000 personnes vivant dans 13 pays de l’Europe et de la Méditerranée: Allemagne, Bosnie-Herzégovine, Égypte, Espagne, France, Grèce, Hongrie, Liban, Maroc, Royaume Uni, Suède, Syrie et Turquie. Cette enquête d'opinion est complétée par une vaste palette d’analyses réalisées par un réseau d’experts dans plus de vingt pays. Le zoom thématique auquel est consacrée la troisième partie de cette édition traite de l’impact des médias sur les perceptions mutuelles. Enfin, le rapport présente des propositions d’action.

Premier en son genre, cette étude ne sera pas la dernière: La Fondation Anna Lindh, le principal organe social et culturel de l’Union pour la Méditerranée, a décidé de réaliser et de publier ce type de rapport tous les trois ans.

Une carte des valeurs
Le rapport, qui a déjà été présenté dans diverses capitales européennes et méditerranéennes, a comme objectif de dresser une «carte des valeurs», a expliqué lors de sa présentation au Parlement italien Andreu Claret, directeur exécutif de la Fondation Anna Lindh. Celui-ci a, en effet, insisté sur la connaissance des systèmes de valeurs comme base de tout dialogue interculturel.

Parmi les résultats, des faits encourageants: 42% des personnes des rives sud et est de la Méditerranée ont des amis en Europe, tandis que 65% des Européens pensent avoir des points en commun avec les habitants de l’autre rive de la Méditerranée. Et ils semblent avoir raison: L'importance de la famille, l’hospitalité et la intérêt envers les autres cultures sont des valeurs qui occupent une place centrale dans tous les pays du pourtour méditerranéen. Toutefois, l’esprit d’ouverture et des valeurs partagées qu’on peut déduire de ces résultats sont contrastés par un manque de connaissance réciproque des cultures entre elles.

Un ‘choc de l’ignorance’
Solidarité familiale, respect et intérêt envers les autres cultures, indépendance, obéissance, religion ... lesquelles de ces valeurs transmettent, selon vous, à leurs enfants les parents vivant sur l'autre rive de la Méditerranée? Voici une des 20 questions du sondage posées aux 13.000 interviewés. Les réponses révèlent un «choc de l’ignorance» de la culture d’autrui.

Un Nord épris de son indépendance et un Sud/Est organisé autour de la solidarité familiale? Ce contraste est plus présent dans les représentations que dans la réalité. 34% des personnes sondées au Sud et à l’Est de la Méditerranée pensent que les Européens accordent une importance majeure à l’indépendance, tandis que la majorité des Européens (87%) ne la citent pas comme valeur essentielle. Pour un grand nombre d’Européens la solidarité familiale (56%) et le respect à l’égard d’autres cultures (58%) représentent des valeurs-clé à retransmettre à leurs enfants. Cependant, selon l’estimation de la plupart des sondées appartenant aux rives sud et est de la Méditerranée, ces valeurs n’occuperaient pas une place cruciale en Europe.

De même que les habitants des rives sud et est se trompent dans les idées qu’ils se font des valeurs-clés européennes, les Européens, à leur tour, émettent des jugements erronés sur leurs voisins. Alors que seulement 15% des interviewés au sud et est de la Méditerranée accordent une importance majeure à la solidarité familiale, 27% des Européens ont en tête l'image d’une solidarité familiale fortement ancrée dans la vie de leur voisins du sud.

Le défi de la religion et des médias
Contre toute attente, les Européens sous-estiment l’importance de la croyance religieuse pour les peuples du Sud et de l’Est de la Méditerranée, valeur qui se situe cependant en tête des priorités pour 62% d’entre eux. Cette perception est sans doute liée au peu d'importance qu'occupe en revanche la religion dans les sociétés européennes: Seuls 15% des Européens sondés citent l’éducation religieuse de leurs enfants comme première ou deuxième valeur prioritaire. Pour Dalia Mogahed, qui a contribué au rapport en tant qu’experte, ces divergences «représentent le défi le plus important que ce groupe de pays devra affronter». Par conséquent, le rapport appelle les Européens à reconnaître l’importance de la religion chez leurs voisins du sud et de l'est méditerranéen.

Instrument crucial du dialogue, les médias peuvent véhiculer des stéréotypes, aussi bien que promouvoir des connaissances approfondies et des valeurs interculturelles. Selon 79% des Européens et 69% des personnes du Sud et de l'Est de la Méditerranée, les médias n'auraient pas d’ impact positif sur les perception des personnes d’une rive à l’autre de la Méditerranée . Un changement dans la manière d’informer des médias serait donc souhaitable. Le rapport présente sur ce point diverses recommandations telles que les échanges de journalistes des deux rives, l'introduction des immigrés dans les sondages d'audience, le soutien de médias alternatifs, des fonds pour des documentaires indépendants, la création d'une chaîne de télévision méditerranéenne...

Du chemin donc à parcourir pour apprendre à se connaître, et à mieux vivre ensemble.

Plus d’informations sont disponibles sur le site de la Fondation Anna Lindh : www.euromedalex.org/fr


Iris Nadolny
(20/12/2010)



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