En Europe, la société civile alerte | Yann Barte
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Yann Barte   
L’harmonisation des politiques d’immigration européennes” voulue par le ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale ne se construit pas seulement par la politique la plus répressive d’Europe, elle s’accompagne d’une stigmatisation grandissante de l’étranger. Ce dernier constituerait la menace principale contre l’identité nationale et le vivre-ensemble républicain.
En Europe, la société civile alerte | Yann Barte
En France comme partout en Europe, sous la pression de partis de droite souvent populistes, comme l’UDC suisse, la Ligue du Nord italienne, le Vlams belge, les étrangers se voient montrés du doigt. L’histoire coloniale des pays européens alimente certainement l’image négative que se font les nationaux des immigrés. Pourtant, on le voit, la criminalisation des étrangers est aussi présente dans les pays sans passé colonial.
Une dérive inquiétante qui commence à intéresser les sciences sociales, qui ont une responsabilité de détection précoce de ces mutations des cultures politiques qui étaient tragiquement restées invisibles dans les années 30. C’est aussi dans ce cadre de mise en garde que s’inscrivent ces journées de boycott.

Union et réseaux sociaux
A la sortie du film A Day Without a Mexican, en 2005, des journaux espagnols s’étaient amusés à imaginer une journée similaire dans la région de Madrid où vivent 765000 immigrants. Des détritus qui s’entassent, des travaux bloqués, des restaurants désorganisés…
En 2006, l’Espagne a suivi attentivement l’action des Latinos aux Etats-Unis. Aussi, est-elle le premier pays à lancer l’idée d’un boycott en Europe. Début 2009, l’idée naît d’une Journée sans immigrés (el Dia sin inmigrantes). Le mouvement, qui se veut à l’échelle du continent, dénonce une “criminalisation européenne des êtres humains en provenance des pays du Sud” et choisit, comme journée d’action, la date du 20 mars, veille de la Journée mondiale contre le racisme.
La voie choisie: l’union, les réseaux sociaux et l’engagement individuel. Personne n’est oublié, surtout pas les plus en vue: “Pour démontrer leur engagement dans la cause, les sportifs extracommunautaires de haut niveau, principalement les footballeurs, ne travailleront pas non plus ce jour-là.” Un autre collectif espagnol (1er de marzo, día de huelga del inmigrante) reprend la date du 1er mars pour être à l’unisson des autres pays européens.
En décembre dernier, l’Italie emboîte le pas au mouvement. Enfin une réaction pour dire “stop” aux politiques toujours plus discriminatoires à l’égard des étrangers, pensent nombre d’Italiens. “Il faut voir les politiques hallucinantes d’exclusion que nous avons ici! Le climat s’est beaucoup détérioré depuis 1995”, explique Nelly Diop, à l’initiative du Comité du 1er mars 2010 (primomarzo2010.blogspot.com) avec quelques particuliers (journalistes, syndicalistes…). “Nous constituons actuellement des groupes à Naples, Rome, Bergame, Vérone, Palerme… Nous avons senti que
c’était le bon moment. Beaucoup d’Italiens -craignent un vrai glissement vers la xénophobie.” La récente chasse aux étrangers à Rosarno, en Calabre, rend ce sentiment encore plus prégnant.

Vers un mouvement structuré?
Le Comité, qui s’est inspiré de l’initiative française, n’a pas voulu impliquer les partis, même si le PD (Partito democratico) a très concrètement soutenu l’initiative. Pour la responsable associative, “les contacts avec les associations d’immigrés sont privilégiés. Il s’agit avant tout d’une initiative de la société civile. Le Movimento viola, qui avait lancé le ‘No Berlusconi day’, nous soutient également.” Le comité Il primo marzo 2010 préfère mettre l’accent sur la grève de la consommation, conscient qu’il sera plus difficile pour certains de ne pas travailler.
L’Allemagne, la Belgique et la Suisse s’interrogent encore sur l’opportunité d’une telle action. Dans ces mobilisations, les réseaux sociaux sur Internet auront déjà joué à fond. Mais, à la différence des mouvements antilibéraux et environnementaux, le mouvement européen de défense des immigrés est encore à construire. Il demande à être structuré. Mais quels que soient les résultats de ces premières journées de boycott, il est désormais en marche.

Par Yann Barte
(08/02/2010)


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