Islam “mad(e) in Europe” | Hanane Harrath
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Hanane Harrath   
Islam “mad(e) in Europe” | Hanane Harrath
Campagne de la province de L’Overijssel
Si l’islam pose les mêmes questions à l’ensemble des pays européens (intégration, organisation du culte, influence étrangère), ils n’y répondent pourtant pas tous de la même façon. De polémiques surprenantes en drôles d’initiatives, petites chroniques d’un islam presque ordinaire.
L’affiche était pourtant belle. Un joli paysage champêtre, baignant sous un éclatant soleil printanier, pour vanter les mérites de la petite province hollandaise de l’Overijssel. Un paysage plutôt serein, donc, mais qui a pourtant soulevé, en mai dernier, une véritable tempête dans le pays. Pourquoi ? Parce qu’on y voyait le visage d’une jeune fille voilée, souriant timidement, et invitant les touristes et les Hollandais à visiter sa région.
La réaction ne s’est guère fait attendre : “Overijssel n’est pas musulmane”, pouvait-on ainsi lire sur les centaines d’autocollants aussitôt placardés sur les affiches. Ce n’était pas la première fois qu’une publicité faisait polémique : celle de l’opérateur téléphonique Ben, qui avait mis en scène quelques mois auparavant une jeune fille voilée, avait également provoqué quelques remous.
Mais qu’auraient donc fait les Hollandais s’ils avaient vécu en Norvège ? Là-bas, c’est carrément une fille en voile intégral bleu turquoise, dont on ne voit que les yeux, qui apparaît dans un spot que le ministère des Affaires étrangères a réalisé en 2007 pour promouvoir le tourisme en Norvège (1)!

Et qu’auraient-ils donc fait s’ils avaient vécu en Suède, où la chaîne Sveriges Television a lancé il y a tout juste un an une nouvelle émission au nom pour le moins explicite, Halal TV. Le principe ? Très simple : trois femmes voilées, l’une avocate, l’autre dentiste et la dernière femme au foyer, commentent chaque semaine l’actualité suédoise et donnent leur vision au travers de reportages et d’interviews.
Le problème ? Très houleux : l’une d’elles s’est prononcée pour la lapidation des femmes adultères, avant de revenir sur ses propos, et deux d’entre elles ont refusé dès la première émission de serrer la main à Carl Hamilton, journaliste d’un grand quotidien norvégien. Le ton était donc donné d’emblée, puisque, offusqué, il leur avait rétorqué : “Ici, on se salue en se serrant la main. Si vous ne voulez pas le faire, rentrez chez vous !” Ce à quoi la jeune femme avait répondu : “Je suis née ici.” Ambiance…

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Mahinur özdemir, conseillère municipale belge d’origine turque
En Belgique, c’est aussi une affiche, électorale celle-là, qui a fait débat lors des régionales, en juin dernier. Mahinur özdemir, une conseillère municipale de 26 ans d’origine turque, voilée, faisait campagne sous la bannière du CDH (Centre démocrate humaniste). Or, sur les documents de campagne, là où ses colistiers étaient représentés avec le haut du buste et tout le visage, le sien était recadré en gros plan, de sorte qu’on ne voit pas qu’elle porte un foulard ! Elle avait déjà subi la même chose trois ans auparavant, lors des communales.
Que faut-il donc comprendre de toutes ces anecdotes – lesquelles seraient du reste proprement inconcevables en France – et surtout que penser des réactions qu’elles soulèvent ? A priori, tous ces pays tentent de banaliser la présence de jeunes filles voilées dans leurs sociétés respectives, voire de leur apporter une reconnaissance officielle. La Norvège estime qu’à partir du moment où certaines de ses citoyennes portent le voile intégral, celui-ci fait partie de l’identité du pays, et n’hésite pas à l’intégrer dans un spot institutionnel.
Quant aux réactions suscitées, elles pourraient se comprendre si elles se basaient sur des arguments sensés, et non sur un rejet parfois un peu primaire de l’islam, conçu comme une menace de plus en plus envahissante. Car ce n’est pas ici de l’islam qu’il est question, mais de certaines pratiques musulmanes qui ne sont la plupart du temps partagées que par une minorité. Que la présentatrice suédoise refuse de serrer la main ou accepte la lapidation des femmes adultères ne veut pas dire que l’islam interdise de serrer les mains et encourage des pratiques d’un autre âge.
Les musulmans devraient être les premiers à s’indigner de ce geste, au lieu de crier à la stigmatisation. Car, comment accuser de racisme quelqu’un qui veut serrer la main d’une musulmane ? En réalité, chacun se nourrit de la réponse de l’autre pour l’accuser d’intolérance. Et à ce jeu-là, tout le monde est perdant.

Et à voir ces polémiques, la France en devient presque trop frileuse : c’est un spot publicitaire pour une marque alimentaire halal, diffusé à la télévision depuis la mi-août qui, pour la toute première fois, tente de banaliser la présence musulmane. Une publicité qui est apparue comme une véritable révolution culturelle, comme un grand pas ! C’est pourtant bien la preuve, au contraire, du retard dans les mentalités : quand ce qui est ordinaire est présenté comme extraordinaire, il y a un problème.

(1) On peut voir le clip sur: www.youtube.com/watch

Par Hanane Harrath
(20/11/2009)



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