Migration irrégulière au Maghreb: chiffres et données | Yassin Temlali
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Yassin Temlali   
Migration irrégulière au Maghreb: chiffres et données | Yassin TemlaliSelon les données fournies par le Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) effectué en 2008, le nombre d’étrangers régulièrement établis en Algérie ne dépasse pas les 95.000, soit quelque 0,3% de la population totale du pays.

Si l’on prend en considération les réfugiés (principalement des Sahraouis vivant dans la wilaya de Tindouf) ainsi que les migrants en situation irrégulière (des Subsahariens en majorité), le nombre total d’étrangers en Algérie peut s’établir, selon le chercheur algérien Mohamed Saib Musette, autour de 325.000 personnes, ce qui représente moins de 0,95% de la population totale.

Périodiquement, dans les médias algériens, des données précises sur les arrestations et reconduites aux frontières de migrants irréguliers sont rendues publiques. Elles proviennent des sources sécuritaires (gendarmerie, police, etc.). D’autres données sont parfois publiées par des instances internationales citant des rapports officiels de l'Etat algérien, mais elles ne sont, le plus souvent, qu’une synthèse des données fournies par les services de sécurité.

Mohamed Saib Musette observe que le nombre d’arrestations de migrants irréguliers en Algérie est en hausse continue ces dernières années. De 6988 en 2007 et 7824 en 2008, les arrestations on atteint, pendant le seul premier trimestre 2009, 2.277. A ce rythme, prévient-t-il, elles risquent d’atteindre 9.000 pour l’ensemble de l'année.

Si le nombre d'arrestations est publié au moins une fois par trimestre, il n’existe, en revanche, aucune estimation officielle du nombre de migrants irréguliers vivant dans le pays. Les seules données disponibles en la matière sont celles d’une enquête menée il y a quelques années par le Comité international pour la solidarité entre les peuples (une ONG italienne, active en Algérie).

Selon les résultats de cette enquête réalisée en 2005 sur un échantillon de 2000 personnes, le nombre de migrants irréguliers vivant en Algérie est 26000. Ce chiffre est légèrement supérieur à celui que le HCR donnait à la même époque (21500) et qui ne comptabilisait pas les migrants d’autres nationalités qu’africaines (arabes, asiatiques…).

Voici quelques autres conclusions de l’enquête du CISP :

- 40% des migrants irréguliers sont venus en Algérie pour travailler. Ce pays est, de ce point de vue, leur destination finale.

- 40% d’entre eux y sont dans une sorte de long transit vers le continent européen.

- Les situations des 20% restants sont diverses. Certains souhaitent rentrer chez eux mais n’en ont pas les moyens. D’autres voudraient obtenir le statut de réfugiés.

- La migration irrégulière en Algérie est plus masculine que féminine. Elle est composée essentiellement de jeunes. L’âge moyen des migrants est 26 ans.

- La majorité des migrants irréguliers ont un niveau d’instruction moyen (niveau secondaire). On trouve, toutefois, parmi eux une proportion de personnes ayant un niveau d’instruction universitaire.

Cette enquête a mis à jour une enquête similaire, menée par la même ONG en 2003, et qui avait abouti aux conclusions suivantes, entre autres :

- Le nombre de migrants clandestins se trouvant en Algérie avoisine les 40000.
- L’âge moyen de ces migrants : 28 ans.
- Plus de 85% d’entre eux sont des migrants économiques.

Concernant l’indisponibilité de statistiques sur la migration irrégulière, la même remarque vaut pour le Maroc. Il n’y a pas dans ce pays non plus d’estimation officielle du nombre de migrants irréguliers. Comme en Algérie, les seules chiffres gouvernementaux disponibles sont ceux des arrestations et reconduites aux frontières.

Selon l’Association des familles victimes de l’immigration clandestine (AFVIC, ONG marocaine), en 2007, entre 10000 à 15000 migrants irréguliers vivaient au Maroc. Ils y étaient venus, essentiellement, d’Afrique subsaharienne. L’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), estime, elle, leur nombre entre 10000 et 20000.

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Migrants subsahariens, Tanger
Les statistiques du ministère de l’Intérieur marocain montrent qu’en 2007, les services de sécurité du Royaume ont fait échouer 14449 tentatives d’émigration irrégulière, dont 7027 concernaient des Subsahariens. L’année précédente, 16560 tentatives avaient été avortées, dont 9469 concernaient cette catégorie de migrants.

Une enquête menée en 2007 par l’Association marocaine d’études et de recherches sur les migrations (AMERM), en collaboration avec CISP, a révélé les données suivantes :

- L’immigration subsaharienne au Royaume est principalement masculine : seuls 20,3% des migrants sont des femmes.

- L’âge moyen des migrants se situe à 27,7 ans. Dans leur écrasante majorité (95,4%), ceux-ci ont moins de 36 ans. Par tranche d’âges, 66,1% d’entre eux sont âgés de 26-35 ans. Les mineurs âgés de 15-17 ans ne dépassent pas 0,7% de leur effectif global.

- 31,7% des migrants irréguliers n’ont pas fait d’études alors que 48,5% ont un niveau d’instruction supérieur au primaire. 32,4% sont de niveau secondaire et 16,1% sont de niveau supérieur.

Les migrants subsahariens irréguliers seraient baucoup moins nombreux en Tunisie qu’au Maroc et en Algérie, ce qui s’expliquerait par le fait que ce pays a une profondeur géographique africaine moins importante (il n’a de frontières avec aucun Etat subsaharien). Selon Laura Davì (2), Leur nombre serait inférieur au 2000. Pour la Libye (la plus importante destination des migrations subsahariennes depuis près de deux décennies), il y a également un manque cruel de données. Ce pays est fermé aux ONG activant sur le terrain des migrations et ses statistiques officielles sont peu fiables à cause de l'inconstance de sa politique envers ses voisins du Sud.

Selon une étude du chercheur tunisien Hassan Boubakri, 2 à 2,5 millions d’étrangers vivent en Libye, soit 25 à 30% de la population totale de ce pays (3). Une écrasante majorité d’entre eux sont des Subsahariens. Le nombre de Tchadiens est estimé à 500.000 et celui des Soudanais à autant. La majorité de ces Subsahariens vivraient illégalement dans le pays (3).


(1) Les données concernant le Maroc ont été pour l’essentiel puisées dans l’article de Mohamed Mghari, « La migration irrégulière au Maroc », publié par le
Centre d’Etudes et de Recherches Démographiques (CERED, Rabat, Maroc).
Le lien de l’article sur Internet : http://iussp2009.princeton.edu/download.aspx?submissionId=92040

(2) Voir le texte d’une conférence intitulée : « Migration et diversité en transit » : http://www.ismu.org/files/Intervento%20atelier%20Toronto%20per%20sito%20Ismu.pdf

(3) Cité dans l’article ci-dessus.

Yassin Temlali
(26/10/2009)

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