Un débat mal engagé | Hanane Harrath
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Hanane Harrath   
Un débat mal engagé | Hanane HarrathQue l’on soit bien d’accord: la burqa est la marque d’une interprétation radicale et extrémiste de la religion musulmane. Elle n’est ni dans les textes de l’islam ni même dans les pratiques culturelles de la majorité des pays musulmans. Qu’elle soit subie ou librement choisie, elle reste une violence pour l’ensemble du corps social, à qui elle impose une rupture de communication. En ce sens, elle constitue un problème qu’il faut résoudre. Toute la question est de savoir comment. Et c’est là que le bât blesse.
Le sujet méritait-il la création d’une commission d’enquête parlementaire, mise en place le 1er juillet dernier, installée à l’Assemblée nationale sous la présidence de son initiateur le député communiste André Gérin, et dont Eric Raoult, ancien ministre de l’Intégration, a été désigné rapporteur? Pas sûr, surtout si l’on regarde son objectif. Il est pour le moins étonnant: il s’agit en effet de “dresser un état des lieux de la pratique du port de la burqa ou du niqab par certaines femmes musulmanes, mieux comprendre le phénomène, et définir des propositions afin de lutter contre ces méthodes qui constituent une atteinte aux libertés individuelles sur le territoire national”. Quoi que comprennent les membres de la commission de ce phénomène marginal, ils doivent réfléchir aux moyens de s’en prémunir: la solution précède donc la compréhension, et l’issue est donnée avant même l’étude du problème!

Des littéralistes…
Ce n’est pas là la seule chose gênante dans la manière dont on a abordé le sujet. Le texte instituant la commission souligne que le port du voile intégral est une “atteinte aux libertés individuelles”. Le président Sarkozy, dans son discours à Versailles le 22 juin dernier, affirme que “la burqa n’est pas un problème religieux, mais un problème d’égalité et de dignité de la femme (…), un signe d’abaissement et d’asservissement”. Autrement dit, l’objectif affiché se veut résolument féministe: émanciper la femme d’une pratique qui nie son individualité même.
Mais le problème, c’est que pour défendre cet objectif, députés et experts assermentés se sont une fois de plus empressés de présenter des arguments… théologiques! Ils étaient nombreux à s’improviser exégètes d’un jour. Nombreux, donc, à souscrire aveuglément à la posture des littéralistes qui eux aussi convoquent le Coran pour affirmer leurs positions. Surtout, pourquoi adopter un langage essentiellement religieux pour aborder un problème que l’on a commencé par définir comme non religieux? Là où le vocabulaire politique laïc est censé s’imposer, on en revient encore et toujours à une lecture uniquement religieuse.

... à la liberté individuelle
Et on en finit par oublier le vrai fond du problème, qui n’est pas de savoir si la burqa est permise ou non par l’islam: car si quelqu’un prouvait qu’elle était obligatoire, l’accepterait-on pour autant? On sait très bien que non! La vraie question, c’est de savoir si l’on peut et si l’on doit légiférer pour interdire son port. Et si oui, sur quelle base juridique? Non seulement la question de la liberté individuelle est ici posée de manière frontale, mais on peut aussi se demander si interdire est réellement une résolution du problème. Comment savoir en effet si les femmes qui la retireront seront plus libres? Après tout, comme on l’entend souvent dire, ce n’est qu’un bout de tissu qui ne change pas grand-chose… Et puis, leur interdire de la porter, n’est-ce pas la même chose que les obliger à le faire, dans l’éventualité où, pour quelques-unes, ce serait une obligation? Dans les deux cas, on les prive de cette liberté que l’on entend restaurer! Et si une loi venait à être votée, comment mettrait-on en place son application: les femmes en burqa seront-elles obligées de la retirer sur place si elles sont prises en flagrant délit? De payer une amende?
Le problème est donc complexe. Trop complexe pour être réduit à un débat qui emprunte, comme très souvent dès qu’il s’agit d’islam, au registre du sensationnel et de la polémique. Sans oublier l’alarmisme.

Par Hanane Harrath
(23/09/2009)

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