Union Méditerranéenne: la Méditerranée comme nouveau limes | Yassin Temlali
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Yassin Temlali   
Union Méditerranéenne: la Méditerranée comme nouveau limes | Yassin TemlaliLa Turquie a participé à la Coupe d’Europe de football; elle aurait même pu la remporter. Mais elle n’est pas européenne. L’Europe, comme chacun sait, est un «continent judéo-chrétien». Et la Turquie est musulmane. Son président a beau se dépenser en épuisantes médiations entre Israël et la Syrie, l’UE le soupçonne de vouloir restaurer le «califat ottoman» et de préparer secrètement un nouveau «siège de Vienne».

La Turquie, pour l’UE, doit rester un simple allié, accueillir les bases de l’OTAN et ouvrir son ciel aux bombardiers de l’«ingérence démocratique», en mission civilisatrice au Moyen-Orient. Elle doit rester un simple gardien des frontières orientales de la «Citadelle», contre ces barbares modernes, les «émigrés illégaux» et les «terroristes islamistes».

La Turquie est, pour l’UE, un territoire tampon. La Méditerranée de Nicolas Sarkozy aussi! Car le destin de la «Mer blanche du milieu» est d’être, dans les années à venir, une infranchissable frontière, un immense nouveau limes séparant entre l’opulence et la pauvreté, la modernité et l’archaïsme, la démocratie et l’autoritarisme. Le danger vient du Sud: interdisons-lui de se transporter chez nous; unissons-nous à lui mais dans la différence. Egaux mais séparés. En même temps que se préparait le sommet de l’Union pour la Méditerranée (UPM), le Conseil de l’Europe approuvait le «Pacte européen pour l’immigration», proposé par la «France méditerranéenne» de Sarkozy.

Parmi les objectifs de ce pacte figurent en bonne place la «lutte contre l’immigration illégale, notamment en assurant le retour dans leur pays d’origine ou vers un pays de transit, des étrangers en situation irrégulière» et, bien sûr, le «renforcement des contrôles aux frontières». La France a échoué à convaincre les Etats européens de renoncer aux «régularisations massives des immigrés illégaux». Mais elle leur a tout de même arraché le ferme engagement à «se limiter à des régularisations au cas par cas, […] pour des motifs humanitaires et économiques».

La «gestion des flux migratoires» est un souci majeur pour l’UE. Et puisque l’UE a endossé les généreux projets du président français, elle sera une des préoccupations centrales de l’UPM. Un «Pacte méditerranéen pour l’immigration» n’est pas à exclure. Les Etats de la Méditerranée du Sud et de l’Est sont déjà les gendarmes bénévoles de l’Europe. Et c’est pour l’Europe un inestimable avantage qu'ils soient dirigés par Hosni Moubarak, Zine El Abidine Ben Ali ou Abdelaziz Bouteflika…. Ces vieux autocrates se réjouiront de durcir leurs législations anti-migratoires, déjà très sévères, pourvu que l’Europe les voie d’un bon œil, pourvu qu’elle les aide à continuer de gouverner.

L’Union méditerranéenne entre les «vieilles démocraties» du Nord et les «vieilles autocraties» du Sud est ainsi en marche. Sur ce «lac de paix» qu’est la Méditerranée, les barques des harraga ne pourront plus naviguer. Elles devront chercher ailleurs où s’échouer.

Yassin Temlali
(15/07/2008)

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