Pourquoi l’Euromed doit soutenir et développer l’art contemporain et l’échange?  | Mary Ann DeVlieg, IETM, artistes contemporains arabes
Pourquoi l’Euromed doit soutenir et développer l’art contemporain et l’échange? Imprimer
Mary Ann DeVlieg   
Pourquoi l’Euromed doit soutenir et développer l’art contemporain et l’échange?  | Mary Ann DeVlieg, IETM, artistes contemporains arabes1. La “découverte” de l’Occident?
Une rapide recherche sur Google des mots “artistes contemporains arabes” révèle tout de suite que le marché d’art de luxe a déjà découvert les artistes visuels contemporains arabes.
Le 24 octobre 2007, la vente aux enchères de Sotheby’s pour l’art contemporain arabe et iranien a remporté 1.5 millions de livres britanniques – presque 1.9 millions d’euros . La vente aux enchères de Christie’s international pour l’art moderne et contemporain, qui se tiendra à Dubaï le 30 avril 2008, avec l’aide du commanditaire bancaire Crédit Suisse, devrait atteindre 11 millions de dollars . En mars de cette année, le propriétaire d’une galerie d’art parisienne Enrico Navarra (Jean-Michel Basquiat, contemporains chinois …) a lancé un nouveau livre d’art patiné sur l’art contemporain arabe à l’hôtel palace des émirats à Abu Dhabi. En juillet 2008, le premier salon d’art contemporain PAX à Liverpool sera centré sur l’art contemporain arabe. Le communiqué de presse explique,

“Tout comme l’art chinois, l’art contemporain arabe est attendu comme la prochaine grande explosion sur le marché de l’art. L’intérêt pour cet art croit très vite et le succès des ventes d’art arabe qui se sont tenues récemment à Londres et Dubaï ont renversé la perception de l’art arabe chez les amateurs d’art. Les experts considèrent que l’art arabe est aujourd’hui sous-évalué et il s’agit donc d’un bon moment pour ce marché particulier ”.

Il n’y a pas que les banques suisses, les ventes aux enchères, les riches collectionneurs à avoir découvert un nouveau marché de l’art. Les gouvernements aussi commencent à le découvrir: le 25 février, l’exposition d’art contemporain “les artistes arabes en Italie et en Méditerranée” s’est ouvert au Khan Assad Pasha à Damas en présence du Secrétaire général de la ligue arabe Amr Moussa. L’exposition, organisée par le Ministère italien des Affaires étrangères sous l’égide de la Ligue arabe, et conçu par le Ministère des affaires étrangères italien à Rome et est organisée en concomitance des activités culturelles de “Damas, capitale de la culture arabe 2008”. Il voyagera à Beyrouth, Le Caire et retournera en Italie avant de repartir pour les pays du Maghreb. Au Caire, une section de l’exposition sera exposée au siège de la Ligue arabe pour souligner la dimension à la fois culturelle et politique de l’initiative.

Que se passe-t-il ici? Chic politique? Quel genre d’art contemporain est exposé et vendu? Du rétro français des années cinquante? Des calligraphies abstraites? Des cristaux Swarovsky?

Comment est-il possible que l’Egypte -où l’homosexualité est illégale et punie physiquement- soit fière d’organiser une exposition d’art contemporain? Peut-être parce que nous parlons d’un certain type d’art contemporain: celui que l’on peut collectionner, vendre sur le marché de l’art et dont le prix augmentera avec l’exposition internationale de l’objet, celui qui sera présenté dans les pages patinés de livres de salons trop lourds à soulever, celui qui pourra décorer les murs des appartements terrasses et qui, peut-être, ne pose pas de questions embarrassantes sur les structures sociales et politiques qui l’entourent.

Y-a-t-il une autre « scène » artistique qui n’est peut-être pas aussi commercialisable sur le marché?

2. Qu’en est-il de l’art contemporain qui pose des questions?
Il y a un autre genre d’art contemporain qui n’arrive pas dans les premiers résultats de Google –celui qui est proposé par les jeunes artistes expérimentaux interdisciplinaires, artistes qui interrogent plutôt que de célébrer, et pour qui le préfixe « re » est central : re-situer, re-positionner, re-configurer, ré-fléchir, re-présenter…

L’art contemporain regarde la société, il observe ; réfléchit aux questions courantes; commente; provoque la pensée, regarde à partir de perspectives alternatives. Les jeunes artistes agissent comme des antennes sensibles en sélectionnant ce qui est autour d’eux et en le représentant afin d’inviter leur public à une réflexion commune sur le sujet choisi.

Cet art demande un travail de la part du public : il est souvent complexe, mystérieux, en superpositions, délibérément ambigu, dérangeant. Il ne conclut rien, ne résume rien; il ne répond pas, ne décide pas. Ce type de travail est un entraînement mental qui déconstruit ce qui semble évident, en questionnant l’information reçue et en regardant les problématiques à travers d’autres perspectives.

Ce type d’art contemporain est extrêmement nécessaire dans la région Euromed aujourd’hui; c’est ce type d’art qui est hors des circuits institutionnels et ne profite, ni du marché de l’art de luxe, ni du soutien des politiques culturelles.

À l’exception de certains endroits d’Espagne, le soutien public pour les artistes émergents est maigre sans parler des pays du sud de la Méditerranée... Avec les récentes élections en Italie qui ont porté la droite au pouvoir, le secteur des arts retient son souffle dans l’attente de la baisse des subventions publiques. Les projets italiens qui font le lien avec la Turquie, l’Albanie, le Maroc, etc. sentent leurs jours comptés.

Une étude à paraître sur le statut de l’artiste dans les pays non-européens de la Méditerranée, menée par le Fonds Roberto Cimetta (avec l’UNESCO, le Conseil de l’Europe, la Fondation Anna Lindh et la Fondation Européenne de la Culture) montre clairement que les artistes et les groupes indépendants n’ont pas de statut social et ne bénéficient pas de la protection sociale des travailleurs ordinaires. Il leur manque aussi le genre d’environnement professionnel bien structuré qui permet de faire carrière: de la formation pour les arts et la gestion des arts, un parcours professionnel à plusieurs paliers qui débouche sur des emplois stimulants, un marché du travail sain qui donne des possibilités d’emplois à tous les niveaux de la société, un public informé qui s’intéresse à leur travail.

Si la rhétorique politique d’Euromed en appelle aujourd’hui de façon répétée à une citoyenneté active et informée, aux consultations publiques, à une meilleure appréciation des actions et des résultats du processus Euromed, ainsi qu’à une meilleure compréhension entre les cultures, un tel art ne devrait-il pas être plus soutenu?

3. Pourquoi l’art contemporain est-il important?
Il est clair que nous vivons dans un monde globalisé caractérisé par les « bites », les politiques populaires faciles à digérer, des « analyses » en noir et blanc; des préjugés simplifiés, paternalistes. Nous avons aussi des dirigeants qui ressemblent à des entrepreneurs et qui, en effet, concluent, résument, répondent et décident au nom de leurs constituants, clients ou sujets.

Alors que j’écris cet article, l’International Herald Tribune publie un article de neuf pages qui révèle que le Pentagone a systématiquement « briefé » des centaines d’anciens militaires de haut rang et qui servent régulièrement d’«analystes militaires objectifs» pour les principales télévisions nationales et internationales. Ces anciens généraux, que le Pentagone appelle ses «représentants», travaillent presque tous comme conseillers, membres de conseils d’administration ou lobbyistes pour les fabricants d’armes. Ils étaient parfois briefés tous les jours par Donald Rumsfeld, et la plupart d’entre eux rapportaient ces informations à une population qui est sensée vivre dans une démocratie bien informée. «Peu d’entre eux ont déclaré qu’ils regrettaient le fait d’avoir dupé le public américain, en maquillant la propagande en analyse militaire indépendante»”

Ce qui arrive n’est pas surprenant en soi; et ce genre de situation existe certainement dans d’autre pays. Le niveau de désinformation propagandiste dans les pays Euromed est très important. Ne devons-nous pas, dans ce contexte, chercher à provoquer un sain degré de questionnement de notre société , et spécialement parmi les jeunes gens?
A.L. Kennedy, l’écrivain écossaise qui a récemment remporté le Prix littéraire Costa pour son roman «Day » qui parle de la deuxième guerre mondiale, souligne l’urgent besoin de participer à la pensée créative. Elle écrit « Raphael Lemkin définissait comme un signe avant-coureur du génocide le fait que l’on empêche à une population de s’exprimer et d’avoir de l’imagination…de se redéfinir…Et si vous ne pouvez plus exercer votre imagination parce qu’elle a été atrophiée, il ne vous reste (plus que) la télévision réalité, votre vie est si misérable que vous ne demandez plus que des programmes qui parlent de gens qui sont extrêmement misérables et vous font sentir meilleurs…Mais si jamais vous utilisez votre imagination, vous rendrez votre vie et celle de quelqu’un d’autre meilleure…Cela signifie que vous avez assez d’imagination pour changer un gouvernement et savoir qu’on vous ment".
Une pensée imaginative, interrogative et critique pourrait ne pas être un élément essentiel pour vivre notre monde complexe et en rapide mutation, elle devient nécessaire par contre si nous voulons éviter un futur basé uniquement sur le matérialisme comme seule « valeur » de la société, et à moins que nous préférions nous retrancher dans nos propres communautés fermées, comme seule stratégie de survie.
Nehad Selaiha souligne l’importance de l’art contemporain pour démontrer la complexité comme un processus positif, « en optant pour la diversité et la complexité, et en définissant l’originalité comme une «façon indépendante de regarder le monde»; en encourageant les capacités artistiques et en les communiquant comme son critère de choix Frie Leysen [Directeur artistique MMP5] a organisé plus d’une rencontre artistique de succès. Le fait est que tous les artistes arabes qui répondaient au critère étaient presque toujours des rebelles, des dissidents, des exilés ou des exclus dans leur pays, ce qui a donc donné à chaque événement un profil politique prononcé. En invitant ce genre d’artistes, et en leur permettant de se mouvoir librement à travers le monde arabe et l’Europe, tout en leur offrant la possibilité de communiquer leurs pensées et images sans censure dans des espaces réellement démocratiques, Meeting Points 5 est allé, et même si c’est pour peu de temps, au-delà de la pure action artistique pour devenir une force de libération, une campagne concertée en défense de la liberté politique et artistique»
Nehad Selaiha faisait l’analyse du Mediterranean Meeting Points 5 du Young Arab Theatre Fund, un festival d’art contemporain multidisciplinaire et international qui s’est tenu en novembre 2007 dans 9 villes du monde arabe: Amman, Damas, Beyrouth, Ramallah, Alexandrie, Le Caire, Minia, Tunis et Rabat ainsi que Berlin et Bruxelles. Le festival présentait du théâtre, de la danse, des arts visuels, des films, vidéos et musiques, produits par les jeunes artistes méditerranéens et non, avec une majorité d’artistes du monde arabe.
Ce genre d’art contemporain ne remporte pas 11 millions de dollars aux enchères de Dubaï, mais ces «collectionneurs» sont plus près des gens à qui ils s’adressent dans leur travail. Et il s’agit aussi d’un travail qui a vraiment besoin d’être prés des gens, à commencer par les enfants dans les écoles, les familles et les étudiants de l’Université. Il ne s’agit pas de faire de l’art dans l’éducation mais plutôt de l’art comme éducation ; une formation mentale pour s’engager pleinement dans notre société locale et globale.

4. De quel contemporain s’agit-il?
Certains critiques questionnent la notion même d’ «art contemporain » la considérant comme une imposition de l’Occident, née de l’individualisme de la Réforme protestante et de sa revendication d’interprétation individuelle des textes religieux. Cependant, les artistes non-occidentaux définissent de partout dans le monde leur propre « contemporanéité » adaptées à leurs propres cultures et contextes, mais en conservant les éléments essentiels de la recherche et de la re-définition du status quo.
Nehad Salaiha dit encore,... « même lorsque le thème n’a rien à voir avec la guerre, la violence, l’occupation militaire, la destruction des villes et des esprits de leurs habitants ou la lutte pour survivre dans une société capitaliste sauvage – même lorsque le thème de l’œuvre est purement artistique et hautement spécialisé…Ou intimement subjectif et lié aux mémoires personnelles… ....On peut toujours détecter, dans le style de la performance, dans le dialogue des formes, les tactiques déconstructivistes, la rupture du familier et la reconstitution des fragments de manières nouvelles et étrange, une dimension politique subtile. Et lorsque je dis « politique » j’entends le terme dans son acception la plus large et profonde – un sens qui comprend la perception de la réalité comme une construction socio-historique / idéologique, soutenue par un invisible réseau de relations de pouvoirs, un questionnement radical de la réalité et une investigation honnête et imperturbable de sa relation au monde – aux gens, aux villes, à la nature et à l’histoire.”
Comme Nanjo Fumio Directeur du Mori Museum de Tokyo le rappelait “les artistes contemporains japonais créent des œuvres qui ne sont pas une imitation de l’Occident mais qui ont une essence intérieure qui ne peut que venir de leur propre culture”.
C’est le défi du jeune artiste: rester fidèle à lui/elle-même tout en reflétant les dilemmes d’une société globalisée en évolution. Et en faisant ainsi, il-elle contribue à la constante reconstruction de la société.

5. Modèles de bonnes pratiques
Alors que les artistes et les opérateurs culturels, du sud de la Méditerranée, mais pas seulement, doivent encore avoir deux ou trois emplois pour subventionner leur travail artistique, les changements qui ont eu lieu dans le paysage de l’art contemporain méditerranéen dans les 10 dernières années sont énormes. Une autre recherche Google (en utilisant des outils de recherches avancés, il faut l’avouer) peut révéler plusieurs bons exemples :
- “AIW:A invite à présenter des demandes de participation à l’atelier de deux semaines de résidence à Aley, Liban, du 17 août jusqu’au 1er septembre 2008.
L’atelier est orienté vers le processus de fabrication, supporte l’expérimentation dans tous les médias et vise à faire émerger des artistes à mi-carrière dans tous les champs ; en encourageant l’art contemporain dans la peinture, le dessin, la sculpture, l’installation vidéo, la performance et le son”
- “La quatrième édition de Home Works aura lieu du 12 au 20 Avril 2008 dans plusieurs lieux culturels à Beyrouth. Comme toujours, il s’agira d’un événement interdisciplinaire présentant des conférences, des tables rondes, des expositions, des films, des projections vidéos et des publications.
Le titre de l’évènement, "Home Works" suggère une contamination entre les sphères publiques et privées, le monde du travail extérieur et l’espace intérieur de la maison. Il rappelle les exercices, leçons et problèmes que doivent résoudre les élèves, leur travail répétitif accompli dans la solitude. « Home Works » implique un processus de fouille, le fait de creuser plus profondément tout en construisant et accumulant des nouvelles pratiques.
Cette année, le Forum propose comme axes thématiques les thèmes suivants : désastre, catastrophe, recomposer le désir et les pratiques sexuelles.”
- Culture Resource (Al Mawred Al Thaqafy) est « une organisation régionale sans but lucratif qui soutient la créativité artistique dans le monde arabe et encourage les échanges culturels au sein et au-delà du monde arabe. Leur travail est basé sur une appréciation de la valeur du patrimoine culturel arabe et de la prise de conscience du besoin d’une nouvelle créativité arabe qui libère l’imagination et stimule le progrès. Culture Resource estime aussi que les activités artistiques et littéraires sont une nécessité sociale qui exige un soutien matériel et moral par tous les pouvoirs de la société. Financée par des fondations européennes, américaines et internationales, l’organisation organise aussi des évènements et propose des formations et des subventions.
Il s’agit ici des exemples les plus connus (le Young Arab Theatre Fund en est un autre) de travaux de pionniers réalisés par des individus engagés, financés par des fondations internationales et des commanditaires. Mais il semble que le secteur privé commence aussi à se montrer capable de répondre positivement à des types d’oeuvres moins sûres et plus expérimentales:
- “Une opportunité unique pour les conservateurs internationaux de travailler avec des artistes du Moyen-Orient, de l’Afrique du Nord et de l’Asie du Sud : le prix Abraaj Capital Art vise à donner de la visibilité aux œuvres innovantes et expérimentales provenant du Moyen-Orient, de l’Afrique du Nord et de l’Asie du Sud. Le prix offre une bonne reconnaissance internationale, donne l’opportunité aux artistes de travailler avec des conservateurs internationaux de grande renommée et la possibilité de présenter leurs expositions individuelles au salon Art Dubaï 2009. En le faisant travailler avec un conservateur, le prix espère que chaque artiste pourra développer son travail à travers la collaboration créative tout en élargissant sa réputation internationale. De plus, une œuvre de chaque artiste sera conservée et formera une collection d’entreprise qui reflétera les préoccupations changeantes de la pratique de l’art au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et en Asie du Sud.”
Et peut être le plus encourageant des exemples:
Le 12 octobre 2007, le jury international de la 52e Biennale internationale d’exposition d’art de Venise a décerné le lion d’or à Emily Jacir pour son œuvre en progression « Matériel pour un film ». Le communiqué de presse explique: «le prix pour un artiste de moins de 40 ans est décerné à une pratique qui traite du sujet de l’exil en général et de la question palestinienne en particulier. Sans recours à l’exotisme, l’œuvre…Établit et accroît le lien entre le cinéma, les archives documentaires, la narration et le son.»
L’œuvre de Jacir est une installation qui documente l’assassinat en 1972 de l’écrivain Wael Zuaiter, «la première victime en Europe d’une série d’assassinats -commis par les agents israéliens envers des artistes palestiniens, intellectuels et diplomates- et qui avait déjà cours au Moyen-Orient».”
.. qui prouve que l’art contemporain, engagé, interdisciplinaire et complexe produit par des jeunes créateurs du sud de la Méditerranée mérite le respect mondial. Ne mérite-il donc pas de recevoir aussi le soutien de sources de financement nationales, locales ou privées venant de leurs pays et de l’Euromed?

6. Pourquoi l’art contemporain produit par des jeunes artistes méditerranéens doit être soutenu…et un plaidoyer final pour la mobilité
Même s’il semble peu réaliste d’attendre que les ministères nationaux se précipitent pour soutenir le travail d’artistes qui questionnent les politiques et les positions gouvernementales, et même si certains artistes et organisations d’art ne souhaitent pas le soutien officiel ou institutionnel de l’Etat, on doit cependant trouver des moyens pour assurer le suivi des modèles de meilleures pratiques et l’encouragement de nouveaux acteurs :

- Renforcer le « brain gain » (le gain des cerveaux) dans la région Euromed et non pas le « brain drain » (la fuite des cerveaux)

- Encourager le développement de publics informés, intéressés, critiques et alertes (et pas seulement l’élite éduquée)

- Soutenir le développement de l’audience, l’éducation et la médiation de différents types de public, particulièrement dans le sud de la Méditerranée

- Renforcer le dialogue entre les décideurs politiques et les artistes en permettant de désenclaver des politiques culturelles locales et nationales rigides et démodées.

- Soutenir et construire des infrastructures professionnelles et de formation en suivant des modèles adaptés aux conditions locales.

- Donner aux artistes et aux opérateurs culturels de la région une voix plus forte et plus d’influence en assurant la pertinence des politiques des financeurs internationaux.

- Soutenir les objectifs de l’UNESCO pour des rapports sud-sud, des échanges et des partenariats qui ne passent pas nécessairement pas l’Occident, assurant ainsi un plus grand contrôle financier et une plus grande influence des artistes du Sud.


En visant ces objectifs, un aspect fondamental est le soutien à la mobilité des jeunes artistes créatifs et des organiseurs de l’art. Pour citer encore Nehad Salaiha «Il s’agit d’un fait douloureux dans la vie du monde arabe; les artistes, et en particulier les artistes indépendants, ont peu d’opportunité de partager leurs expériences avec différents publics à travers des frontières indépendantes des gouvernements». La mobilité professionnelle qui permet aux individus et aux groupes de comparer et de faire dialoguer leurs pratiques artistiques, d’apporter des solutions innovatrices aux conditions de travail, de fournir des modèles d’inspiration et des perspectives alternatives est une importante source de nourriture créative.

Les arguments pour partager l’information à travers la mise en réseau et la mobilité ne sont plus ni longs ni radicaux. Il a été prouvé, à maintes reprises, que la mise en réseau conduit à la création collective de «comportement intelligent de plus haut niveau». Le scientifique Steven Johnson est direct «la règle la plus simple de tous les systèmes dont je parle est celle-ci: apprenez de vos voisins.»

En voyageant dans les contextes de ses collègues, en se réunissant et en réfléchissant ensemble, on arrive à faire le premier pas et à rendre un peu réel le mantra un peu confus de «dialogue interculturel». C’est seulement grâce à une rencontre initiale et continue et l’inévitable incompréhension qu’un certain type de changement peut avoir lieu. Comme l’écrivent les artistes suisses Adi Blum et Beat Mazenauer, «la communication est destinée à faillir si les deux partenaires savent exactement à quel type de conclusion ils arriveront. La communication peut être vu comme une forme ouverte d’échange pour lequel la conversation seulement crée le sens.»

Conclusion? Soutenir les jeunes artistes contemporains dans les pays Euromed: les soutenir à travers une pluralité de sources et soutenir leurs mises en réseau dans le monde. Construire le type d’infrastructures professionnelles dont chaque profession légitime a besoin pour atteindre son potentiel. Assurer que leur œuvre fait partie de systèmes formels et informels d’éducation. Oh, et puis, en passant, écouter ce qu’ils ont à dire…


Mary Ann DeVlieg
Secrétaire générale
IETM (réseau international pour les arts du spectacle)
(23/05/2008)