Création et médias en Méditerranée: que faire? | Nathalie Galesne
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Nathalie Galesne   
Création et médias en Méditerranée: que faire? | Nathalie GalesneDes deux côtés de la Méditerranée, nous assistons, depuis plusieurs décennies à un recul du 4ème pouvoir autrefois incarné par les medias et à une dangereuse restriction du champ de la pensée critique. Chez nos voisins du sud, la censure et la répression visant les journalistes fait rage, tandis qu’en Europe les grands groupe médiatiques guidés par des logiques commerciales nous distillent une information parcellaire, en proie aux manipulations politiques (le berlusconisme en est un bel exemple).

Ainsi, impuissants, on ne peut qu’enregistrer la fracture de plus en plus nette qui sépare les sociétés civiles et les médias qui négligent expressions, pratiques et engagements, (y compris artistiques)de celles-ci, quand ils ne relaient pas tout simplement les discours de radicalisation politique de plus en plus prisés dans nos sociétés (stéréotypes, information monoculturelle, rejet de l’autre et de la diversité culturelle, etc.).

En outre, l’indigence d’instruments d’information en partage qui permettrait de faire circuler en Europe et en Méditerranée une connaissance des différentes formes de créations artistiques est également un fait accablant.

Pour tenter d’enrayer ce déficit, la Commission européenne a lancé plusieurs programmes, mais ces derniers étaient le plus souvent destinés aux médias (radios et télévisions) déjà financés dans leur propre espace nationaux par leur gouvernement.

Ce type de fonctionnement intergouvernemental a d’ailleurs perverti en grande partie le troisième volet du partenariat euro-méditerranéen au mépris des sociétés civiles et des cultures des deux rives de la Méditerranée qui devaient en principe être les grandes protagonistes du processus de Barcelone.

Devant ce scénario peu réjouissant, les artistes méditerranéens se sont organisés à travers des rencontres, comme celles à laquelle nous sommes conviés à Bari, ou encore à travers l’action en réseau. Ils se sont aussi frayés sur la toile, dans le vaste «farwest» du net, une place pour échanger, débattre, s’exprimer et faire connaître leurs productions…

Est-ce cependant suffisant? l’information culturelle ne pâtit-elle pas d’une profusion virtuelle parfois contestable -on trouve vraiment de tout sur internet, le meilleur comme le pire-, ou à l’inverse ne risque-t-elle pas de rester confinée dans une myriades de communautés d’internautes cloisonnées entre elles?

La prolifération de blogs et de sites comble-t-elle totalement nos attentes en matière d’information culturelle? Celles tout d’abord des artistes, en droit de revendiquer une critique journalistique de niveau professionnel sur leur travail, celles aussi des personnes attachées à une meilleure connaissance de la mosaïque culturelle méditerranéenne.

Enfin, de quels instruments d’information culturelle existants disposent-on réellement aujourd’hui? Est-il possible de les faire interagir, de les potentialiser au service d’une meilleure visibilité de la création en Méditerranée? Quelles pratiques de communication autonomes et alternatives peut-on exercer dans ce but?

C’est, entre autres, à ces questions que nous souhaitons répondre en nous interrogeant sur la relation entre médias et création, en faisant le point sur ce que nous pourrions concrètement mettre en œuvre pour assurer une plus grande place aux créations culturelles dans l’espace euro-méditerranéen.

Nathalie Galesne
(23/05/2008)

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