Quatre ans de travail journalistique d'un réseau méditerranéen indépendant | Catherine Cornet
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Catherine Cornet   
 
Quatre ans de travail journalistique d'un réseau méditerranéen indépendant | Catherine Cornet
Catherine Cornet
En présentant rapidement le travail de Babelmed depuis 2001, je reste parfaitement dans le thème de la conférence d’aujourd’hui. De fait, Babelmed, le site des cultures méditerranéennes, est né en 2001, année de la dilagation mondiale des théories néoconservatrices du choc des civilisations, l’année qui a promue les termes d’Islam et d’Occident comme des explications indiscutables du monde contemporain. Dans son éditorial du 16 septembre 2001, Edward Said écrivait des mots qui sonnaient déjà comme un raisonnable appel au calme. L’article s’intitulait «Islam et Occident ne sont pas les bons drapeaux». Avec cet avertissement on touche au cœur de la ligne éditoriale qu’a choisi de suivre Babelmed depuis sa naissance. Ne pas choisir de drapeau.

Pour ce qui est de la Méditerranée, je pense nous avons tous conscience, autour de cette table, de ne pas vivre la même Méditerranée. Nous en faisons l’expérience quotidienne dans notre travail: nous ne pouvons pas nous rencontrer facilement, nous n’avons pas les mêmes problèmes aux douanes ou devant nos propres gouvernements, nous ne subissons pas les mêmes pressions exterieures, et nous ne pouvons pas non plus oublier que nombre de nos points communs sont le fruit de précédents affrontements et occupations coloniales.

Mais, et il y a bien un «mais», l’identité méditerranéenne est une identité incroyablement riche. Une identité, surtout, qui ouvre sur le pluralisme, la différence dans toute sa complexité. Et c’est cette identité culturelle subtile, bien loin des simplifications manichéistes, qui contribue, je crois, à la richesse de nos contenus.

Au quotidien, Babelmed fonctionne avec une rédaction basée à Rome et un réseau de correspondants résidants dans les principaux pays de la Méditerranée. Un petit noyau «romain» demande, reçoit et insère les articles, dynamise le réseau, organise les réunion... pendant que nos journalistes, depuis leurs pays, fournissent des idées, nous éclairent sur un artiste, sur une personalité très connue chez eux et pas chez nous ou vice et versa...

D’un point de vue éditorial, il est passionant de pouvoir, chaque jour, réfléchir à des problématiques transversales, qui concernent l’ensemble de la région méditerranéenne. C’est en effet sur ce principe que se basent les dossiers de Babelmed: à partir d’un thème commun, les journalistes produisent des articles en «regards croisés». Ainsi par exemple, sur le thème des villes, nos enquêtes peuvent raconter Marseille vue par une syrienne et par un maltais. De même, on peut réfléchir sur les migrations à partir d’un double regard, du Nord et du Sud, ou voir l’après guerre dans des villes comme Nicosie, Sarajevo, Beyrouth ou Ramallah….

Le site publie des articles en français, en anglais, et aussi partiellement en arabe, le rêve 2006 étant de réussir à produire une version italienne du site. Cette diversité de langue et cette multiplicité de traduction est sans aucun doute une autre des grandes richesses du site. Nos correspondants, qui sont en quelque sorte des «envoyés» dans leur propre pays, nous font ainsi bénéficier de leur connaissance approfondie, de leur vision de l’intérieur, sur les milieux culturels et les réalités dans lesquels ils baignent.

What went wrong? Qu’est-ce qui est allé de travers? demandait Bernard Lewis dans son dernier livre, qui donne suite à celui sur «Islam et Occident»... je pense qu’une des réponses possibles est le travail que nous faisons aujourd’hui ensemble au Capitole, et que l’échange et la circulation d’une information précise et de l’intérieur pourraient être le vrai remède. Le 5 mai 2006
Catherine Cornet
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