Africa Remix, out of Africa | Fadwa Miadi
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Fadwa Miadi   
 
Africa Remix, out of Africa | Fadwa Miadi
Bien sur, il y a la Biennale de Johannesburg, celle de Dakar et les Rencontres photographiques de Bamako mais paradoxalement c’est hors de leur continent que les plus grandes expositions mettant à l’honneur les artistes africains contemporains ont été récemment montées.

En 2003, Bruxelles accueillait Transferts. L’année suivante, Lille donnait à voir Les Afriques tandis que le Museum Kunst Palast de Düsseldorf abritait Africa Remix qui après un détour par la Hayward Gallery de Londres arrive du 25 mai au 8 août au Centre Pompidou à Paris avant de s’envoler pour le Mori Art Museum Tokyo en 2006. Et dès juillet prochain, Arts of Africa sera à l’affiche du Grimaldi Forum à Monaco.

Certes de tels événement contribuent à dépoussiérer l’idée qu’en Occident l’on se fait parfois de l’art africain (qui se résumerait aux masques et autres objets rituels) mais le revers de la médaille est que ce type d’exposition, un tantinet ghetto, enferme, les créateurs du continent. Mais comme le précise Simon Njami, le commissaire général d’Africa Remix, il faut bien commencer à «être visible» quelque part. Reste à espérer que cette «ghettoïsation» ne soit qu’une étape transitoire puisque l’ultime objectif que l’on aimerait subodorer c’est l’intégration des artistes africains au réseau international des plasticiens contemporains.
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Frédéric Bruly Bouabré, L'invention de la casquette, 1993
En attendant que donne à voir Africa Remix?
Sur plus de 2.000 m2, s’exhibent les œuvres de 83 artistes africains ou d’origine africaine jeunes et moins jeunes, le doyen étant le «l’artiste prophète» ivoirien Frédéric Bruly Bouabré. Du Maghreb (Omar D.) à l’Afrique du Sud (William Kentridge), l’ensemble du continent est représenté avec une forte présence égyptienne et marocaine révélatrice du dynamisme de la création dans ces deux pays des rivages sud de la Méditerranée. L’exposition, qui comprend peintures, sculptures, installations, photos et vidéos, s’articule autour de trois thématiques.
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Zineb Sedira, Self Portraits or the Trinity, 2000
La première Histoire/Identité évoque l’histoire nationale mais aussi personnelle. On retiendra notamment la vidéo Mother, Father and I (2003) de Zineb Sedira, artiste d’origine algérienne vivant à Londres, qui a demandé à ses parents d’évoquer la guerre d’Algérie. Mentionnons également le travail vidéo de Zoulikah Bouabdellah. Dans Dansons (2003), c’est après avoir paré ses hanches de trois voiles, un bleu, un blanc et un rouge brodés de piécettes dorées, que la jeune femme entame d’énergiques «arabesques» au son du très «martial» hymne national français. Par cette démarche, elle entend révéler le caractère «exotique», au sens premier du terme, qu’incarnent pour elle les valeurs républicaines qui ne sont pas encore un acquis mais qui restent à conquérir. Drapeau encore pour interroger l’identité culturelle dans Great American Nude, (2002) où le Soudanais Hassan Musa (qui vit en France) représente Ben Laden allongé, nu, sur la bannière étoilée.

La dualité «corps/esprit», deux entités indissociables, est explorée dans la deuxième partie de l’exposition qui donne notamment à voir Black and White Kiss (2003) et autres toiles-broderies discrètement érotiques de l’Egyptienne Ghada Amer ou les photographies noir et blanc du marocain Hicham Benohoud où les corps sont soumis à d’étranges contraintes mais aussi l’installation vidéo Frozen Memory (2003) du duo égyptien Abd el Ghany et sa sœur Amal Kenawy. Ce travail interroge deux aspects de la vie sociale: le mariage et la mort. Deux événements qui représentent «des tournants, de seuils qui s’ouvrent sur des territoires inconnus». Les corrélations entre la mort et la renaissance, c’est aussi ce que cherche à montrer la vidéo Bleeding men (2003) de la jeune Loulou Chérinet, mi-éthiopienne mi-suédoise.
C’est probablement à travers la troisième thématique, ville/terre, que se manifestent le mieux les tendances les plus typiques de la création africaine actuelle à travers le recyclage des déchets. El Anatsui, sculpteur d’origine ghanéenne, présente Sasa 2004, constituée de milliers de capsules de bouteilles, alors que pour le mozambicain Gonçalo Mabunda la réutilisation de matériaux usagés, en l’occurrence des armes, dans des sculptures est également porteuse d’un message politique. Toujours dans cette section mentionnons notamment une imposante installation Bricoler l’incurable. Niquer la mort/Love supreme (2004) de l’artiste d’origine marocaine Mohamed el Baz qui explore à travers photos et écrans vidéo la turbulente actualité du monde. Même bruit de la ville et du monde à travers Cairo Noises (2004) de l’Egyptienne Sabah Naim qui mêle photographies captées dans la rue et sculpture de journaux.
Dans quel état ressort-on de cette riche exposition ? Simon Njami, le commissaire général d’Africa Remix, fondateur de la défunte Revue Noire, voudrait que «tous ceux qui se font une idée de l’Afrique ait la tête sens dessus dessous après avoir visité l’exposition et qu’ils remettent en question ce qu’ils pensaient savoir». A voir donc. Fadwa Miadi
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