L’accueil des étudiants réfugiés à l’Université de Lille  | Université de Lille, migrants
L’accueil des étudiants réfugiés à l’Université de Lille Imprimer
Philippe Vervaecke   

L’accueil des étudiants réfugiés à l’Université de Lille  | Université de Lille, migrantsDepuis septembre 2016, l’Université de Lille accueille 100 nouveaux étudiants, réfugiés ou demandeurs d’asile. Le projet provient d’une initiative venue d’étudiants et d’enseignants mobilisés sur le terrain, et simultanément, d’une volonté politique émanant des présidents et équipes de direction de l’Université de Lille, aujourd’hui composée de trois établissements en cours de fusion (prévue pour le 1er janvier 2018).

Le 22 juin, les vice-présidents des universités lilloises et le directeur du Crous, l’agence française en charge des logements étudiants, rencontrent les services de l’État (la préfecture du Nord en l’occurrence) afin de mettre sur pied un projet original combinant des volets pédagogiques, sociaux et pratiques. Le pari était de former un groupe de migrants, qu’ils soient déjà réfugiés ou qu’ils envisagent le dépôt d’une demande d’asile en France, au français langue étrangère, tout en facilitant les modalités pratiques de leur accueil. C’est pourquoi ont été prévues d’emblée, au-delà de la mise en œuvre de cours de français, des solutions en termes d’hébergement et d’accompagnement social de ceux qui dans ce groupe n’avaient pas encore statut de réfugié.

La prise de contact avec ces futurs étudiants s’est faite sur le terrain, notamment à Calais, grâce à des enseignants-chercheurs en langue, littérature et civilisation étrangères. Ils rencontrent au printemps 2016 des membres de l’Auberge des migrants et de l’Ecole Laïque du Chemin des Dunes à Calais. Le 21 avril 2016 est organisée sur le campus de Pont de Bois une rencontre-débat « Contre le refus : pour les exilés de la jungle de Calais », qui réunit des enseignant-chercheurs, des étudiants, des bénévoles et des migrants. Les enseignants mobilisés commencent ensuite à établir une liste d’étudiants réfugiés ou demandeurs d’asile souhaitant faire des études dans la région.

Convaincus par le projet de l’Université de Lille, le CROUS et Adoma s’engagent à ses côtés avec le concours financier des services de l’Etat.

C’est l’État qui finance l’hébergement, la nourriture et l’accompagnement social et administratif de ces étudiants dans le cadre de la législation sur les demandeurs d'asiles en France. L’Université de Lille, quant à elle, finance l’exonération des droits d’inscription et la mise en œuvre des cours de français. A terme, les étudiants seront accompagnés pour affiner, avec les services d’orientation et de validation d’acquis des trois universités, leur projet de formation dans les filières dispensées au sein de l’Université de Lille.

Les étudiants ont été recrutés sur la base d'entretiens de motivation. Les conditions d’accès à cette formation étaient triples : il fallait que les candidats soient déterminés à entamer une démarche de demande d’asile ; qu’ils aient un niveau de diplôme équivalent au baccalauréat ; et qu’ils aient un projet de formation dans l’enseignement supérieur. Les associations et les enseignants ont privilégié ceux qui avaient déjà entamé un cursus d'études dans leur pays d’origine.

69% des étudiants accueillis sont soudanais, 10% afghans, 6.5% iraniens, 3.9% syriens, 3.9% pakistanais, 1,3% érythréen (1 personne), 1.3% albanais, 1.3% de gambien.

Un quart d’entre eux est âgé de moins de 25 ans.

La quasi-totalité est engagée dans une procédure de demande d’asile, certains disposant déjà d’une protection : 1/3 est en procédure Dublin ; 1/3 est en procédure de demande d’asile normale ; près de 10 % en procédure accélérée ; 12% sont réfugiés statutaires. La situation administrative de 6 personnes reste à éclaircir.

Plus de 80% sont en provenance directe de Calais, les autres ayant transité par des dispositifs d’accueils d’urgence de type centre d’accueil et d’orientation.

Dans le cadre d’une convention d’occupation précaire de 6 mois renouvelable, le CROUS de Lille met à disposition 80 chambres meublées de la résidence universitaire pour l’hébergement des étudiants, soit 1 % du total des capacités du CROUS dans la métropole lilloise. La prestation proposée par le CROUS inclut également :

- l’entretien et le nettoyage des espaces collectifs (cuisines, douches, WC, couloirs) ;

- la fourniture et le blanchissage des draps ;

- l’accès des hébergés aux restaurants universitaires.

Le dispositif d’accueil et de formation est complété par le recours à des étudiants tuteurs missionnées pour faciliter l’intégration des étudiants (présentation et visite de campus, conseils, etc.) Par ailleurs, de nombreux étudiants et personnels de l’université se sont portés volontaires pour aider le projet. Des étudiants des trois établissements impliqués dans des associations coordonneront les différentes actions : collectes, soutien au travail universitaire et apprentissage du français, accompagnement dans les démarches, accueil en famille (vacances, week-end, fêtes…), sorties et visites culturelles.

La 1ère année sera consacrée à l'apprentissage du français (FRANÇAIS LANGUE ETRANGERE − FLE), puis à l'orientation. Les étudiants bénéficieront de 340h de FLE sur deux semestres, soit environ 15h par semaine.

//Philippe VervaeckePhilippe VervaeckeIls passeront chaque semestre des examens pour préparer d'ici la fin de l'année les certifications DELF (diplôme d'études en langue française) ou DALF (diplôme approfondi de langue française). Parallèlement, des ateliers d'orientation universitaire seront organisés pour présenter aux étudiants le système universitaire français, l’Université de Lille, ses services, ses équipements et ses campus et les informer au mieux sur les possibilités de poursuite d'études. Ils pourront ainsi progressivement découvrir, en petits groupes, différentes formations de l’UDL, en fonction de leur projet.

Dès la rentrée 2017, les étudiants pourront s’inscrire dans des filières de formation initiale, en fonction du niveau d’études validé dans le pays d’origine, certains étant déjà diplômés alors que d’autres débutaient juste leur cursus. Il existe des procédures d’étude des équivalences entre diplômes auprès du Centre international d’études pédagogiques (CIEP). D’ici là ils seront étudiants de plein droit et inscrits en DU de FLE. Cela dépendra aussi du niveau de français validé par les certifications à l'issue de cette année et des décisions des commissions d'accès aux formations universitaires, comme pour tout étudiant sollicitant une inscription après avoir commencé un cursus d'études dans un autre établissement en France ou l'étranger.

 


 Philippe Vervaecke

 
Philippe Vervaecke, maître de conférences en civilisation britannique et premier vice-président, Université de Lille, Sciences Humaines et Sociales.