L’Institut culturel rom européen verra le jour dans quelques mois | Open Society Foundations, rom européen, projet Romact, Nicoleta Bitu, ONG roms, George Soros
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//Artist: Damian Le Bas  Title: Roma Europe  Medium: ink and collage on printed vintage map - Size: 76.5 x 67.3 cmArtist: Damian Le Bas Title: Roma Europe Medium: ink and collage on printed vintage map - Size: 76.5 x 67.3 cm« Le projet de l’Institut culturel rom européen ne date pas d’hier mais il est aujourd’hui formellement approuvé par le Conseil de l’Europe, déclare avec enthousiasme Zeljko Jovanovic, directeur de l’Open Society Roma Initiatives Office. En février une procédure a été enclenchée au Conseil de l’Europe : le Comité des Ministres s’est réuni, a examiné le projet, l’a discuté et l’a approuvé en septembre.»

Dans sa lutte contre la discrimination et le racisme, le Conseil de l’Europe s’est focalisé sur la minorité rom, la plus importante d’Europe mais aussi la plus discriminée. Plusieurs initiatives d’envergure ont ainsi vu le jour telles que l'Alliance Européenne des Villes et des Régions pour l'inclusion des Roms et le projet Romact, mené conjointement avec l'Union Européenne.

Il allait donc de soi que le Conseil de l’Europe devienne un des co-fondateurs de la future institution culturelle aux côtés de l’Open Society et de l’Alliance pour l’Institut culturel rom européen : une coalition d’ONG, d’activistes, d’intellectuels, d’artistes roms créée il y a un an pour accompagner l’initiative. Les trois partenaires apporteront leur contribution financière à la fondation de l’Institut culturel rom européen. Le budget initial prévu durant les cinq années de la phase de démarrage s’élève à environ 600 000 euros par an, pour couvrir les dépenses de fonctionnement et de personnel ainsi qu’un niveau minimal d’activités.

«La contribution des Open Society Foundations sera de 200.000 euros par an. Si l’on veut changer les mentalités, il faut sortir rapidement de la confidentialité de l’action culturelle qui a été menée jusqu’à présent en faveur des Roms avec de vrais moyens. C’est la seule manière pour qu’ils modifient le rapport qu’ils ont à eux-mêmes en renforçant un sentiment de fierté pour leur propre culture», affirme Zeljko Jovanovic.

Nicoleta Bitu, membre de l’Alliance pour l’Institut culturel rom européen ne cache pas non plus sa satisfaction : « La création de cet Institut est une très bonne nouvelle pour tous les Roms qui veulent combattre le racisme, mais aussi pour tous les artistes, journalistes, écrivains, linguistes, historiens, et tous les Européens impliqués dans la production d’une narration différente sur les Roms visant à contrer le poison des préjudices.»

Espace culturel de référence, l’Institut aura pour tâches de préserver un patrimoine culturel rom d’une richesse impressionnante, mais aussi de rendre compte de la vivacité des expressions artistiques contemporaines. « Si l’on pense qu’il y a plus de 10.000 œuvres d’art d’artistes roms qui sont reléguées dans les réserves des musées, et que seulement deux d’entre elles sont exposées en Europe dans des collections permanentes, cela donne une idée du chemin qu’il y a à faire pour changer les politiques culturelles des conservateurs de musées », pointe le responsable de l’Open Society Roma Initiatives Office.

Il n’a pas été décidé, à ce stade, de l’endroit où cette structure aura son siège. Le choix pourrait porter sur une ville européenne d'un pays à forte minorité rom, ou d'un pays faisant office de pont de carrefour culturels entre les différentes populations roms établies aux quatre coins de l’Europe. Quoi qu'il en soit, l'heureuse élue devra avoir un écosystème culturel très dynamique dont pourra bénéficier dès sa création l’Institut culturel rom européen. 

Celui-ci sera porté par une organisation indépendante dont l’objectif, à travers les arts, la culture, l’histoire et les médias, sera de lutter efficacement contre les stéréotypes et les discriminations dont souffrent les Roms. « Il encouragera la résilience et la force créative des communautés Rom à travers l’Europe, renchérit Jovanovic. Les membres de la direction seront roms, même si le personnel et les contributeurs ne le seront pas forcément. Le parti pris d’un leadership exclusivement rom vise à contrecarrer cette tendance que l’on retrouve dans l’action institutionnelle pour les Roms où les décideurs sont rarement les principaux intéressés. L’académie « Barvalipe » (‘fierté’ en Romani) sera l’instance programmatique et stratégique de l’Institut, elle sera composée de personnalités roms de renom, des artistes, chercheurs, curateurs, journalistes,… Autre garantie d’indépendance pour la future institution : l’Institut est légalement indépendant des bailleurs.»

Dès que la structure existera, une vaste opération de fundraising sera lancée pour la pérenniser puisqu’elle n’est pour le moment financée que pour une durée de cinq ans par les trois partenaires -Conseil de l’Europe, OSF, Alliance pour l’Institut culturel rom européen. La relation sera renforcée avec le réseau international des organisations de la société civile. Des partenariats seront développés au niveau local, régional et au niveau des gouvernements nationaux afin de favoriser une montée en puissance rapide de l’Institut.

Afin d’éviter de s’adresser uniquement aux élites roms et pour être au plus près des populations concernées, la relation sera renforcée avec les ONG roms de terrain. Par ailleurs, l’institut ne se substituera pas aux initiatives existantes, ce sera un lieu de rencontres de personnes et d’organisations qui se connaissent peu entre elles.

Un lieu qui, selon les déclarations de George Soros, Président des Open Society Foundations et de Thorbjorn Jagland, Secrétaire Général du Conseil de l’Europe, « célébrera l’héritage culturel romani tout en documentant l’expérience rom..., un carrefour créatif et dynamique débouchant sur des collaborations entre les artistes roms en relation avec la communauté artistique européenne, de manière à favoriser l’échange et le renouveau des idées. »