Les grandes vagues de départs | colonisation juive, Nasser, canal de Suez, juifs d’Egypte, Nathalie Galesne
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Nathalie Galesne   

//Arrivée de migrants en Israël, quelques jours après la proclamation de la naissance de l’Etat le 14 mai 1948.Arrivée de migrants en Israël, quelques jours après la proclamation de la naissance de l’Etat le 14 mai 1948.

1948 : Dès 1930 la colonisation juive de la Palestine est orchestrée par l’Agence juive, organisation non gouvernementale établie en 1929 à Londres et à Jérusalem. Après la création d’Israël, l’émigration juive s’accroît de manière exponentielle. La moitié du million de nouveaux arrivants qui s’y installent entre 1948 et 1951 provient des pays arabes. Au Maroc et en Tunisie, encore sous protectorat français, la France collabore étroitement avec les organisations israéliennes pour organiser la ‘alya (émigration des juifs en Israël). En 1955, 2500 juifs marocains émigrent chaque mois en Israël. A l’indépendance, le gouvernement marocain tente de freiner cette émigration, mais à partir de 1961, les juifs sont libres de s’installer n’importe où, sauf en Israël que le Maroc ne reconnaît pas. De novembre 1961 à décembre 1964, plus de 92000 personnes quittent le Maroc pour Israël en transitant par la France. En Irak, à la fin 1951, 104.000 juifs ont déjà quitté le pays. La Syrie compte dans les années 1940, un peu moins de 15.000 juifs, dont 5000 ont émigré en Palestine avant 1948 tandis qu’environ 5500 d’entre eux s’installent en Israël entre 1948 et 1950.

1956 : l’agression tripartite (France, Grande-Bretagne, Israël) contre Nasser, qui a nationalisé le canal de Suez, provoque l’expulsion et le départ de milliers de juifs d’Egypte. 14000 des 23000 mille réfugiés juifs égyptiens trouvent refuge en Israël. La crise du Canal de Suez a également des répercussions dans de nombreux pays arabes où des violences éclatent et où les conditions de vie des juifs se détériorent brusquement : arrestations, confiscation de leur biens, expulsions, entraînant là encore de nouveaux départs, vers Israël bien sûr, mais aussi en Europe, aux Etats–Unis, au Canada et en Amérique latine.

1967 : c’est sans aucun doute la guerre des six jours qui scelle la fin de la coexistence des juifs et des musulmans au sein des sociétés musulmanes. La débâche des armées égyptienne, syrienne et jordanienne entraîne l’émigration de milliers juifs et change la donne territoriale dans la région puisqu’après leur défaite Israël déborde largement les limites imparties par l’ONU en 1947. Sur 3000 juifs qui vivaient enIrak à la fin des années 1960, il n’en reste aujourd’hui que quelques centaines. A cette même époque, les juifs libanais quittent eux aussi, en masse, leur pays pour des destinations occidentales. Le restant des juifs libanais, environ un millier, s’exilera durant la guerre civile de 1975 à 1990, aujourd’hui il n’y a plus au pays du Cèdre que quelques dizaines de juifs. Le 2 juin 1967 en Libye, les juifs sont chassés avec 20 livres sterling en poche et 20 kilos d’effets personnels ; si quelques centaines d’entre eux y résident encore en 1970, aujourd’hui il n’y en a plus aucun. A Tunis, des émeutes éclatent dès le début de juin 1967, la population soutient Nasser, des boutiques juives et la synagogue sont endommagées. Bourguiba intervient à la télévision pour condamner ces violences, mais malgré un retour à la normalité dans les semaines qui suivent, des milliers de juifs tunisiens quittent le pays, la moitié d’entre eux s’installe en Israël, l’autre en France. La guerre des six jours a un moindre impact sur la population juive marocaine protégée par le roi et le gouvernement.

En 2014, Maroc et Tunisie sont les deux seuls pays arabes où résident encore quelques milliers de juifs ayant les mêmes droits que leurs concitoyens.

 


 

Nathalie Galesne

Article publié dans Courrier de l’Atlas N°80. Avril 2014
Photo: INP/AFP