La société civile à Lampedusa | Lampedusa, Nathalie Galesne, Federica Araco, Giuseppe Balistelli, Franco Turcio, pêcheurs, migrants, Askavusa, Giacomo Sferlazzo, Giuseppe Tomasi de Lampedusa, Amnesty internazionale, Libera, Cettina Nicosiano
La société civile à Lampedusa Imprimer
Federica Araco / Nathalie Galesne   

La culture au service de l’île

La politique n’est pas le seul moyen de faire de la rencontre entre les migrants et Lampedusa une richesse au lieu d’une malédiction. L’art et la culture apportent aussi leur contribution. Au fond du la rue principale qui descend vers le port, Nino Taranto dévoilent tous les secrets de l’île dans les locaux de l’association ‘Archivio Storico de Lampedusa’, on peut y découvrir des photos, des vidéos et des ouvrages dans un lieu apaisé, bercé par la musique classique. A quelques encablures, dans son atelier, Franco Turcio récupère le bois des bateaux pour fabriquer des objets d’art. Giuseppe Balistelli, dramaturge local, fait répéter une scène de sa dernière pièce : Mohamed veut se faire couper les cheveux mais le coiffeur refuse, alors une jeune mère qui a accompagné son enfant pour la même raison décide de quitter sa boutique, seulement voilà la coupe du petit n’est pas encore terminée. « Je me suis servi de cet épisode qui a vraiment eu lieu, précise le metteur en scène, pour raconter de manière comique une réalité assez représentative de la fracture qui existe entre îliens ». L’écologie aussi est culture, au mois de juin la Fête du tourisme responsable à Lampedusa, organisée par plusieurs associations dont Legambiante, enrichit l’offre touristique de l’île avec toutes sortes de visites : Linosa petite île voisine des Pélagies où pondent les tortues, ballades en mer pour apercevoir les dauphins, rencontres avec les pêcheurs, soirées gastronomiques…

//Giacomo SferlazzoGiacomo Sferlazzo

L’association Askavusa est également très dynamique sur l’île. En 2009, Giacomo Sferlazzo la fonde avec un groupe d’amis, et lance la même année la première édition de ‘Lampedusa in festival’, journées de documentaires sur les thématiques de la migration auxquelles s’invite aussi le spectacle vivant : musique, théâtre, débats. La cinquième édition qui a eu lieu en juillet 2013 était centrée sur les raisons qui poussent les personnes à émigrer. L’association travaille aussi à un projet de Musée des Migrations que la mairie devrait soutenir. « Avec plusieurs volontaires, précise Giacomo, nous ramassons, à la décharge publique, sur les plages, les objets ayant appartenu aux gens qui ont péri en mer. Nous archivons, étiquetons et datons ce matériel en essayant de remonter aux circonstances des débarquements. Nous avons jusqu’à présent collecté plus de 800 objets, des photos, des livres sacrés. Nous avons envoyé une quarantaine de lettres que nous avons au préalable numérisées et traduites à la bibliothèque régionale de Palerme pour qu’elles soient restaurées.

 

Développement durable

«Si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change » dit Tancredi à son oncle le prince Salina dans ‘Le Guépard’, roman de Giuseppe Tomasi de Lampedusa. Aujourd’hui le défi pour ce bout de terre sicilienne se pose exactement à l’inverse. Une révolution doit advenir au plus vite et en profondeur afin que Lampedusa puisse changer radicalement et exploiter pleinement ses potentialités.

La société civile à Lampedusa | Lampedusa, Nathalie Galesne, Federica Araco, Giuseppe Balistelli, Franco Turcio, pêcheurs, migrants, Askavusa, Giacomo Sferlazzo, Giuseppe Tomasi de Lampedusa, Amnesty internazionale, Libera, Cettina Nicosiano

Combattre l’isolement, sauvegarder le fragile eco-système de l’île et développer de nouvelles formes de tourisme durable et équitable, éduquer les jeunes générations pour leur permettre d’appréhender la complexité du monde qui les entoure et la particularité de l’endroit où ils vivent…: voici quelques-unes des grandes batailles que mènent plusieurs organisations sur l’île : « Askavusa » pour la culture, « Lega ambiante » pour l’environnement, « Amnesty internazionale » pour les droits des migrants, « Libera » pour mieux faire connaître les rouages de la traite humaine et la lutte anti mafia, « i Girasoli » pour l’intégration des réfugiés mineurs (Girasole  signifie en italien « tournesol » mais aussi « marcher seul»). Dans cette association basée à Mazzarino, Cettina Nicosiano accompagne le parcours d’insertion des mineurs qui ont débarqué en Sicile : « Les jeunes veulent souvent retourner à Lampedusa, explique-t-elle. C’est une façon pour eux d’en finir définitivement avec le cauchemar qu’ils ont vécu en mer. L’été dernier, l’éducatrice veillait sur l’insertion d’Anas, Adam, et Abou devenus respectivement cuisinier, boulanger, et agent d’entretien durant la saison touristique. Ils étaient payés par la région dans le cadre d’un projet auquel ont souscrit plusieurs communes siciliennes dont Lampedusa.

 

La Méditerranée des mères en colère

Selon l'association Fortress Europe, depuis 1988 environ 20 000 migrants auraient trouvé la mort dans le canal de Sicile, et plus de 5 000 seraient portés disparus. L’année 2011 ayant été une des plus meurtrières. Derrière ces drames humains, la politique de l’UE en matière d’immigration est de plus en plus pointée du doigt par les sociétés civiles des deux rives de la Méditerranée, la tunisienne en premier lieu.

La société civile à Lampedusa | Lampedusa, Nathalie Galesne, Federica Araco, Giuseppe Balistelli, Franco Turcio, pêcheurs, migrants, Askavusa, Giacomo Sferlazzo, Giuseppe Tomasi de Lampedusa, Amnesty internazionale, Libera, Cettina Nicosiano

Dans l’enceinte du Forum Social de Tunis qui s’est tenu du 26 au 30 mars 2013, une barque avait été installée. En sortait une longue bande de papier portant les noms des morts et des disparus ayant tenté la traversée vers la Sicile ; une liste interminable pour symboliser la distance qui sépare l’Afrique et l’Europe en terme de liberté de circulation. A l’occasion de ces journées, les mères tunisiennes lancèrent un appel demandant aux gouvernements tunisien et italien de coopérer afin de les aider à retrouver la trace des jeunes disparus. «Nos enfants sont partis pour l’Italie et pour l’Europe avant et après la révolution. Ils l’ont fait de la seule manière prévue pour eux par les politiques européennes : en traversant la Méditerranée sur de petites embarcations, puisque il n’est pas prévu que, de la Tunisie, on puisse prendre un avion ou un bateau de ligne aussi librement que les citoyens européens qui viennent dans notre pays. »


 Federica Araco / Nathalie Galesne

Novembre 2013

 

Pour en savoir plus :

http://www.lampedusainfestival.com

http://askavusa.blogspot.it/

www.archiviostoricolampedusa.it

http://www.museodellemigrazioni.com

http://www.legambienteriserve.it/sezioni/lampedusa/1.html

http://www.libera.it

http://fortresseurope.blogspot.it