Libérons la paix: Giuliana, Florence, Hussein, tous les otages et le peuple irakien | Nathalie Galesne
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Nathalie Galesne   
  Libérons la paix: Giuliana, Florence, Hussein, tous les otages et le peuple irakien | Nathalie Galesne C’est avec la photo d’une Giuliana Sgrena, belle et libre, que le Manifesto avait appelé à la manifestation qui s'est tenue ce 19 février dans le coeur de la capitale italienne. L’image troublante et angoissante de Giuliana Sgrena, le visage émacié, contracté par l’angoisse et la captivité, a été mise de côté comme pour ne pas céder au chantage des terroristes qui détiennent la journaliste italienne depuis 15 jours. Cette dernière était apparue mercredi dernier sur les écrans du monde entier, les mains jointes dans une supplique adressée à son compagnon, demandant le retrait des troupes italiennes de l’Irak.

Scène horrifiante et dérisoire faisant apparaître, comme le soulignait à juste titre dans son éditorial Ezio Mauro, directeur de la Repubblica (jeudi 17 février), «la disproportion entre les contradictions de la guerre et le destin d’une personne, transformée en instrument de chantage: un poids qui voûte les épaules de Giuliana Sgrena comme celles, autrefois, d’Aldo Moro sur ses photos de cellule. Et puis il y a la dignité du prisonnier qui continue de croire dans son travail et dans ses propres idées, et les propose comme son unique ressource – valeur de toute une vie- pour échapper au terrorisme et continuer à vivre».

On a pu lire dans les journaux que la vidéo reprenant Giuliana Sgrena avait été envoyée en temps et en heure pour faire pression sur le Sénat italien s’apprêtant à voter la reconduction du financement des troupes italiennes en Irak. «La vérité» s’insurge Rossana Rossanda, figure historique du quotidien il manifesto, «c’est que l’on se sait rien des ravisseurs. Et que personne ne veut l’admettre, ni même admettre que le retrait des troupes serait ce qu’il y a de plus raisonnable, ce qu’en revanche 13 pays ont déjà compris».

«Ainsi préfère-t-on disserter sur l’habileté de notre «intelligence» (services secrets), en oubliant que ceux qui font partie de «la mission de paix» se sont bien gardés de protéger nos rares journalistes débarquant à Bagdad. Peut-être que ces derniers ne leuront demandé aucune aide, mais à quoi servent nos services secrets, s’ils sont incapables de veiller avec discrétion? Certes, ils ne surveillaient pas la sortie de l’université d’où devait inévitablement déboucher Giuliana Sgrena, ni les deux véhicules postés avec huit hommes armés à l’intérieur, c’est pourquoi ils ont bien été dans l’impossibilité d’intervenir lorsque notre camarade a été enlevée alors que les gardes de ce « pays démocratique» tiraient en l’air. Notre contingent, affirme le gouvernement doit rester en Irak pour garantir la sécurité, certainement pas celle de nos concitoyens que l’Etat a pourtant l’obligation suprême de protéger(…)».

«Dans les pleurs de notre Giuliana», poursuit Rossana Rossanda «il y avait l’angoisse de celle qui ne croit pas que son pays l’écoutera. Et aussi l’amertume de celle qui a compris l’indifférence de ses ravisseurs vis à vis de tout ce qu’elle a pu faire pour le peuple irakien. Parce que même s’ils ont regardé Al Jazeera et écouté la condamnation des Ulemas et de Al Sistani, elle reste à leurs yeux une occidentale et cela leur suffit. C’est ce que Giuliana a voulu nous dire: que la haine de l’occupant est désormais au-dessus de tout. C’est ce que disent tous ceux qui racontent l’Irak, y compris les derniers mercenaires américains qui représentent selon le Monde -dans la privatisation croissante du conflit- plus de 30.000 hommes». Libérons la paix: Giuliana, Florence, Hussein, tous les otages et le peuple irakien | Nathalie Galesne La détention de Giuliana Sgrena et de Florence Aubenas, deux journalistes de gauche, est en effet et à tous les effets une aberration, un contre sens, une absurdité à la mesure de la férocité de cette guerre. On ne s’étonnera donc pas du mot d’ordre «Libérer la paix» qui a scander la manifestation.

Les Italiens s’étaient rassemblés en grand nombre dans la capitale peu avant les premiers bombardements sur l’Irak, comme des millions d’autres pacifistes dans le monde entier, pour stopper le bulldozer américain et la machine belligérante qui l’accompagnait. Mais l’opinion des sociétés civiles avait une fois encore été bafouée par leurs gouvernements et la guerre avait éclaté. Cela n’a pourtant pas empêcherdes milliers d'italiens de descendre à nouveau dans les rues de Rome pour demander encore une fois la paix et la liberté pour Giuliana Sgrena, Florence Aubenas, Hussein et tous les otages encore retenus en Irak. Nathalie Galesne
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