Les nouveaux «Frères d'Italie» | Federica Araco
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Federica Araco   
Les nouveaux «Frères d'Italie» | Federica AracoAlin est un jeune de 17 ans. Depuis quatre ans il vit à Ostie, dans la banlieue romaine. Il a un tempérament revêche, avec ses camarades et ses professeurs, qui cache un profond besoin d'acceptation et sa difficulté d’adapter son appartenance roumaine au contexte italien.
Masha a 18 ans, elle est née en Biélorussie et a été adoptée par une famille italienne. Pendant longtemps elle n'a pas eu de nouvelles de son frère qui a finalement réussi à la retrouver. Elle voudrait le serrer à nouveau dans ses bras, même si elle a peur de rouvrir les douloureuses plaies du passé.
Les parents de Nader sont égyptiens et vivent en Italie depuis plus de vingt ans. Lui est né ici, il y a seize ans, et affronte les conflits de l'adolescence en se cognant aux traditions culturelles de sa famille.

Fratelli d'Italia ( Frères d'Italie , 90', Italie, 2009), du réalisateur Claudio Giovannesi, est un documentaire en trois épisodes qui raconte, à travers trois histoires, les parcours d'intégration semés d’embûches que les jeunes d'origine étrangère doivent affronter pour vivre en Italie.
Il invite aussi à une plus ample réflexion en nous efforçant de mieux comprendre la vie de cette deuxième génération à laquelle le droit de citoyenneté continue d'être nié.
En Italie, il y a 862 000 jeunes nés de parents étrangers. 457 000 sont nés dans notre pays, les autres sont arrivés en bas âge lors d’un regroupement familial.
Ils sont et se sentent italiens, mais du point de vue juridique et social, ils continuent d'être considérés «étrangers» car enfants d'immigrés. L'accès à la citoyenneté, condition essentielle pour avoir les mêmes droits que les enfants de parents italiens, prévoit de fait une procédure administrative longue, tortueuse, et souvent aporétique.

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Claudio Giovannesi
«J'ai tourné ce film parce que l'Italie, à mon avis, n'arrive pas encore à reconnaître son identité multiculturelle, elle se cache derrière une illusion d'orgueil national et refuse la valeur positive de la diversité», explique le jeune documentariste. «Je considère fondamentale et émouvante chaque forme de meltin’pot. La population que l'on appelle immigrée est, en réalité, notre nouveau tissu social, une richesse qui doit être accueillie dans sa complexité et avec ses infinies contradictions», poursuit-il.

Frères d'Italie est le fruit de deux ans de travail en collaboration avec l'institut technico-commercial Paolo Toscanelli d'Ostie, dans la banlieue romaine, où presque 30% des élèves sont d'origine étrangère. «J'ai choisi comme protagonistes trois adolescents, en racontant leur vie au quotidien, en observant leurs rapports interpersonnels et les conflits qui les tourmentent», raconte Giovannesi.
L'emblème de ce sinueux parcourt d'intégration est l'école, où souvent les enseignants ne réussissent pas à garantir une formation satisfaisante aux élèves, de plus en plus victimes des faux besoins imposés par la consommation de masse. Dans un contexte ambigu, parfois violent, l'accablante croissance individuelle se cogne à l'exigence de standards réfractaires aux traditions religieuses et culturelles des communautés de provenance.
C'est le cas de Nader: sang égyptien et style de vie italianissime. Comme beaucoup de jeunes de son âge, ce garçon aux yeux vifs et éclatants rêve de devenir footballeur professionnel, il aime les filles (il a une copine italienne, contre la volonté de ses parents), et à l'école il est tellement rebelle qu'il en est arrivé à se faire suspendre, avant un redoublement annoncé.
Les nouveaux «Frères d'Italie» | Federica Araco
«Le conflit de génération dans le film nous renvoie au thème de l'identité. La différence qui sépare pères et fils est à l'origine des problèmes qui se posent aux première et deuxième générations d'immigrés» commente Giovannesi. «J'ai essayé de considérer le concept d'intégration au-delà de son abstraction utopique, en le traitant au cœur même de la réalité», continue le réalisateur. «Je me suis rendu compte que l'intégration, même quand elle est fortement désirée, n'est pas toujours réalisable: c'est un parcours sans fin, qui nécessite une redéfinition de l'identité, complexe et responsable, que les deux parties -les nouveaux arrivants et ceux qui les accueillent- doivent engager de manière paritaire.

Alin, Masha et Nader vivent les joies et les conflits d'une «génération pont» entre des cultures différentes, fruit de la profonde mutation sociale qui caractérise l'Italie de nos jours.

«Au début cela n'a pas été facile du tout: je n'étais pas habituée à être suivie par quatre techniciens du matin au soir», raconte Masha, protagoniste du deuxième épisode. «Ils m'accompagnaient partout, en portant d'encombrants équipements: à l'école, à la maison, aux rendez-vous avec mon copain. Avec le temps, la caméra est devenue une amie toujours à mes cotés, à qui j'ai pu confier mes émotions et mes peurs». Et elle ajoute: «c’était une expérience super et j’espère que le film pourra venir en aide aux jeunes, aux parents et aux enseignants. Je conseille à tous de le voir parce que, souvent, les gens jugent les immigrés sans connaissance de cause, sans rien connaître de leurs histoires, des difficultés qu'ils sont obligés de surmonter».

Le documentaire a obtenu la mention spéciale du jury au "Roma Film Festival 2009", section L'autre cinéma/extra «pour le regard surprenant, envoutant et pressant avec lequel le documentaire entre dans la vie de trois adolescents italiens fils d'immigrés».


Federica Araco
Traduction Matteo Mancini
(14/08/2010)


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