Un “débarquement” en état de grâce | Cristina Artoni
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Cristina Artoni   
Des légendes au sujet du Débarquement ont déjà vu le jour. Des récits, à mi chemin entre réalité et magie, qui passent de bouche en bouche, comme par exemple celui relatant de la participation directe des dauphins à l'initiative. On dit que la nuit, pendant la traversée en mer entre Barcelone et Gênes, les dauphins auraient dédié leurs bonds élégants à l'initiative, tandis que les passagers avaient leurs pensées dirigées vers les victimes de l'immigration en Méditerranée. De plus la lumière particulière de cette nuit offerte par la pleine lune, a accompagné le navire en route pour l'Italie jusqu'à l'aube.
Un “débarquement” en état de grâce | Cristina Artoni
La nave dei diritti, foto Luna Coppola

Pendant 48 heures, cette rare aura a accompagné l’initiative du “débarquement”. Le navire des «droits» est parti le Vendredi 25 Juin de Barcelone pour arriver le jour suivant dans le port de Gênes, au milieu des roulements de tambour et des applaudissements de centaines de citoyens.
Durant tout l'après-midi sur le port Port Antique du chef-lieu ligure, de petits concerts avaient permis de faire passer le temps.
De Barcelone, se sont donc embarquées plus de 450 personnes portant un message de défense des droits de la Constitution Italienne.
Des familles au grand complet, italiennes ou espagnoles portant avec eux les enfants, beaucoup de jeunes et de moins jeunes : mais tous de simples citoyens mus par le désir de dénoncer la dérive politico-culturelle que vit l'Italie. L'idée, sans le support d'aucun parti politique ou syndicat, est partie d’Andrea de Lotto, un maitre d'école primaire résidant à Barcelone, qui a ressenti, il y a un an, l'urgence d'agir. Et comme un fleuve en crue l'organisation s'est lancée, tout d'abord avec un manifeste d'intention et puis avec différentes initiatives d'autofinancement.
Au début de l'année, l'idée de mobilisation est apparue sur une page internet:
“Entre amis (pas seulement italiens), nous assistons, sérieusement préoccupés, à ce qui se passe en Italie. Bien sur la crise est présente ici aussi, mais nous avons la sensation que la situation dans notre pays est particulière, surtout au niveau culturel, humain, relationnel.
Le racisme croît, ainsi que l'arrogance, la l’abus de pouvoir, la répression, la criminalité, le machisme, la culture mafieuse généralisée, l'absence de réponses apportées au monde du travail, toujours plus subalterne et précaire. Le mérite et le talent des personnes, surtout chez les jeunes, ne sont aucunement valorisés. La culture du service, du désintérêt pour le bien commun, de la course à l'argent et du secteur privé à tous les niveaux, ne fait que grandir et se développer.” (1)
Gênes, ville blessées par l'histoire de ses dernières années, est devenue l'itinéraire idéal pour réaliser cette aventure, pour rompre ce silence. “C'est précisément à Gênes, durant le G8, qu’a eu lieu la répétition générale d’un scénario consistant à vérifier s'il était possible de mettre en place une démocratie autoritaire dans notre pays», nous explique Haidi Giuliani, la mère de Carlo, tué le 20 juillet 2001 par les forces de l’ordre lors des affrontements du G8. « Et ils ont eu la confirmation que cela était possible”, ajoute-telle.
Grand nombre de participants du débarquement sont descendus du navire en exhibant la photo de Carlo Giuliani et leurs bouches bâillonnées.
Enfin, dimanche, la ville s'est transformé en un grand laboratoire de débats. Pendant toute la journée, sur cinq places, se sont enchaînées des rencontres et des performances sur des thèmes concernant la paix et le savoir, l'environnement, le travail, etc.
C'est ici que les travailleurs de la FIOM, pointés du doigt pour avoir voté Non au referendum sur le nouvel accord pour la production de la voiture Panda, ont eu leur mot à dire sur leur controverse avec la Fiat de Pomigliano. C'est ici que les familles des 24 victimes de Viareggio sont venues demander, un an après l'explosion de la gare, de “ne pas être laissés seuls dans leur quête de justice”.
Peu après, place de la Commenda, le micro passait dans les mains des migrants devenus, comme le dit un jeune ghanéen “les boucs émissaires” de tous les maux de la péninsule. Sur la scène se succédaient témoignages, musique et pièces théâtrales dédiées à tous ceux qui sont obligés d’errer en Europe sans papiers. Au «navire des droits» était attribué le devoir de rappeler que «nous n’avons qu’une seule planète, celle-ci. Que la mer nous appartient. Elle appartient à tous les peuples. Que chacun de nous a le droit d'exister, de se déplacer, de voyager, de migrer, et d'exiger que sa terre ne soit plus exploitée, dépouillée».
Avec grande émotion la société civile, qui s’était associée aux opérations du Débarquement, s'est saluée en se promettant de revenir :
“ Nous avons donné un premier coup d’envoi à la machine» a dit Andrea de Lotto, le maître d’école qui réalise ses rêves. «Nous avons réussi à la faire démarrer, va-t-elle rester en marche...on verra bien. Ce dont je suis certain c'est que ce n'est qu’un début...”.


Cristina Artoni
(14/07/2010)


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