Rafles à l’italienne | Federica Araco
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Federica Araco   
Rafles à l’italienne | Federica AracoCela pourrait faire penser à quelque vilaine page de l’Histoire, et pourtant, les faits se déroulent bien aujourd’hui, sur les larges avenues bordées d’arbres d’une ville moderne et européenne, appelée Milan.
C’est un bien étrange véhicule qui y a été mis en circulation. Il est blindé, ses vitres sont couvertes de grilles, comme celles qu’on utilise pour les escortes des supporters dans les stades. Sur le véhicule, neuf agents de police et un officier, tandis que quatre voitures de police suivent le convoi, prêtes à poursuivre les éventuels piétons suspects de fuite. Ce sont les “pumas” du détachement Transport public, une force d’intervention spéciale, active depuis 2000 sur les lignes de métro et sur les transports de surface de la Commune de Milan.

Avec l’entrée en vigueur du délit de clandestinité, le 8 août dernier, les 32 hommes du détachement opérationnel se sont spécialisés dans le service “arrestations et identifications”. Leur devoir consiste à repérer les étrangers sans papiers dans les moyens de transport publics, et à vérifier la régularité de leur permis de séjour à l’intérieur de la “centrale mobile”. Toutes les deux semaines, subdivisées en trois groupes, les patrouilles anti-clandestins effectuent des ratissages dans les rues de Milan, en se concentrant particulièrement dans les quartiers périphériques. Véritables Blitz , que certains agents n’ont pas hésité à appeler “Tonnare” –thoniers- (1), avec un fond d’humour macabre. Lors du premier jour de travail qui a suivi l’approbation du décret de la loi de sécurité, le 29 septembre, dix étrangers ont été transportés dans la centrale: trois d’entre eux, après les vérifications qui s’imposent, se sont avérés en situation régulière. Les sept autres ont été dénoncés pour clandestinité, et l’un d’entre eux, présent en Italie malgré sa notification d’expulsion, a été arrêté.

Après les mesures contre la mendicité, la lutte contre la vente abusive, les rondes nocturnes (“blue berets”), l’initiative promue par l’administration municipale lombarde en matière de sécurité ne fait presque pas la Une. Peu de quotidiens en parlent, et sur Internet non plus on ne trouve guère de matière sur le sujet. Peut-être sommes-nous en train de nous habituer aux politiques anti-immigrés promues par le Gouvernement, qui au nom de la sécurité a dangereusement confié aux maires de plus amples pouvoirs de décision?

Depuis 2008, dans de nombreuses villes, en particulier à Milan et à Turin, on a effectué des ratissages sur les lignes les plus fréquentées des transports publics de surface et des métropolitains. Durant ces coups de filet, on a fait descendre des dizaines d’étrangers dans la rue, on les a mis en rangs et divisés en groupes afin de les identifier et de les conduire à la préfecture de police du quartier pour procéder à d’éventuelles vérifications, s’ils étaient dépourvus de papiers d’identité ou de permis de séjour.

De Corato, adjoint au maire et conseiller municipal à la sécurité de la Commune de Milan, dans une interview accordée en juillet dernier au site affarimilano.it, a affirmé que “rien qu’en 2008, la Police Locale de Milan a fiché 1013 clandestins, et en a arrêtés 90 parce qu’ils n’avaient pas respecté la feuille de route. Selon les données de la Préfecture de Police de Milan, l’an dernier, les ordres d’expulsions donnés aux personnes en situation irrégulière ont par la suite augmenté d’un millier, passant de 3035 à 4044.”

De Corato, représentant du Popolo della Libertà, a donc souhaité l’ouverture de nouveaux centres d’identification et d’expulsion (CIE) pour les immigrés en situation irrégulière –“au moins un pour chaque province”- déplorant le fait que dans le Nord, seulement trois structures, à Milan, à Gorizia et à Turin, sont actives pour le moment, avec une capacité maximale de 500 personnes. Structures à n’en pas douter inadéquates aux politiques promues par son administration, qui après les arrestations dans les transports publics, s’oriente toujours plus vers une véritable chasse à l’étranger, basée exclusivement sur le faciès.

(1) Les patrouilles font ici référence au thonier ( tonnara ), bateau utilisé pour la pêche au thon, qui est une pêche particulièrement cruelle et sanguinaire.


Federica Araco
Traduction de l’italien Marie Bossaert
(08/10/2009)

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