La fête du 3 mai au pas de course | Emanuela Frate
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Emanuela Frate   
La course des charrettes (La Carrese) représente au centre du sud de l’Italie l’évènement le plus attendu par la population locale. Il s’agit d’une course de charrettes traînées par des bœufs entourés de chevaux.
La fête du 3 mai au pas de course | Emanuela Frate
Deux équipes se disputent le prix final: les «giovani» (couleur blanc-bleu) et les «giovanotti» (couleur jaune-rouge). Toute la communauté est entraînée par cette manifestation. Nul n’est exclu. Pour ceux qui habitent à l’étranger, c’est l’occasion de retourner au village natal. Pour les autres, c’est le moment de se défouler, de se laisser aller et de se laisser contaminer par la fougue naturelle des animaux poussés dans la course par des dizaines de chevaliers qui les entourent, les aiguillonnent et les incitent à aller plus vite. Les pleurs des perdants, l’euphorie de ceux qui ont gagné, l’excitation des gens qui participent de façon physique au spectacle permettent à La Carrese d’outrepasser la simple représentation folkloriste villageoise pour être une représentation historique et symbolique.
C’est plus que du simple folklore, c’est une tradition qui s’insère dans le contexte méditerranéen. Selon certains, l’origine de cette tradition serait albanaise puisque la «Carrese» se déroule surtout dans les villages du moyen adriatique de l’Italie où l’on parle encore la langue albanaise (Ururi, Portocannone, Chieuti). Les habitants de ces zones chercheraient à perpétuer cette importante tradition du patrimoine albanais pour marquer encore une fois leur spécificité culturelle et identitaire. Mais les historiens soutiennent que cette idée est dépourvue de tout fondement.
Les «Carresi» constituent un groupe homogène de festivités du printemps avec lesquelles on conjurait les mauvaises récoltes. Le bœuf, en effet, a une forte valeur symbolique : il était indispensable pour l’économie agricole et la course, l’effort auquel les bœufs étaient soumis est une démonstration de force, de vigueur, d’énergie qui dans le monde rural était une ressource essentielle.
Ces manifestations remontent au Moyen-âge, période où chaque village cherchait à s’approprier des reliques d’un Saint pour être sous sa protection. Les légendes médiévales rapportent qu’un boeuf indompté apporte les reliques d’un saint au village et, dans les villages de minorité linguistique albanaise les récits populaires se chargent d’autres significations : le boeuf guide les albanais dans la recherche de leur nouvelle demeure après leur exode pour échapper à la domination turque. En somme, le sacré et le profane se mêlent en cette tradition séculaire qui enthousiasme et passionne encore un grand nombre de personnes le 3 mai de chaque année.

Emanuela Frate
(30/04/2009)

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