Conversion en Mondovision | Nathalie Galesne
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Nathalie Galesne   
Conversion en Mondovision | Nathalie Galesne
Magdi Allam et Benoît XVI
Directeur adjoint du quotidien «il Corriere della Sera», rampe de lancement de La rage et l’orgueil , Magdi Allam est d’une certaine façon beaucoup plus dangereux dans l’exécration de l’islam qu’Oriana Fallaci. Sans doute parce que c’est sous les traits d’un musulman modéré qu’il inaugure le travail de sape de sa propre religion, qui dans un premier temps se limite à une critique de l’islamisme radical, apparemment inoffensive. Né au Caire il y a 56 ans, installé en Italie depuis de nombreuses années, Magdi Allam se distingue tout d’abord par sa dénonciation véhémente du terrorisme islamiste : «En partant de mon propre vécu», écrit-il dans Vincere la paura (Vaincre la peur) paru en 2005, «je peux témoigner qu’il y a 40 ans, la situation au Moyen-Orient était radicalement différente. La société et les institutions étaient laïques. La culture de la haine et de la mort, qu’aujourd’hui l’Occident associe aux musulmans, n’est pas inscrit dans l’adn de l’islam.» Cependant, son point de vue ne tarde pas à changer du tout au tout. Sa dénonciation du fanatisme islamiste s’applique désormais à tous les musulmans. Pour beaucoup, ses propos sont imprégnés d’une sorte de vérité de l’intérieur. Plusieurs sites d’extrême droite reprenant ses récentes déclarations notent que Magdi Allam sait de quoi il parle puisqu’il est précisément musulman.
Conversion en Mondovision | Nathalie GalesneMagdi Allam écrit aussi des essais de plus en plus polémiques. Son avant dernier livre Viva Israël (Vive Israël) l’est tout particulièrement puisqu’il s’agit d’une défense inconditionnée de l’Etat d’Israël signée par un arabe. Le sous-titre de la couverture est particulièrement éloquent : De l’idéologie de la mort à la civilisation de la vie: mon histoire. «Dans ses pages», écrit-il en avant propos «j’ai voulu raconter mon lent et douloureux parcours, de l’idéologie du mensonge, de la dictature, de la haine, de la violence et de la mort à la civilisation de la vérité, de la liberté, de l’amour, de la paix et de la vie. Jusqu’à ce que mûrisse ma pleine conviction qu’aujourd’hui, plus que jamais, la défense de la sacralité de la vie coïncide avec la défense du droit d’Israël à exister.»
Avec sa conversion retransmise en mondovision, Allam franchit une nouvelle étape dans la détestation de sa culture qui est en fait une sorte de détestation pathétique de lui-même. Un syndrome analysé par Frantz Fanon dans Peau noire, masques blancs lorsqu’il démontre que le colonisé, en l’occurrence le noir (dans le cas qui nous intéresse le musulman) souffrant parfois d’un véritable clivage, en vient à se dédoubler, à se désigner lui-même comme ce qu’il a à combattre. La haine du dominé procède d’une intériorisation et d’une identification aux «valeurs blanches» (celui du monde occidental). Le Blanc, véritable idéal du moi, est reconnu comme supérieur, il est le modèle auquel il faut ressembler à tout prix.
Le jour de Pâques, Benoît XVI baptise Magdi Allam avec 5 autres adultes devant le monde entier. Celui-ci choisit comme nom de baptème «Cristiano», («chrétien» en italien, équivalent du prénom Christian). La Cérémonie est pour lui l’occasion de réaffirmer son rejet en bloc de l’islam dans une lettre réductrice et provocatrice que le «Corriere della sera» publie sur sa une, au lendemain de la veillée pasquale :
«J’ai dû prendre acte que, au-delà […] du phénomène des extrémistes et du terrorisme islamique au niveau mondial, la racine du mal est inhérente à l’islam, qui est physiologiquement violent et historiquement conflictuel.» écrit Magdi Allam qui précise que «(son) esprit s’est affranchi de l’obscurantisme d’une idéologie qui légitime le mensonge et la dissimulation, la mort violente qui conduit à l’homicide et au suicide, la soumission aveugle à la tyrannie, (lui) permettant d’adhérer à l’authentique religion de la Vérité, de la Vie et de la Liberté».
Après la leçon de Ratisbonne, ce baptême assume une portée symbolique exponentielle. Le pape Benoît XVI avait abordé dans son discours du 12 septembre 2006, à l’université de Ratisbonne en Allemagne où il avait été professeur, la question de la relation entre foi, religion, et violence. Ses citations empruntées à l’empereur byzantin Manuel II Paléologue avaient suscité de vives réactions, et la réprobation de nombreux représentants de l’islam.
A six siècles d’intervalle, on retrouve dans le discours du «docte empereur» repris par le pape, une vision de l’islam assez proche de celle du néo-converti Cristiano Allam: «Montre-moi donc», dit l’empereur «ce que Mahomet a apporté de nouveau, et tu y trouveras seulement des choses mauvaises et inhumaines, comme son mandat de diffuser par l’épée la foi qu’il prêchait». Que le représentant suprême de l’église catholique baptise un musulman qui crie haut et fort son aversion pour la religion musulmane auprès des principaux médias italiens n’est certes pas pas anodin. Bien au contraire, en stigmatisant l’islam, cette conversion médiatique ne fait que renforcer la vision de plus en plus prisée depuis 2001, année de la diffusion mondiale des théories néoconservatrices du choc des civilisations, d’un monde coupé en deux, où les cultures sont condamnées à se jeter les unes contre les autres jusqu’à ce que triomphe la raison occidentale et le monde chrétien détenteur du progrès démocratique.

Nathalie Galesne
(01/12/2008)
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                     "Preventing Violent Radicalisation 2007"

            "Avec le soutien financier du Programme Preventing Violent Radicalisation
           Commission Européenne - DG Justice, Liberté et Sécurité"



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