Femme, avoir 20 ans en Italie | Stefanella Campana
Femme, avoir 20 ans en Italie Imprimer
Stefanella Campana   
Femme, avoir 20 ans en Italie | Stefanella CampanaLeurs quotidiens sont différents, mais elles placent toutes, sans hésitation, au sommet de l’échelle de valeur le mot «amour», toutes sauf deux. Cependant, elles ne rêvent pas de la robe blanche, car, en effet elles placent le «mariage» dans les dernières positions, au contraire de la maternité qu’elles envisagent toutes sans exception dans leur futur. Leur «première fois» a été précoce, entre 16 et 18 ans. Elles sont sûres d’elles ces jeunes femmes italiennes et n’hésitent pas à faire le premier pas quand un garçon leur plaît et ne se déclare pas. Elles ont les idées claires sur la notion de plaisir, sur le sexe comme ingrédient important de leur rapport amoureux ; mais, elles veulent aussi dans leur relation une affinité profonde et un partage des centres d’intérêts. Elles ne parlent pas de beauté quand elles définissent l’homme idéal, mais elles le désirent intelligent, loyal, et surtout, capable de les faire rire. Elles sont en général, en bon terme avec leur corps, et c’est souvent une conquête après la timidité de l’adolescence. Elles sont attentives aux moyens de contraception – elles prennent presque toutes la pilule – et le sexe, sauf quelques exceptions, n’est plus un tabou en famille, en particulier avec la mère. Aucune d’entre d’elles n’a connu de violence sexuelle : est-ce seulement de la chance? Ou au contraire, avoir une forte conscience d’elles-mêmes les a-t-elles aidé à éviter ce danger? Une seule d’entre elles a subi un avortement.
Sabrina, Giorgia, Gaja, Serena, Cristina, Maddalena, Marina, Valeria, Valentina: neuf jeunes italiennes, entre 23 et 29 ans, se racontent. Elles vivent en majorité chez leurs parents, mais certaines vivent ou ont vécu avec un fiancé. Elles habitent à Turin, Milan, Rome, ou dans de petites villes. Elles sont en majorité étudiantes universitaires issues de familles aisées et normales ; il y a aussi une ouvrière, une scientifique précaire, une étudiante qui travaille et une artiste. Elles sont les filles et petites-filles d’une génération de femmes qui a traversé le féminisme, qui a conquis la liberté sexuelle, une nouvelle identité féminine affranchie du modèle sexuel patriarcal et qui a dit oui au divorce et à la loi sur l’avortement. Cet héritage semble être acquis par ces neuf jeunes femmes conscientes et matures malgré leur jeunesse. Juste à côté de l’amour, elles placent le mot travail, signe d’un équilibre féminin établi.
Femme, avoir 20 ans en Italie | Stefanella Campana
Maria de Filippi et Simona Ventura
Mais on peut aussi être fiancé temporairement. «J’ai appris à faire passer avant un homme ce que je veux faire moi et je suis très bien», dit Giorgia, un beau visage souriant, de longs cheveux blonds, un corps élancé et provocant, heureuse et contente de la conquête de son autonomie. Il y a deux ans, elle a quitté l’élégante maison de ses parents située sur une colline turinoise pour aller vivre dans le centre de Turin dans un petit loft aux murs décorés de nombreuses affiches très colorées («je crois à la chromothérapie»). Elle a fait le grand pas vers l’autonomie à son retour d’un stage d’un an à Paris où elle a obtenu une double maîtrise de droit. Dans la capitale française, elle a vécu avec un copain de fac : «J’étais très amoureuse de lui, un impératif. Au début, je le trouvais stimulant, mais il s’est révélé par la suite être négatif pour moi : il était égoïste et effaçait toute confiance en moi, et j’ai dû aller chez un psychologue. Je le vivais comme une figure paternelle et je ne le mettais jamais en question.» On voit une photo sur laquelle Giorgia sourit à côté d’un beau et grand garçon. «C’est mon dernier fiancé. En ce moment, nous sommes en stand-by ; c’est un trésor, mais je ne suis pas amoureuse. Je crois que le temps des cerises est fini. Nous avons idéalisé l’homme, et donc ensuite la relation ne fonctionne pas, on tombe amoureux de l’idée et non plus de la personne. Si tu élargis ta vision des choses, la vie devient plus compliquée. Je plais aux hommes parce qu’au premier abord je semble ouverte, mais par la suite je leur fais peur parce qu’ils découvrent que je suis difficile, que je mets du temps à me fier.» Giorgia rêve d’un fiancé étranger. La raison semble claire : «Je ne veux pas rester à Turin, je veux m’évader.» Elle se déclare «un peu féministe : des enfants, oui, mais je ne sais pas si je veux un compagnon. J’ai compris qu’un enfant peut arriver seulement quand tu as appris à te gérer seule.» Ce n’est donc pas un hasard si elle place en dernière position le mariage. Son premier rapport sexuel, elle l’a eu à 18 ans ; et elle a pris la pilule pendant 4 ans. « Quelques fois, on perd sa virginité avec quelqu’un qui ne la mérite pas, maintenant pour moi, c’est une valeur.» Elle se proclame passionnée, «le plaisir pour moi est important. Je n’ai jamais eu de problème avec le sexe». Son homme idéal doit avoir du charme, être intelligent et la faire beaucoup rire, ne pas être ennuyeux et être stimulant : «je ne supporte pas la méchanceté, l’égoïsme, ceux qui veulent créer une dépendance, et ceux qui ne prennent pas soin de toi». Dans son futur, elle se voit accomplie «comme femme et travailleuse, en cherchant à concilier le rôle de mère et l’épanouissement professionnel». Et un compagnon? Plus tard peut-être, pour le moment son profil est vaporeux.
Sabrina, une brune aux cheveux longs bien soignés, a 29 ans. Je la rencontre dans un bar: elle arrive toute vêtue de noir «parce que ça mincit, et que j’ai pris une taille». Elle vit chez ses parents (la mère est originaire de Lucana, le père de Vénétie et son frère est marié) dans une petite ville à la périphérie de Turin. Elle est ouvrière chez Bertone, entreprise métallurgique historique, et elle est fiancée depuis 5 ans avec un maçon, après avoir vécue deux autres histoires importantes. Même si elle rêve de porter une robe blanche depuis qu’elle est petite, maintenant elle ne se sent pas prête pour le mariage. « En ce moment, c’est un peu la crise parce que mon fiancé m’opprime avec sa jalousie ; il est possessif, peut-être parce qu’il est méridional, et il me semble conditionné par une certaine mentalité du Sud. Ça, je ne le supporte pas. Je m’entends bien sexuellement avec lui, c’est le reste qui ne va pas.» Elle sait qu’elle plaît aux hommes : «On me cherche, je reçois des compliments.» Elle prend la pilule, «ma mère le sait, mais nous n’en parlons pas.» Elle défend la loi sur l’avortement : cette loi «est positive, une femme doit pouvoir décider de sa maternité.» Elle aimerait bien avoir deux enfants. Pour Sabrina, l’homme capable de la séduire doit être sympathique, la faire rire, «s’il est beau en plus, ça ne gâche rien, mais ce n’est pas le plus important. Je voudrais un homme avec qui je me sente bien, avec lequel tout partager, un homme que je me languirai de retrouver.» Comme pour dire que ce n’est pas la réalité qu’elle vit à l’heure actuelle. Sabrina se dit trop timide pour faire des avances à un homme et elle est convaincue que le mariage peut lui apporter plus de sécurité «même si je n’ai rien contre le fait de vivre avec un homme sans être mariée». Elle aime son visage, un peu moins son corps car depuis qu’elle ne fait plus de sport, elle a grossi. Elle admire Monica Bellucci, et elle aime Simona Ventura et Maria Defilippi «parce qu’elles sont sûres d’elles et dures.»

Gaja aussi admire les femmes fortes, efficaces, qui sont pour elle un modèle vers lequel tendre. Quant à son idéal d’homme, «il doit savoir ce qu’il veut, être mature, loyal, sincère et sensible. J’aime un peu de romantisme, l’homme sensible qui a aussi le courage de pleurer, je déteste les machos. Ça ne me déplairait pas un homme beau et riche, mais ce sont là des qualités qui n’assurent pas le bonheur. Je préfère un compagnon complice, qui me comprenne et avec lequel je me sente en harmonie.» Gaja, turinoise, a 23 ans, de longues jambes sur un corps élancé, des cheveux ondulés qui entourent son joli petit visage avec de grands yeux sombres de biche. Elle est solaire et disponible, se met en quatre pour ses amis, elle est sensible, expansive, et se déclare plus sûre d’elle et plus entreprenante que lorsqu’elle était plus jeune. «Aujourd’hui, je me plais. Je suis heureuse en ce moment et je ne voudrais pas changer ma vie.» Elle vit aussi une belle histoire d’amour depuis un an. «Mon fiancé a presque 10 ans de plus que moi, mais je ne sens pas la différence : nous avons les mêmes centres d’intérêt.» Il vit encore chez ses parents, mais il cherche une maison pour vivre seul. Il finit ses études de droit et pourvoit à ses besoins en donnant des cours de tennis. «Je ne sais pas si c’est l’homme de ma vie. Je vis au présent. Dans quelques semaines, j’atteins un objectif important, le Master de Science Internationale et je n’ai pas envie d’accélérer les choses. Avant le mariage, je voudrais vivre avec mon fiancé ; je me marierai seulement pour donner une garantie à mes enfants, dans l’absolu, j’en voudrais trois. Je voudrais avoir du temps pour eux, mais aussi continuer à pratiquer un métier qui me plaît. Je voudrais surtout offrir à mes enfants une enfance différente de la mienne, que leurs parents restent toujours ensembles.» Les parents de Gaja se sont séparés quand elle avait 11 ans, et c’est apparemment une blessure encore ouverte. «Je ne crois pas au mariage ; après l’exemple de mes parents, je suis pessimiste, parce qu’aujourd’hui, il n’y a plus la volonté de le sauver. Il y a le divorce facile, que je peux comprendre uniquement lorsque la situation est intenable pour les deux. Je suis convaincue que pour réussir un mariage il faut un effort continu des deux.» Pour Gaja, la virginité est une valeur subjective. Elle a eu son premier rapport sexuel à 17 ans, lors d’un stage d’études en Nouvelle-Zélande : «ça n’a pas été bien, parce que je n’étais pas préparée. Par la suite, j’ai eu d’autres copains, mais faire l’amour était pour moi juste un acte physique. Il faut un peu de temps pour trouver une entente, c’est différent à chaque fois et c’est ça qui est bien. Avec mon copain actuel c’est une expérience, une communication profonde et je n’ai pas de problème à lui demander ce qui me donne du plaisir. Actuellement, je suis heureuse sexuellement, nous prenons tous les deux des initiatives.» Désinvolte et sûre d’elle, elle l’était même avant. «Si un garçon me plaît, je n’ai pas de problème à le lui faire comprendre, à le voir et à l’inviter. Une fois seulement j’ai pris un râteau : il pensait encore à son ex.» Gaja prend la pilule. «Je n’ai aucun problème à parler de sexe avec mes parents. Quand je suis rentrée de Nouvelle-Zélande, j’ai tout de suite raconté à ma mère, avec qui je vis, que j’avais fait l’amour. Elle, elle m’a demandé si ça c’était bien passé et si j’avais fait attention.»
Femme, avoir 20 ans en Italie | Stefanella CampanaIl semble y avoir plusieurs points communs entre ces jeunes femmes italiennes en matière d’hommes. Serena, 25 ans, aime les hommes gentils, amusants et intelligents et «qui savent la faire rire. Pour être mes amis, ils doivent partager avec moi certaines expériences et pensées. J’aime avoir une complicité intime avec quelqu’un. Pour moi l’amour est une expérience agréable et excitante et j’aime fantasmer. Selon moi, l’amour parfait est un mixte entre plaisir sexuel et mental, en d’autres mots, je dois me sentir impliquée par le corps et le mental. Pour moi le plaisir compte énormément pour avoir une relation. J’en parle quelques fois avec mon copain que j’ai connu à l’université. Je n’aurais pas de problème à en parler avec ma mère, mais en général je ne le fais pas. En fait, je n’en ai jamais parlé.» Pour Serena, il n’est pas aussi facile de faire le premier pas avec un homme, parce qu’elle est plutôt réservée par rapport à sa vie intime. Fille unique, cheveux noirs mi-longs, yeux noisette et peau claire, Serena est née à Rieti, mais elle vit à Trieste où elle travaille comme chercheuse scientifique. On la remarque à cause de sa taille. Elle, elle en rit: «dans l’ensemble, je suis plutôt encombrante ! Je me vois comme une personne assez jolie mais avec quelques défauts. Je n’aime pas mes jambes et mon nez. J’aime me faire remarquer et être appréciée pour mon aspect. J’aime les compliments et être aimée. Je crois que je plais aux hommes. J’aime mon corps, mais pas toujours. Quoi qu’il en soit, je ne fais pas de régime, mais j’essaie de manger sainement. Je regarde la mode, mais je ne la suis pas. Et je ne consacre pas beaucoup de temps pour prendre soin de moi, même si j’essaie de me forcer.» Les priorités de Serena ? En première position, elle place l’amour, puis le travail, les voyages, les amis, les divertissements, la maternité, et la religion. Elle prend la pilule et n’a jamais avorté, et elle n’a pas tellement envie de se marier, « mais je sais qu’un jour je voudrais des enfants, au moins 2 ou 3». Quant à la virginité, elle pense qu’elle est surestimée, «surtout par les femmes».
À partir de 14 ans, elle a commencé à sortir dans les centres sociaux, puis à mentir pour ne pas dire où elle allait, et ensuite à aller danser jusqu’à deux heures du matin, et ainsi de suite en crescendo : les week-end entre amis, les premières cuites, les concerts, les vacances seule, le premier tatouage à 17 ans, l’Interrail à 18 ans. Aujourd’hui, tu es heureuse? À 23 ans, Cristina répond sagement : «ça dépend. J’essaie de ne pas être pessimiste, de voir le bon côté des choses, mais je suis aussi très réaliste et par conséquent je ne peux pas dire que je suis heureuse à 100%, ça varie d’un moment à l’autre.» Elle met en ordre ses priorités : l’amour, l’amitié, les voyages, le travail, la maternité, les divertissements et la religion.
Cristina, de taille moyenne, blonde (teinte), se considère comme une personne normale, «ni trop voyante, ni invisible. Je ressemble beaucoup à ma mère physiquement et j’en suis très fière». En général, elle porte des pantalons larges et des petits hauts. «Mon modèle féminin est une femme qui ne se laisse pas influencer par la recherche d’une féminité construite. J’aime être moi-même. Mon modèle masculin est un homme honnête qui ne se ment pas, combatif et protecteur.» Elle suit la mode uniquement pour les vêtements de snowboard et de skate, ses passions. «Je ne prends pas soin de mon aspect physique, mais de ma santé : je fais des contrôles médicaux au moins une fois par an.» Sur l’amour, elle distille des pilules de sagesse : «Je le vois comme une chose très simple, mais que tous veulent compliquer. Il est plus difficile de vivre l’amour de manière naturelle que de le vivre en se créant des paranoïas et des doutes. Souvent, on a peur de tomber dans la monotonie et on se quitte avant ; le défis de vivre l’amour tous les jours est la réalité qui fait le plus peur. L’amour parfait ne serait pas amusant, je crois qu’il faut qu’il soit aussi un choc, une rencontre, une recherche de combinaisons de deux caractères différents.»
Cristina vit à Turin depuis 5 ans avec un jeune d’origine marocaine. Elle clarifie tout de suite : «pour moi, le mariage n’est pas important. Je voudrais deux enfants, mais j’ai très peur de l’idée de devenir maman par rapport à l’éducation et au monde dans lequel nous vivons». Cristina raconte avec une grande sincérité son histoire d’amour avec un homme de culture et de religion différente de la sienne. «Je l’ai connu durant un laboratoire d’expression corporelle organisé par une association où je faisais du bénévolat. Presque 5 années sont passées entre discussions, trahisons des deux côtés, jalousie et moments de bonheur. Ça n’a pas été une histoire facile au début. Mon père s’y opposait parce que mon fiancé est musulman. Maintenant que nous vivons ensemble, ils se parlent et mon père semble plus tranquille. La rencontre avec les parents de l’autre a été embarrassante pour tous les deux. Maintenant, même sa famille à lui est d’accord. Sa mère m’a très bien reçue ; cet été au Maroc, nous avons pu dormir ensemble, ce qui n’était pas gagné pour moi. Sa mère m’a ensuite expliqué que sachant que nous vivons ensemble à Turin, ça aurait été hypocrite de changer. Pour mieux comprendre mon homme, j’ai suivi un cours et passé un examen d’histoire et institutions musulmanes : en parlant avec lui, je me suis rendu compte d’en savoir plus que lui sur sa religion et ses traditions. Notre vie est normale : il travaille toute la journée, jusqu’au soir, et moi j’étudie et je travaille. Les soirs de semaine, en général, nous restons à la maison ; le week-end nous sortons avec ses amis (italiens) qui sont désormais aussi les miens. Ce sont ses copains de percussions, ceux avec qui il joue le samedi et le dimanche. Étant donné que je ne parle plus à quelques-unes de mes amies, qui avant étaient aussi les siennes, à cause de plusieurs disputes (elles pensent que tôt ou tard il lèvera la main sur moi), je suis bien contente de passer mes soirées avec des personnes différentes. Nous sortons aussi de temps en temps avec mes amis avec lesquels il s’entend bien lui aussi.»
Cristina donne sa recette pour un amour non facile mais durable : «Nous avons travaillé pour construire le rapport que nous avons aujourd’hui, ça n’a pas été facile, non à cause des différences culturelles, mais plutôt du fait de nos expériences de vie différentes : moi, j’essaie de voir les choses de manière positive, lui, il s’est retrouvé en Italie seul et adolescent, et donc il était habitué à ne compter sur personne. Je ne sais pas comment notre histoire va finir, mais je ne me pose plus la question sinon je gâche le présent. Quant au sexe, même si j’avais eu d’autres expériences, c’est avec lui que j’ai grandi et lui avec moi : en vivant ensemble, notre manière de le ressentir a changé, même si je crois qu’il est resté très important pour nous deux. Nous en parlons quelques fois, peut-être sous le ton de la plaisanterie, mais nous réussissons à nous communiquer ce qui va et ce qui ne va pas. En plus, je suis un peu complexée par mon physique : je ne me trouve pas très attirante, et en revanche je trouve que lui est un beau garçon avec un beau physique. Il me rassure tout le temps, je ne sais pas pourquoi, mais je lui plais. Nous sommes tous les deux très jaloux. Le fait que nous nous sommes trompés tous les deux pèse un peu sur notre rapport, mais il s’agit de choses qui ont eu lieu il y a au moins trois ans. Je ne laisse pas tomber à la première difficulté, je trouve que ce comportement est trop facile. Si j’y crois, je vais en avant dans la relation. Si par la suite je vois que même ainsi ça ne va pas, alors je mettrai un terme à la relation, mais je n’ai pas encore été face à cette situation. On s’est égorgé plusieurs fois verbalement, je suis partie une semaine, et il est revenu vers moi en comprenant les choses qui ne me convenaient pas. C’est une histoire comme toutes les autres à la fin.»

Maddalena est la seule à mettre en première position le travail. Dans son échelle de valeur, l’amour arrive seulement après les voyages, les divertissements et l’amitié. Est-ce par crainte ? «L’Amour… ça pourrait être simple, mais au quotidien ça devient extrêmement compliqué. C’est ce qui te fait évoluer, qui te pousse à être une personne bien plus perspicace, c’est ce qui fait sortir la créativité, l’ironie, et la capacité de s’inventer. C’est l’amour qui te met en connexion avec la Vie.» Évidemment, l’amour s’est de toute façons imposé: «Oui, j’ai un copain. Nous nous sommes connus il y a trois ans à Bologne, quand il est venu vivre dans mon appartement. Par la suite, nous sommes devenus super amis. Bien sûr, j’ai eu des rapports avant lui. Et je dois dire que ça a été un peu difficile pour moi de cesser d’être célibataire. J’aurais préféré le rencontrer vers 30 ans!»
Maddalena est née à Milan il y a 26 ans. Elle est fille unique, célibataire et vit actuellement à Rome. Elle pense être heureuse. «Je ne changerai rien de ma vie, mais je ne cesserai de la changer (chose à laquelle je m’applique régulièrement), autrement tout serait bien trop ennuyeux!» Maddalena est ironique et rêve d’être tonique comme une prof d’aérobic! «Je crois que le corps s’entretient même pendant la journée, il suffit de se rappeler qu’il existe et qu’il a ses propres rythmes ! Il faut surtout trouver du temps pour courir, faire de la natation et de la méditation. Mes amies disent que toutes les pièces de chez moi sentent les parfums et les crèmes. Et en effet, j’aime acheter des crèmes, même si je suis allergique à la plupart d’entre elles. C’est ainsi que je finis toujours par fabriquer mes masques au miel, au yaourt et aux fruits; j’aime prendre soin de mon corps. Surtout lorsque je suis triste.»
Maddalena sait qu’elle plaît, «parce que je suis claire, directe et que je sais rire. J’émets de la positivité et cela crée une forte énergie entre moi et les autres.» Pour qu’un homme devienne son ami, il doit avoir des idées puissantes, être créatif, savoir faire de la poésie sur le monde, rire, avoir du courage et être limpide. Mais pour la séduire, en plus des qualités déjà citées, l’homme doit avoir en plus l’ingrédient de l’admiration : «je crois que l’amour se déclenche, quand en plus d’une série de qualités, on admire énormément l’autre». «Moi, prendre l’initiative ? Le feeling se sent dans l’air et ce sont les choses qui se font simplement toutes seules.»
Elle s’arrête longuement sur le concept de la virginité : «Chez certains peuples tribaux, la virginité n’existe ni comme mot ni comme concept. Nous ne pouvons pas comprendre comment on se sent de ce point de vue, parce que nous sommes imprégnés de millénaires d’histoire qui nous ont fortement marqué. Personnellement, je pense que la virginité ne devrait plus être un symbole. Bien entendu, le premier rapport est important pour la formation affective d’une personne et devrait être constructif, un beau souvenir. Mais, se limiter à cela». À seize ans, elle a connu sa «première fois» avec un garçon de vingt-quatre ans, «un très grand amour et un modèle de vie. Il m’a appris la liberté et l’importance de construire sa personnalité dans la générosité, vis-à-vis de soi-même et des autres.»

Pour Maddalena aussi le plaisir est important dans la sexualité comme dans tous les aspects de la vie. «Mon compagnon et moi nous en parlons et lui, peut-être encore plus que moi, est très attentif à mes besoins dans ce sens. Il m’encourage tout le temps à penser et à lui demander ce qui me plaît dans le sexe.» Avec ma mère, nous parlons de tout et donc aussi de sexe. Récemment encore, elle prenait la pilule, mais en ce moment ils utilisent des préservatifs. «Je dois admettre que ça m’énerve que ce soit encore les femmes qui se sacrifient, étant donné que jusqu’à preuve du contraire nous ne connaissons pas tous les effets que peuvent avoir les hormones de la pilule sur notre corps. Mais pour éviter des grossesses non voulues il est juste de revoir personnellement son mode de contraception. Quand je tiens ce discours, mon copain dit que je suis trop féministe et qu’il y a beaucoup d’hommes responsables (selon moi, ils sont très rares).»
Maddalena est contre le mariage, mais en y repensant bien, elle ajoute : «peut-être que quand tu rencontres la bonne personne tu ne te poses même pas la question. J’aimerais vivre avec 60 ans avec la même personne, créer un rapport qui soit une loupe à travers laquelle analyser le monde…». Elle voudrait trois enfants ou plus. Son rêve? «J’aimerais avoir un jour une grande maison pleine d’enfants, d’amis, de voyageurs, où chacun puisse grandir, travailler, rester et apprendre des autres. Mais je ne sais pas si la vie me réserve tous ces enfants». Elle est énervée par rapport aux récentes polémiques italiennes sur l’avortement : «Je me suis vraiment cru au Moyen Âge. D’autant plus que l’on parle de droit à la vie pour un caillot de cellules. La maternité est un choix individuel.» Elle n’a jamais avorté, mais quand une amie est tombée enceinte, elle a été étonnée d’apprendre que de nombreuses filles qu’elle connaissait bien avaient avorté. Environ 2 sur 3. «Ça a été comme si on ouvrait une armoire secrète que l’on cache habituellement. En revanche, ça ne devrait plus être un tabou».

Marina est une jeune artiste ; souvent elle ne sait pas encore qu’elle en est une, elle n’est pas encore tout à fait consciente de son potentiel. Elle a 23 ans et est née Melfi, aujourd’hui elle vit à Rome. Elle est de taille moyenne ; elle porte des lunettes sombres et son regard oscille entre l’agressivité et la timidité, mais il est, quoi qu’il en soit, direct et sympathique. Elle est la petite dernière après une sœur et un frère, et déjà petite elle se sentait souvent négligée : elle a grandi avec une forte volonté d’indépendance et d’imagination. Elle se voit comme la différente de la maison, en bien et en mal, parce que comme toujours, l’indépendance a un prix. Elle se dit pas trop heureuse, même si en réalité elle ne voudrait rien changer à sa vie. Marina se différencie des autres en plaçant dans son échelle de valeur les voyages au premier plan ; ensuite, elle met l’amitié, l’amour, les divertissements, le travail, la religion et elle place en dernier la maternité. «Je ne veux pas me marier, et je ne ressens pas l’instinct maternel pour le moment ; cependant, je crois qu’il se développera dans le futur.»
Elle a connu son premier rapport sexuel à 18 ans. Aujourd’hui, elle a un copain qu’elle a rencontré en boîte, parmi des gens. Ils utilisent le préservatif. «Pour moi, le rapport sexuel n’est pas une chose superficielle, c’est pourquoi il n’y a pas beaucoup de copains que j’ai aimé et avec qui j’ai eu des rapports. Le plaisir est fondamental, et avec mon mec il existe une communication non verbale. Il y a des codes qui nous font réagir sans parler.»
Marina dit qu’elle plaît aux hommes qui l’intéressent : «Dans la séduction, je m’intéresse au regard d’un homme. En ce qui concerne l’amitié, l’homme doit être sincère ; un contact direct, des sensations qui se sentent tout de suite, et surtout ce doit être une personne ouverte et sincère !» Pour Marina, l’amour est «comme une grande source d’énergie positive». Elle considère que l’amour idéal est l’union de deux femmes et que la virginité est une étape de la vie. Elle pense que le droit à l’avortement est juste : «une personne doit pouvoir décider de sa vie de manière autonome. Moi, j’ai la chance de n’avoir jamais avorté.»

Valeria a 24 ans et plaît surtout aux hommes orientaux. «Ça m’est arrivé souvent». Brune et dynamique, elle aime porter des couleurs et sourit. Elle est née et elle vit dans une petite ville près de Sienne, mais en ce moment elle étudie à Rome. Elle est fille unique et se déclare «mentalement célibataire». Elle lit, écoute de la musique, elle est très apaisante et ouverte aux contacts. Elle ne semble pas avoir très envie de s’engager : en tête de liste de ses préférences, on trouve les voyages, puis les divertissements, l’amitié, le travail, la maternité, l’amour, le mariage et la religion. Elle reconnaît : «L’amour est important, c’est juste qu’il est contraignant. Il peut aussi faire mal, mais quelque soit la fin de l’histoire, il laisse toujours une expérience, un ensemble de choses : énergies, sentiments, leçons qui à la fin permettent même de dépasser le stade de la douleur. Quoi qu’il en soit, c’est une expérience positive. Pour qu’un homme me séduise, il doit être très sympathique, intelligent, spirituel et charismatique ; il doit savoir courtiser et être passionné. Un ami aussi doit avoir ces qualités, sans l’attirance physique». Elle a connu à la maison un exemple d’amour idéal, celui de ses parents, «toujours amoureux. C’est un couple qui se respecte, intelligent, patient et qui s’entend bien sexuellement.» C’est la seule jeune femme à ne pas se souvenir de son premier rapport sexuel. «Tout le monde s’étonne. On peut dire l’été avant mes 18 ans, mais ma meilleure amie dit l’été qui a suivi. Bon, c’était autour du 15 août.» La virginité ? «Tu te sens comme ça mentalement et physiquement, et puis d’un coup tu te sens femme.» Elle a un fiancé. «C’était le copain d’une fille que je connaissais, et des années après l’avoir quitté et plusieurs mois après que j’ai quitté mon copain de l’époque, nous sommes tombés amoureux. Avant lui, j’ai eu de nombreux rapports. Quand un homme me plaît, je ne prends pas d’initiatives pour le séduire, mais peut-être qu’inconsciemment oui. Pour moi, le plaisir est tout ; quand tu perds le goût des choses, c’est la fin.» Valeria a trouvé que c’était gênant de parler de sexe avec sa mère «à cause de ses métaphores comme fleurs – abeilles – fruits» mais pour la contraception, c’est les journaux et la télé qui l’ont aidé. «Elle m’a toujours incité à aller chez le gynécologue, en m’accompagnant et en me laissant seule durant les visites.»
Femme, avoir 20 ans en Italie | Stefanella CampanaElle se trouve plutôt heureuse, mais si elle pouvait remonter en arrière, elle voudrait vivre à Bologne ou à Florence. Mais, il semble qu’elle ait compris que ce n’est pas tant un problème de ville que de fiancé : «Si je m’étais moins laissée conditionner par la vie amoureuse, je serais plus autonome mentalement.» Elle prend la pilule. Elle considère l’avortement comme un droit parce qu’il est juste qu’une femme puisse choisir : «Moi, j’ai avorté.» Elle ne sait pas si elle veut se marier, mais elle souhaite sûrement plus d’un enfant.

Valentina, 25 ans, a les cheveux noirs brillants, un visage doux qui sourit facilement, elle est petite mais bien proportionnée. Elle est originaire du Pérou ; elle a été adoptée quand elle avait quelques mois par un couple aisé de Turin qui lui a donné beaucoup d’affection et de sécurité. Elle passe sa maîtrise de droit, et est fiancée depuis 7 ans : Matteo est grand, brun aux yeux verts, beau comme Raoul Bova : «C’est ma première véritable histoire: il correspond à mon idéal d’homme, non seulement du point de vue physique, mais aussi parce qu’il est doux et introverti, à découvrir. Je n’aime pas les fanfarons. J’aime observer les personnes, essayer de les comprendre et en général je tombe juste, surtout avec les hommes.» Elle sait qu’elle plaît, («mais les hommes d’un certain âge qui me regardent d’une certaine manière m’énervent»), et elle a un bon rapport avec son corps : «On peut être sexy sans décolleté ou mini jupe. La femme ne doit pas singer les hommes, mais rester elle-même, parce que je crois aussi que nous avons un petit quelque chose en plus. On doit trouver le juste équilibre.» Elle place en première position l’amour, puis le travail, l’amitié, les voyages, la maternité, les divertissements, le mariage et la religion. Quand on demande à Valentina si elle est heureuse, elle devient prudente : «Je suis bien, je n’ai pas de gros problèmes». On comprend alors qu’elle se protège, sans doute à cause des grandes douleurs qu’elle a déjà vécu dans sa vie : la perte de sa mère à sa naissance et ensuite celle de son père adoptif. De sa vie actuelle, elle ne voudrait rien changer. Elle vit dans une belle maison avec sa mère adoptive avec laquelle elle a de très bons rapports, et elle a choisi des études qui la motivent. Elle adore danser (elle est inscrite dans une école de danse depuis qu’elle est petite), voyager, lire, aller au cinéma, voir des expositions.
L’amour? «C’est le seul domaine où je ne suis pas rationnelle. Pour moi, c’est un refuge au quotidien ; avec Matteo, c’est une bonne relation car il m’aide à voir d’autres points de vue. C’est un enrichissement quotidien, mais c’est aussi beaucoup de compromis et d’autres choses, en fonction des moments.» Le mariage? «Je voudrais me marier, non tant par conviction religieuse, que pour des raisons pratiques, afin d’avoir plus de sécurité juridique par rapport aux enfants, au moins deux.»
Sa première fois, elle avait 17 ans, «inconsciemment c’est moi qui séduis. Pour moi, le plaisir est très important. Je parle de sexe avec Matteo, et je n’ai pas de problème à en parler avec ma mère, tout comme de la contraception.» Elle prend la pilule et ses idées sur l’avortement sont claires : «Peut-être que quelques fois on y a recourt avec légèreté, mais il faut donner aux femmes la possibilité de choisir de devenir mère ; dans certains cas, il est indispensable, comme quand une femme se fait violer.»

Femme, avoir 20 ans en Italie | Stefanella Campana Cette série d’enquêtes a été réalisée grâce au soutien de la Fondation Anna Lindh



Stefanella Campana
(26/03/2008)


mots-clés: