Metropoli, le journal de l’Italie multiethnique | Catherine Cornet
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Catherine Cornet   
  Metropoli, le journal de l’Italie multiethnique | Catherine Cornet Comment est née l’idée de Metropoli? Et pourquoi ce format?
L’idée est née il y a deux ans avant le premier numéro de Metropoli. Au sein de la rédaction de Repubblica (second quotidien généraliste italien), plusieurs journalistes ont commencé à penser aux immigrés comme à un potentiel lectorat. Les immigrés sont toujours plus nombreux en Italie, mais personne ne parle d’eux ou ne parle avec eux. Et puis, mille doutes ont surgi: fallait-il faire des pages en plusieurs langues, un journal autonome par rapport à Repubblica, ou bien des pages insérées dans le journal? Finalement, l’idée d’un supplément de Reppublica nous est apparu être un signe fort, une façon de dire que nous tenions vraiment à cette initiative. Aujourd’hui, nous proposons, en parallèle, la distribution gratuite.

A combien de exemplaires tire le journal aujourd’hui?
Metropoli a un tirage assez important. Il vend 100.000 exemplaires en kiosque avec Reppublica et distribue 200.000 copies gratuites dans les syndicats, les lieux de rencontres de l’immigration, les hôpitaux, etc…Il remplit donc aujourd’hui les deux fonctions.

Comment avez-vous défini la ligne éditoriale du journal?
Nous avons tout d’abord créé un site, “Passaporto”, pour initier l’expérience, puis le supplément est né avec des exigences relativement claires: le journal doit être simple, mais pas trop simple, en italien, mais pour un public qui n’a pas vraiment accès, même s’il possède la langue italienne, à sa culture. Il s’agit aussi de faire un journal avec des sentiments, des histoires, un type de presse qui existe très peu en Italie, à part peut être dans la presse régionale, mais qui fonctionne très bien dans d’autres pays d’Europe. Nous cherchons à raconter un monde, pas seulement donner des informations utiles.

Un an plus tard, peut-on déjà tirer un premier bilan?
Nous commençons, selon moi, à être plus courageux. Au début, nous travaillions dans un terrain inexploré. Nous étions considérés comme des enfants de coeur. On nous disait que nous écrivions seulement des histoires positives. Aujourd’hui, nous proposons plus d’articles de fond qu’au début, en particulier sur le thème de l’intégration. Nous avons fait, par exemple, des enquêtes sur les villes, analysé différents type de problèmes sociaux liés à l’immigration. Si nous avons conservé les rubriques de services, nous nous efforçons de défendre une approche critique qui va parfois jusqu’à la dénonciation. Dans les derniers numéros, par exemple, nous avons proposé une enquête sur les permis de séjour, les démarches à suivre pour les obtenir. Nous sommes allés dans les consulats, nous avons raconté les milles et un obstacles et les rocambolesques périples que doivent affronter les migrants pour s’installer dans notre pays, ou régulariser leur situation.
Au niveau de notre pratique journalistique, il nous faudra dans l’avenir être encore plus professionnels. Car il faut faire une distinction entre les collaborateurs et les sources. Nous n’avons pas encore assez de collaborateurs qui sont de vrais journalistes. Ils sont traducteurs, éducateurs, pas journalistes. Il nous faudra travailler là-dessus dans les prochaines années et agrandir notre cercle de rédacteurs .

Il s’agit là d’une activité peut être plus militante que journalistique?
Je n’aime pas dire que nous “prenons la défense des immigrés”, nous cherchons plutôt à faire apparaître des vérités et des réalités habituellement tenues sous silence. Dans le cas des consulats, nous avons tenu à écouter aussi les fonctionnaires qui y travaillent: ils nous ont dit qu’ils ne sont pas assez nombreux, qu’ils ne sont pas organisés pour être au service des immigrés, mais plutôt plutôt au service des citoyens italiens à l’étranger. Il est important de mettre le doigt sur les retard et les lacunes de nos sociétés par rapport à un phénomène social -celui de l’immigration- qui évolue au galop. Au début, nous avions de belles pages sur les cultures: superstitions, fables, jeux pour enfants. L’idée était de faire découvrir les différentes communautés à travers leurs traits culturels. Aujourd’hui, nous pensons plus au fait social: le cas des mères par exemple. Celles qui ont été contraintes e laisser leurs enfants à l’étranger, mais aussi celles qui doivent les éduquer en Italie, ou encore les blessures qui peut provoquer l’attente d’un regroupement familial. Nous essayons de parler des sentiments et des conséquences de l’immigration pas seulement au niveau légal et administratif. Que se passe-t-il pour ces personnes? Comment la migration a-t-elle changé leur vie?

Comment a réagi le lectorat italien?
Nous avons à faire à trois grands groupes. D’abord les personnes qui emploient des migrants et qui veulent en savoir plus sur les permis de séjour, le nulla osta, etc…Il y a aussi le monde associatif qui travaille avec l’immigration, les écoles, les lieux dépendant du système sanitaire. Je crois que pour ces structures, nous sommes vraiment devenus un point de référence. Toutefois, le groupe que nous touchons le plus est composé par ceux qui vivent des histoires d’amour avec un compagnon ou une compagne issu(e) de l’immigration. Des personnes qui n’était pas forcément intéressées à la question immigrée mais qui en découvrent, petit à petit, les difficultés. Ils veulent en savoir plus ou s’indigner…Par exemple, un garçon qui sort avec une étrangère et qui ne comprend pas pourquoi elle ne peut pas rester en Italie sans l’épouser. Ou bien un mari qui essaie en vain de faire venir l’enfant de son épouse née d’un premier mariage et resté au pays. Ou encore des personnes âgées qui nous écrivent avec une magnifique calligraphie d’un autre temps, d’une lointaine province italienne, et qui veulent témoigner des difficultés par exemple, de la jeune ukrainienne qui s’occupe d’elles à la maison, de ce qu’elle a dû passer pour venir en Italie.

Et parmi les immigrés?
Les immigrés moins avertis, qui viennent d’arriver peuvent dire: «je sais qu’il y a un journal qui m’est destiné». Pour ceux qui sont plus intégrés, je crois qu’ils nous regardent, et je le comprend, avec plus de méfiance. Ils nous demandent, par exemple, combien de journalistes étrangers écrivent pour Metropoli. La rédaction de Metropoli est composé aux 3/4 de journalistes italiens, 1 seul quart de journalistes issus de l’immigration écrivent pour le supplément. La rédaction centrale est encore trop largement italienne, pas assez multiculturelle. Et puis une autre critique est que nous ne laissons pas une place suffisament importante à la culture.

Au bout d’un an d’existence, êtes-vous en mesure de définir votre groupe cible?
La difficulté est de trouver plus de professionnalisme. Il faut faire une distinction entre les collaborateurs et les sources. Nous n’avons pas encore assez de collaborateurs qui sont de vrais journalistes. Ils sont traducteurs, éducateurs, pas journalistes. Il nous faudra travailler là-dessus dans les prochaines années et agrandir notre cercle.
Catherine Cornet
(16/01/2007)
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