Longue vie à Metropoli | Nathalie Galesne
Longue vie à Metropoli Imprimer
Nathalie Galesne   
  Longue vie à Metropoli | Nathalie Galesne Le quotidien italien «La Repubblica» lance un nouveau supplément hebdomadaire «Metropoli», journal de l’Italie multiethnique destiné aux «autres nous», c'est-à-dire aux quelques 3 millions d’immigrés résidant en Italie.

Le journal qui sera vendu tous les dimanches avec Repubblica au prix de 10 centimes d’euros se pare de tous les attributs du vrai journalisme: enquêtes, rubriques pratiques, courrier des lecteurs, articles de culture sont là pour sonder et raconter la vie des nombreuses communautés installées sur la péninsule mais aussi pour hisser des ponts entre les Italiens de toujours et cette jeune Italie bigarrée du futur.

«Metropoli est avant tout la preuve du changement intervenu dans notre pays ces dix dernières années, explique Ezio Mauro, directeur de Repubblica. C’est aussi la confirmation que les immigrés sont devenus une réalité sociale, politique, culturelle, et économique. Enfin, c’est un acte de confiance dans le dialogue, la co-existence civile, l’enrichissement d’expériences réciproques, la possibilité d’une croissance commune dans une Italie qui sera, de toute évidence, diverse de celle que nous avons connue jusque là.»

Pour son premier numéro, le supplément de l’Italie multiethnique semble bien avoir trouvé la formule journalistique capable de connecter «l’Italien de souche» et les nouveaux arrivés qui se réjouissent de trouver enfin une place dans un média ailleurs qu’à la rubrique «fait divers» habituellement consacrée aux exploits de la délinquance «extra-communautaire». En témoignent les nombreuses lettres d’encouragement et de félicitation des responsables des différentes communautés d’immigrés en Italie.

«Bienvenue à Metropoli qui permettra de donner la parole à des personnes qui difficilement la prennent dans les medias. Nous sommes les nouveaux citoyens d’un pays dont nous partageons le sort: nous espérons conquérir notre droit à la citoyenneté précisément à travers des journaux comme Metropoli. L’initiative de Repubblica est extraordinaire. Jusqu’à présent l’immigration a toujours été évoqué en termes de sécurité, d’ordre public, de destabilisation», écrit Ainom Maricos (Erythrée, Rete Cittadini del Mondo).

Et de fait, Metropoli comble un vide, malmène les préjudices et les stéréotypes, renverse les regards de manière burlesque. S’insurgeant contre la diabolisation de ses compatriotes dans la presse italienne, Mihai Romanciuc, originaire de Bucarest, reprend quelques titres qu’il a lu dans les journaux de son pays. Le renversement de situation est éloquent: «Trafiquant de drogue italien arrêté à Timosoara (paru dans «Ziua»); «Mafieux italien arresté à Craiova» (paru dans «Ziua»); «Style italien: homme d’affaire italien enlève à leur mère ses deux filles (paru dans «Evenimentul Zilei»). Longue vie à Metropoli | Nathalie Galesne Moins grinçant et tout aussi pertinent, Tian Hu de Turin note, non sans malice: "Je suis chinois mais turinois d’adoption. Je voudrais vous signaler un fait, probablement ignoré de tous, mais qui montre comment les italiens sont désormais multiethniques. Ici à Turin, le nom le plus répandu est Ferrero. On en compte 2063. Mais savez-vous quel est le nom le plus courrant parmi les étrangers? C’est le nom Hu, et il y a 987 chinois à Turin qui s’appelle Hu comme moi"

Les dossiers sur des thèmes sociaux aussi graves que celui de l’augmentation de l’avortement chez les femmes immigrées, ou encore celui des couples mixtes alternent avec les rubriques pratiques (logement, application de la loi Bossi-Fini, etc.) et des portraits d’immigrés comme celui qui retrace l’histoire du jeune champion d’Italie des cadets de boxe, qui s’appelle –incroyable mais vrai-Mohamed Ali. Mohamed a 17 ans, il est né à Modène d’une mère italienne et d’un père tunisien.

On l’aura saisi, le rôle de l’immigré est valorisé, mais sans exagération et en laissant parler les faits. A Milan, apprend-on, les communautés latino-américaine et Srilankaise ont organisé une méga collecte et récolté 60.000 euros pour payer les travaux de rénovation de la splendide basilique de Saint Stéphane.

Dans ses pages, Metropoli donne le coup d’envoi à un long voyage à travers les communautés immigrées vivant en Italie. Cette première enquête d’une longue série sur «les nouveaux Italiens» est précisément consacrée aux plus nombreux: 317.000 Albanais entre 20 et 40 ans, principalement des hommes.

«L’immigré albanais choisit l’industrie du Nord» titre l’article. On notera l’inversion stylistique, ce n’est pas le Nord qui choisit ses immigrés mais le contraire: une bonne manière de monter que l’étranger est un sujet à part entière, capable de choix, et qu’il est surtout indispensable à l’économie italienne. Ceci explique sans doute le contingent record, pour l’année 2006, de 170.000 étrangers autorisés à travailler légalement sur le territoire italien.

Selon les estimations du livre vert publié par l’Union Européenne, les flux migratoires devraient permettre de compenser le déficit de la population active dans la vieille Europe, à savoir environ 20 millions de travailleurs en moins entre 2010 et 2030. Nathalie Galesne
(18/01/2006)
________________________________________________________________
mots-clés: