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EXP/erimentA, quand les films interrogent le cinéma
Les soirées cinématographiques EXP/erimentA se tiendront dans les anciennes écuries du Palais Cefalà à Palerme. Au programme quatre films qui explorent les limites des formes et des genres et permettent de s’interroger sur les frontières entre digital et cinéma traditionnel. Chaque film choisi ouvre une réflexion sur le cinéma. Documentaire ou fiction, réalités et métaphores, nomadisme culturel, tracent les quatre parcours de ces films, tous projetés en avant-première, et présentés par les critiques qui les ont sélectionnés.

Images retrouvées, «Found–footage»
Est-il possible de construire un film sans l’avoir tourné? Oui, en utilisant un matériel cinématographique déjà existant, daté ou récent, sélectionné avec soin ou retrouvé par hasard. Found-footage signifie à la lettre «métrages cinématographique retrouvé», et ce type de recherche ne concerne pas seulement le cinéma de montage voué à la reconstruction historique ou à la réalisation de documentaires propices aux fins de soirées télévisuelles. Autour de ce genre il existe un versant créatif quasi méconnu du grand public. Par exemple Yernant Gianikian et Angela Ricci ont construit la totalité de leur œuvre en récupérant les images d’un pionnier du cinéma comme Luca Comerio et les ciné-journaux d’autrefois. De la même manière Gustav Deutsh, Cipri e Maresco, Jill Godmillow, pour ne citer qu’eux, se sont également distingués dans ce genre cinématographique en proposant des films d’une rare richesse et inventivité.

«Un ora sola ti vorrei» d’Alina Marazzi est un extraordinaire documentaire (mais j’utilise ce mot par convention, parce que le film d’Alina Marazzi est une expérience forte qui va bien au-delà d’une simple reconstruction documentaire) grâce auquel l’auteure récupère le rapport avec son passé et avec la figure problématique de sa mère, en s’enfermant dans la salle de montage et en travaillant sur le corpus illimité des films de famille retrouvés par inadvertance dans les archives familiales, films tournés en 16 mm, dès 1926, par son grand-père (l’éditeur et libraire suisso-milanais Ulrico Hoepli). Le résultat est un film qui fait circuler un rapport original entre les différentes générations, surtout à travers les figures féminines (même s’il ne faut pas oublier que le regard obsessionnel placé derrière la caméra est celui d’un d’homme). Le film est scandé par la voix de la réalisatrice qui lit les lettres de sa mère. Documentaire hors norme, ce film est aussi une réflexion sur le cinéma, sur sa force d’évocation obscure et les possibilités d’en venir à bout. (Alessandro Rais)

Monde homo, «queer»
“Giorni”, premier film de Laura Muscardin, a circulé davantage à l’étranger où il a obtenu un plus franc succès qu’en Italie. D’ailleurs le DVD du film est sorti d’abord aux Etats-Unis. “Giorni” raconte l’histoire d’un amour homosexuel qui gravite autour de Claudio, dirigeant de banque, gay, malade du sida depuis dix ans. «Aucun film italien, ou presque, écrit Mario Sesti dans la revue Close Up , n’aurait su résister à la tentation d’illustrer un personnage de ce genre en farcissant le récit de traits d’auteur dramatiques et émotifs... Scabreux, essentiel, le fil de Musacardin est le contre-chant de l’utopie de la diversité que l’on retrouve dans Le Fate ignoranti. Il faut signaler cette exploration minutieuse et inédite du monde homosexuel à tous ceux qui n’avaient pas été convaincus par la communauté solidaire et militante du film de Ozpetek…(Alessandro Rais)
EXP/erimentA, quand les films interrogent le cinéma
Arna Mer
Confins
Youssef accomplit un attentat suicide en 2001. Ashraf est tué par l’armée israélienne en 2002. Alla, à la tête d’un groupe de résistants trouve la mort en 2003. Le réalisateur qui les a filmés quand ils étaient comédiens en herbe dans la troupe théâtral fondé avec sa mère, Arna, revient sur ses pas en avril 2002, dans le camp de réfugiés de Jenin, pour comprendre ce que sont devenus ces enfants qu’il a connus et aimés. Le réalisateur de « Arna’s children », Juliano Mer Khanis, fils de Arna Mer, juive israélienne, et du Palestinien Saliba Khamis, est aujourd’hui un des acteurs les plus célèbres de Palestine et d’Israël. Durant la première intifada, sa mère Arna, lance un programme Educatif alternatif à l’intérieur du camp de réfugiés de Jenin. En effet, l’occupation israélienne a détruit le programme officiel et Arna entend réparer au plus vite ce désastre subi par les Palestiniens. Parmi les différentes activités du centre, il y a le «Stone Theatre», un laboratoire théâtral dirigé par Juliano. Ainsi, huit ans après la mort de sa mère et cinq ans après la fin du projet théâtral dont il s’occupait, Juliano revient dans le camp de Jenin et découvre la tragique histoire des «jeunes de Arna». «Arna’s children» est un documentaire qui brise avec tendre brutalité toute situation manichéiste. Après avoir vu grandir, rêver, et dans certains cas mourir «les jeunes de Arna», les spectateurs de cette œuvre, qui concède bien peu aux idées reçues -y compris celles véhiculées par un certain pacifisme rassurant- sont contraints de regarder, les yeux grands ouverts, une évidence que les médias s’efforcent de rendre opaque: derrière la fable amère du terrorisme suicide, il y a des personnes en chair et en os, des visages, des noms, des histoires familiales, des espoirs et des peurs… «Arna’s children» projeté dans de nombreux festivals a obtenu plusieurs prix internationaux, dont le prix du meilleur long-métrage documentaire au Tribeca Film Festival de New York et le prix FIPRESCI de la Critica International Documentary Festival de Toronto.
Maria Nadotti, intellectuelle militante, particulièrement sensible au cinéma de frontière israélo-palestinien, présentera à Palerme cette avant-première de «Arna’s children» en recontextualisant ce film dans un paysage cinématographique contemporain façonné par des réalisateurs tels que Michel Khleifi, Eyal Sivan et Amos Gitai.

Multiculturalisme
«Au troisième millénaire, il existe d’autres époques, d’autres lieux et d’autres vies». «Nous ne sommes pas des mirages», dit le message pirate qui déclenche dans « Bedwin Hacker» un thriller à base d’un «hackerage» informatique entre la France et la Tunisie. Dans son premier film (premier long métrage tunisien tourné en digital) la réalisatrice franco-tunisienne, Nadia El Fani, (collaboratrice par le passé de Nouri Bouzid et Roman Polanski) s’emploie à démonter le stéréotype qui relègue la femme nord-africaine aux seuls rôles domestiques et présente un cast intriguant de personnages féminins hors normes et subversifs. A commencer par la protagoniste: une Hacker métropolitaine bisexuelle qui réussit à s’introduire sur les fréquences des télés européennes en diffusant des messages en langue arabe.
Film de genre à petit budget, plutôt ambitieux et quelque peu ingénu, «Bedwin Hacker» représente une nouveauté significative dans le panorama audiovisuel maghrébins, souvent conditionné par les attentes d’un exotisme radical-chic du spectateur cultivé, de l’Europe et de l’Amérique du nord.
Rosalia Bivona, spécialiste des productions culturelles arabe de la Méditerranée, introduit l’avant-première palermitaine du film de Nadia El Fani en le rapportant au cadre actuel de la difficile circulation des cultues des deux rives (alors que Paris brûle), des rapports Nord_Sud, et en proposant une réflexion sur les courts-circuits positifs déclenchés par les nouvelles technologies. ________________________________________________________________
Programme:

Dimanche 20 novembre à 21,30
Un ora sola ti vorrei d’Alina Marazzi
(Italie-Suisse, 2003, 55’)
Présentation d’Alessandro Rais

Dimanche 4 décembre à 21,30
Giorni de Laura Muscardin
(Italie, 2001, 90’)
Présentation d’Alessandro Rais

Dimanche 11 décembre à 21,30
Arna’s children de Juliano Mer Khamis et Danniel Danniel
(Israël-Palestine-Pays Bas, 2003, 84’)
Présentation de Maria Nadotti

Dimanche 18 décembre à 21,30
Bedwin Hacker de Nadja El Fani
(Tunisie-France-Maroc, 2002, 103’)
Présentation de Rosalia Bivona Rédaction Babelmed
(21/11/2005)
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