Paysage trahi. Regards sur un territoire compromis | babelmed
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Paysage trahi. Regards sur un territoire compromis | babelmed
photo Alberto Muciaccia
Le paysage italien est aujourd’hui violé par des interventions urbaines qui en détruisent complétement le sens. On assiste, de fait, à la création d’une importante et progressive manipulation du territoire, sans aucun respect de ses particularités historiques ou environnementales.

Pourquoi en Italie peine-t-on autant à conjuger le développement économique et social du pays sans compromettre la qualité du paysage? Pourtant en règle générale, là où il y a développement, le paysage est davantage pris en considération, et les villes protégées de la pollution, des embouteillages et d’une offre immobilière purement spéculative.

Or, en Italie, une idée mal comprise du progrès a permis le développement de constructions sauvages, a légitimisé une crise du concept même de la légalité, un abusivisme pur ou légalisé, une absence de réglementation de la construction, ainsi que des répétées rémissions immobilières qui ont confirmé l’illégalité et l’ont incentivée...
En bref, le territoire italien a été privé de ses beautés et de son langage, point d’arrivée de siècles d’histoire. La qualité du paysage est, de fait, l’expression de la culture, de la mentalité d’un peuple et de sa classe politique. L’agression du paysage italien ne peut pas être seulement le résultat d’une simple indifférence envers l’environnment. Elle devrait faire réfléchir à la façon dont la société est capable de penser son territoire comme un bien commun, comme un patrimoine à sauvegarder. Quel type de culture politique et sociale a pu produire une dévastation similaire? Quelles modes de vie et d’habitat ont changé pour compromettre irrémédiablement en quelques décennies un paysage extraordinaire? Quelles valeurs ont été oubliées ou effacées? Cette destruction, signe d’une dégradation sociale et politique, nuit, non seulement à une bonne condition de vie, mais compromet aussi le développement du territoire.
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A. Muciaccia
L’Italie avait une côte littorale extraordinaire qu’elle aurait pu mettre en valeur et rendre plus performante en terme touristique dans le plein respect de l’environnement. Au contraire, il a été préferré, dans la plupart des cas, de miser sur une intense dissémination immobilière, souvent abusive et sans contrôle (d’un point de vue de la qualité comme de la collocation et de la volumétrie). Cette solution a chamboulé le territoire empêchant le développement et provoquant de graves dommages pour l’économie du pays. La Sicile fait figure, dans ce cadre, de figure emblématique. Ses côtes sont, dans une large mesure, privées de structures de réception, mais sont en revanche constellées de constructions chaotiques et abusives qui empêchent, de façon irréparable, le développement tourisitique. Les lieux qui ont survécus, à part les parcs naturels, ont désormais l’aspect de simples «restes». Simples erreurs de planification?
Affronter cette thématique signife donc réfléchir non seulement à un problème de nature esthétique mais surtout éthique et législatif. Cela implique une réflexion sur la façon dont la législation italienne protège son territoire et l’éducation du citoyen au respect du territoire, qui est un bien collectif. Quel espace l’homme contemporain est-il en train de créer? De quelle façon cet espace dégradé modifie les comportements et l’existence des personnes qui l’habitent? Si l’homme du passé a su créer un paysage extraordinaire, comment penser un paysage qui sache contemporainement, modifier son lien avec l’histoire et se projeter vers le futur?

L’exposition met en lumière la progressive et continue dégradation du territoire. Une désagrégation qui, dans les dernières années, s’est modifiée dans ses manifestations, sans invertir la tendance destructive et dévastante du passé récent.
On construit aujourd’hui moins de monstres de ciment, mais les interventions immobilières sont plus diffuses et envahissantes. On assiste, de plus, à l’abandon progressif des constructions du passé qui avait caractérisé pendant des siècles le paysage italien. Il ne s’agit pas seulement de nombreux villages de montagne, abandonnés à travers la péninsule, mais de ces établissements agricoles, témoins d’une culture rurale qui a représenté pendant des siècles un aspect fondamental de la culture italienne. Et la liste pourrait durer à l’infini...
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Campi Flegrei, Claudio Sabatino
Neufs photagraphes italiens -Andrea Abati, Matteo Balduzzi, Nunzio Battaglia, William Guerrieri, Alberto Muciaccia, Claudio Sabatino, Alessandro Vicario, Marco Zanta, Edoardo Winspeare- ont été invités par la Galleria San Fedele afin de réflechir à ces thématiques et de présenter le résultat de leur recherche. Une question a traversé le travail photographique qu'ils présentent aujourd'hui: Qqe communique ce paysage souffrant? Contrairement à beaucoup de projets qui se limitent à affronter de façon générique le thème du territoire, à travers des thématiques données (côtes, villes, périphéries, plaines..), l’exposition présente des recherches visives capables de documenter ou de faire réfléchir sur le bouleversement progressif du paysage. Rédaction Babelmed
(4/11/2005)
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