L’Italie pleure Nicola Calipari | Nathalie Galesne, Giuliana Sgrena
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Nathalie Galesne   
 
L’Italie pleure Nicola Calipari | Nathalie Galesne, Giuliana Sgrena
La dépouille de Nicola Calipari, agent des services secrets italiens, est arrivée peu avant minuit à l’aéroport de Ciampino samedi 5 mars. Sa famille, Les autorités italiennes représentées par le président de la république et le premier ministre, ses collègues du Sismi et une délégation du "manifesto" étaient là pour rendre hommage à l’homme qui a sauvé la vie à deux reprises à Giuliana Sgrena, en la libérant dans un premier temps et en la protégeant de son propre corps sous le feu américain.

Nicola Calipari a trouvé la mort à moins d’un kilomètre du Falcon, l’avion militaire qui devait ramener en Italie la journaliste italienne et ses deux collègues du Sismi. Le véhicule criblé de projectiles roulait lentement a, par la suite, déclaré Giuliana Sgrena, hospitalisée à l’Hôpital militaire de Rome pour subir une nouvelle intervention chirurgicale au poumon.

Rosa Calipari, l’épouse de Nicola, a voulu dès samedi après-midi se rendre au chevet de Giuliana Sgrena pour savoir dans quelles circonstances précises son mari a trouvé la mort. "Votre mari m’a sauvée", lui a raconté la journaliste en sanglotant. "Quand la rafale est partie, il m’a serrée contre lui pour me servir de bouclier avec son corps. Il a été touché à la tête et est mort sur le coup sans prononcer un mot...Il pleuvait, la voiture roulait lentement et avait déjà passé les différents barrages américains. Soudain, on nous a tiré dessus: un enfer de feu s’est déchaîné, c’était terrible".

L’agent du Sismi avait également suivi les opérations pour la libération des deux «Simone» et les autres otages détenus en Irak. La mort du journaliste Enzo Baldoni, assassiné l’été dernier par ses ravisseurs, l’avait particulièrement touché.

L’aurevoir à Nicola Calipari
Les funérailles de Nicola Calipari auront lieu ce lundi 7 mars en l’église di Santa Maria degli Angeli, en présence du Président de la République Azeglio Ciampi. La veille, 50.000 personnes ont défilé tout au long de la journée au «Vittoriano » pour saluer celui qui est devenu un «héros» national.

"Je ne pourrai pas assister à ses funérailles", a déclaré Giulia Sgrena à Alessandra Longo, journaliste de la Repubblica. "Mes conditions physiques ne me le permettent pas, mais la pensée de ce qu’il (Nicola Calipari) a fait pour moi, de son dernier souffle... m’accompagneront pour toujours. Sa mort est plus difficile a surmonté que mon séquestre qui m’apparaît à présent comme un souvenir lointain".

L’immense émotion populaire qui a secoué le pays n’a cependant pas elludé les doutes qui pèsent sur les circonstances réelles de l’accident qui a coûté la vie à Nicola Calipari. S’agit-il d’une embuscade préméditée ou d’un triste accident dont l’horreur serait à la mesure de la guerre et de la peur qui sévissent désormais depuis des mois et des mois en Irak?

«Con te» (avec toi) titrait ce matin "il manifesto" sur la photo de Nicola Calipari occupant une demie page de sa une. Durant la captivité de Giuliana Sgrena, un lien d’amitié entre les journalistes du quotidien et l’agent du Sismi s’était noué. Nicola Calipari s’était souvent rendu à la rédaction du "manifesto" pour informer les collègues de Giuliana de l'évolution de la situation.


Convois américains

Pour raconter Bagdad minée par la violence, "Le Monde" avait sollicité il y a plusieurs semaines le témoignage écrit d'une femme de 49 ans, francophone, issue des classes moyennes, sans attaches politiques marquées. Elle y disait sa peur des attentats, de l'intégrisme, et notamment des convois Américains.

«Je crains également les convois américains», écrivait-elle. «Chaque matin, en sortant de chez moi, mon obsession est de les éviter pour ne pas finir comme tous ces gens qui ont péri sous leurs tirs ou leurs Humvees -véhicules blindés-. Malheur à celui qui s'approche trop! C'est marqué à l'arrière des Humvees: "Avertissement, danger de mort: éloignez-vous de 100 mètres sinon vous risquez la mort!" Il y a quelques semaines, leurs chars ont écrasé une famille dans sa voiture. Celle-ci était pourtant bien garée, le long du trottoir».
«Chaque jour, un convoi passe au moment où je sors du travail. Un après-midi, alors que je m'apprêtais à traverser la rue, les cris d'un soldat US contre un motocycliste d'une quinzaine d'années m'ont terrorisée. Le soldat était prêt à tirer sur cet adolescent qui arrivait vers eux. J'ai failli me jeter sur lui pour le protéger, mais j'ai fini par crier en lui faisant signe de s'arrêter. L'air absent, il regardait dans une autre direction. Apercevant les Américains, il a freiné à temps mais il aurait pu mourir bêtement, victime de son inattention. Il a sans doute des parents, des rêves, une vie à lui. Que Dieu maudisse les Américains et ceux qui les soutiennent!».



Nathalie Galesne