La bataille d’Alger sur la croisette | babelmed
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  La bataille d’Alger sur la croisette | babelmed Lorsqu’il sait être au plus près de l’Autre, des Autres, malgré les barrières de langues et de cultures qui pourraient l’arrêter, l’art transcende les frontières. C’est ainsi que le meilleur film sur la guerre d’Algérie, celui que l’Algérie s’est approprié en l’inscrivant dans son patrimoine national, est l’oeuvre d’un réalisateur italien: Gillo Pontecorvo.

Il ne faudrait cependant pas oublié que le film a été voulu, porté et presque arraché à Pontecorvo par Yacef Saâdi. Producteur du film, fondateur de la première société de production et de distribution algérienne, la Casbah film.

Yacef Saâdi fut également un des principaux acteur de «La bataille d’Alger» dans laquelle il incarnait en quelque sorte son propre personnage, son propre rôle dans la vie, puisqu’il fut le chef de l’organisation militaire du FLN pendant la bataille d’Alger.

C’est certainement du désir entêté de Yacef Saâdi de dire au cinéma sa bataille d’Alger, en choissant un des maestro du cinéma italien, et du télescopage entre fiction et réalité, que naît un des joyaux du cinéma néoréaliste. «A cette époque», raconte Yacef Saâdi au journaliste du Monde Tewfik Hakem «tout le monde ne jurait que par le réalisme italien, voilà pourquoi je suis allé en Italie chercher un scénariste et un réalisateur pour la Bataille d’Alger».

Le tournage commence à l’été 1965 dans la vraie Casbah d’Alger. Quelques mois plus tard, en 1966, le film remporte le Lion d’or au Festival de Venise tandis que le public d’Alger lui réserve un accueil plus qu’enthousiaste. En revanche le film est interdit en France jusqu’en 1971. Après sa projection à Cannes le film sortira dans les salles françaises, il aura fallu pratiquement quarante ans pour lever le tabou.

«Pour nous qui sommes nés après l’indépendance, qui n’avons donc pas connu la guerre, La bataille d’Alger a été un film fondateur. Le film était régulièrement projeté à la télévision algérienne pour fêter l’anniversaire du 1er novembre 1954, jour j du début de la guerre d’indépendance, ou le 5 juillet, date de l’indépendance. Je n’ai su que bien plus tard que ce film n’était pas algérien» explique Daikha Dridi, journaliste algérienne. « Ali la pointe était un héros exceptionnel qui nous subjuguait littéralement, dans le film il incarne le rôle d’un jeune délinquant qui va être peu à peu gagné par la cause du FLN, et agir avec un panache et un courage immense.»

Aujourd’hui le film connaît un regain d’intérêt. Et sa récente distribution dans les salles américaines où il a connu un véritable succès n’est sans doute pas à mettre sur le compte du hasard. Le Pentagone aurait aussi projeté à ses soldats La bataille d’Alger.

Cet intérêt est sans aucun doute lié à la guerrilla irakienne à laquelle les Américains livrent bataille. La révélation des tortures américaines perpétrées en Irak réactualise aussi douloureusement ce film que l’on aurait préféré regarder comme le témoignage clos d’une page douloureuse de l’histoire. Avec Jean Martin, Brahim Haggiag, Yacef Saâdi.

Lire le bel article de Tewfik Hakem dans le supplément du Monde «Cannes» du 12 mai.
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