Des courtisanes ici-bas et des houris pour l’au-delà | Jalel El Gharbi, Sihem Badi, Nesma TV, université Zeitouna, Cheikh Abdelfattah Mourou, Marjane Satrapi, film Persepolis, Manouba, Dalenda Larguèche, Code du Statut Personnel, parti Nahdha
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Jalel El Gharbi   
La Tunisie découvre le mariage coutumier
En matière de mariage, les Tunisiens avaient jusque là une seule référence: le Code du Statut Personnel promulgué en 1957 qui accorde à la femme tunisienne le meilleur statut du monde arabe. La Tunisie est le seul pays arabe à avoir interdit la polygamie. Mais pour ne pas avoir exporté la monogamie, la Tunisie risque d’importer la polygamie. A Tunis, on commence à entendre parler d’étranges types de mariage : le misyar, mariage où la femme renonce aux droits d’habiter avec son époux et d’être entretenue par lui, mariage de plaisir, contracté en contrepartie d’une somme d’argent convenue entre les deux parties ou encore mariage d’amitié où les deux époux restent chacun chez ses parents et l’on entend parler surtout du mariage coutumier « orfi ». Pour les sunnites que sont les Tunisiens, ces mariages ne sont que de la fornication plus ou moins dissimulée. Ces mariages sont d’origine chiite et les Tunisiens n’auraient jamais en endu parler de ces mariages si les wahabites, qui se disent sunnites, ne les avaient pas adoptés.

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Manifestation salafiste à Tunis

L’influence wahabite s’exerce en Tunisie à travers le courant salafiste formé de groupuscules activistes ayant deux ramifications : l’une pacifiste et l’autre djihadiste. Les salafistes, reconnaissables à leur accoutrement : un qamis afghan (parfois en treillis), une calotte et des baskets en plus de la barbe, se sont illustrés dans leurs attaques menées contre la chaîne de TV Nesma suite à la diffusion de Persepolis, film d’animation de l’iranienne Marjane Satrapi jugé blasphématoire.

Des courtisanes ici-bas et des houris pour l’au-delà | Jalel El Gharbi, Sihem Badi, Nesma TV, université Zeitouna, Cheikh Abdelfattah Mourou, Marjane Satrapi, film Persepolis, Manouba, Dalenda Larguèche, Code du Statut Personnel, parti NahdhaIls se sont illustrés à Sedjnane aussi, où, voulant faire la loi et ériger un premier émirat islamiste, ils ont semé la zizanie, et les forces de l’ordre ont dû intervenir suite au scandale suscité par les agressions contre des journalistes et des correspondants de presse étrangers. A la Manouba, les salafistes se sont illustrés en perturbant les cours de la Faculté des Lettres pendant deux mois parce qu’ils voulaient que les quelques jeunes filles en niqab puissent avoir le droit d’entrer dans les salles de cours et passer les examens, ce que professeurs, ouvriers et administratifs refusaient farouchement. C’est à l’occasion du sit-in salafiste que l’opinion publique a eu vent du mariage coutumier. Les autres types de mariage (misyar, mariage d’amitiés et autres) n’ont pas encore fait leur apparition dans le pays. Le mariage coutumier est une union consensuelle contractée après lecture de la Fatiha, première Sourate du Coran, devant deux témoins, généralement deux amis. Il associe un salafiste et une jeune fille d’origine modeste. Le mariage est contracté sans le consentement des parents et il est tenu secret. Sur ce point, le mariage coutumier s’oppose à la loi islamique et à la longue tradition sunnite du pays, ancrée dans le pays grâce à la prestigieuse université Zeitouna. Cela explique sans doute pourquoi Cheikh Abdelfattah Mourou condamne sans réserve aucune ce mariage qu’il considère illicite et illégitime (Journal Sabah, 8 février 2012). Pour Dalenda Larguèche, directrice générale du CREDIF (Centre de Recherche, d’Etudes, de Documentation et d’Information sur la Femme), le mariage coutumier « est la manière « halal » de contourner la loi qui interdit la polygamie dans le pays. » On pourrait penser que le mariage coutumier observé dans les banlieues défavorisées de Tunis ou parmi les étudiants d’origine modeste est une forme d’affranchissement sexuel. Il n’en est rien, car il donne souvent lieu à des abus contre de jeunes filles crédules et il ouvre la voie à la polygamie, chose que l’écrasante majorité des Tunisiens refusent, et ont refusé bien avant son interdiction même en 1957. Madame Sihem Badi, ministre de la Femme, l’a appris à ses dépens : croyant sans doute que l’islamisme avait le vent en poupe, elle déclara que le mariage coutumier relevait de la liberté personnelle. Devant le tollé suscité par ses déclarations, elle s’est rapidement rétracté: «J’ai fait cette déclaration pour tester l’opinion publique et je me réjouis de la réaction» déclara-t-elle au micro de Nesma TV .

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Madame Sihem Badi, ministre de la Femme
La perspective de voir arriver en Tunisie ce phénomène des enfants des rues, comme en Egypte, inquiète les Tunisiens surtout avec l’arrivée possible de touristes des pays du Golfe qui, s’ils en trouvaient la possibilité, ne manqueraient pas de contracter des mariages coutumiers, histoire d’agrémenter leurs vacances.
La page facebook «Non à l’anarchie en Tunisie » (45 000 fans) a été la première à faire état de ces mariages et même d’opérations d’avortement subies par des jeunes filles, avant que la presse internationale ne divulgue, témoignages à l’appui, l’existence de mariages coutumiers en Tunisie. Les groupes salafistes remettent ouvertement en question le CSP (Code du Statut Personnel) interdisant le mariage coutumier et la polygamie. Ils semblent pour le moment profiter de l’indulgence du parti Nahdha au pouvoir. Mais, pressé par la société civile et par ses alliés occidentaux, le gouvernement sera immanquablement appelé à se démarquer d’un allié devenu trop bruyant, trop encombrant et sans véritable poids électoral.



Jalel El Gharbi
10/02/2012