L’émigration clandestine | Jalel El Gharbi
L’émigration clandestine Imprimer
Jalel El Gharbi   
L’émigration clandestine | Jalel El Gharbi
Roberto Maroni
La conjoncture internationale, face à laquelle est confrontée la Tunisie, a été rendue plus délicate par la recrudescence de l’émigration clandestine. Après la révolution, plus de 15 000 Tunisiens débarquent à Lampedusa. L’Italie, affolée, propose, par la voix de son ministre de l’intérieur, Roberto Maroni, de déployer des policiers italiens en Tunisie. La Tunisie rejette fermement cette proposition où elle voit une menace pour son indépendance. La France nous a proposé des policiers avant la chute de Ben Ali, l’Italie après, a-t-on pu ironiser. Le ministre italien multiplie les déclarations qui parviennent à Tunis où elles ne sont point de nature à apaiser le flot migratoire. Bien au contraire, les propos alarmistes venant de la part d’un ministre de l’intérieur attisent l’inquiétude en Italie et incitent même à l’émigration en Tunisie. Roberto Maroni n’est pas loin de regretter Ben Ali lorsqu’il évoque « l’écroulement du système tunisien » et un « Maghreb en train d’exploser ». Au terme d’une visite d’une journée, le ministre italien de l’intérieur, accompagné de son collègue des affaires étrangères a eu l’occasion de constater que le système tunisien ne s’est pas écroulé. Les deux ministres ont proposé une aide visant à relancer l’économie et surtout à contrôler les frontières tunisiennes.
L’émigration clandestine | Jalel El Gharbi
Débarquement à Lampedusa

Les Tunisiens constatent que la révolution n’est pas la démocratie et encore moins le développement. Il ne suffisait donc pas de détrôner Ben Ali pour résoudre les problèmes du pays. C’est pourquoi des jeunes se jettent à la mer, risquent leur vie et paient jusqu’à 1300 euros pour gagner l’île la plus proche des côtes tunisiennes. Il fallait s’attendre à cette vague d’émigration, qui d’ailleurs ne considère l’Italie que comme une étape. Pour la majorité, la France est la destination finale.
On oublie que tout changement entraîne un flux migratoire. L’Italie a dû accueillir plus de Serbes, d’Albanais, de Croates. La chute du mur de Berlin a été suivie d’un exode vers l’Ouest. On pourrait multiplier les exemples. A Tunis, on estime que la réaction italienne est disproportionnée. Ce que Mr Maroni n’a pas compris, c’est que la lutte contre l’émigration clandestine n’est pas d’abord l’affaire des garde-côtes, mais celle de la police. Ce mouvement n’est pas spontané. On ne sait pas qui a intérêt à encourager ce flux. On a évoqué la responsabilité des caciques du régime de Ben Ali, on a même évoqué une complicité kadhafiste, mais ce qui est incontestable, c’est qu’en Tunisie l’émigration clandestine est un commerce juteux. La police a arrêté certains caïds, parrains tirant un profit énorme de ce qui ressemble bien à un trafic d’êtres humains. En Tunisie, on a conscience que ce mouvement ternit l’image du pays, on déplore que des compatriotes s’expose de la sorte à une situation humainement dégradante et l’on préfère mettre en évidence l’image de ces jeunes Tunisiens qui étaient à Paris ou à Francfort et qui, après la révolution, ont choisi de rentrer dans le pays. De ceux-là, on ne parle pas souvent. Pour de nombreux Tunisiens, l’Europe est responsable : l’argent détourné par le clan est encore dans les banques européennes. Ben Ali ne jugulait pas l’émigration ; il l’a provoquée.
Tunis n’a pas le droit à l’échec. Le pays doit remonter la pente. Et on ne compte plus les initiatives politiques, surtout (on dénombre à Tunis 50 partis politiques) et parfois culturelles. Parmi les initiatives qui sont en train de voir le jour, on signalera l’association Dar el Dhékra (Maison de la mémoire). Une première réunion de présentation s’est tenue à La Goulette le 13 mars 2011. L’association se propose, à travers une série d’actions culturelles ponctuelles d’introduire dans les programmes scolaires le volet judaïque de l’histoire du pays et de parvenir à ouvrir le premier musée des arts et traditions juives en Tunisie, bien qu’il existe au musée national du Bardo un pavillon consacré à l’histoire juive.
Autre action culturelle, d’envergure internationale cette fois-ci : il s’agit de la tenue à Tunis d’un colloque organisé par l’Association de Vigilance et d’Engagement pour la Révolution Tunisienne et son Immunité (AVERTI) sur le thème «Passions, pouvoirs et institutions» le 12 mars 2011 dont l’invité d’honneur est Stéphane Hessel – l’auteur de Indignez-vous qui s’est vendu comme un petit pain. Dans une intervention remarquée, il a souhaité que « la révolte tunisienne soit le début d’un mouvement de libération envahissant toute la région arabe et islamique et que cela finira par l’émancipation du peuple palestinien». Ce que Stéphane Hessel exprime ainsi, c’est le désir de voir la liberté transcender toutes les différences.

Jalel El Gharbi
(11/04/2011)

mots-clés: