Algérie: une cocotte minute sans soupape de sécurité | Ghania Khelifi
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Ghania Khelifi   
Algérie: une cocotte minute sans soupape de sécurité | Ghania Khelifi
Said Sadi
Alger quadrillée par la police, enfumée par les gaz lacrymogènes, ce n’est pas une nouveauté dans un pays où les émeutes et les manifestations sur la voix publique sont le mode courant d’expression populaire. Sauf qu’en ce samedi 21 janvier le contexte est un peu différent. Les voisins, ces Tunisiens que l’on croyait juste bons à assurer les vacances d’été, ont déboulonné leur dictateur, tous seuls sans crier gare. Pour les forces anti émeutes algériennes qui s’efforçaient samedi de contenir la marche à laquelle a appelé le RCD (rassemblement pour la démocratie et la culture) le parti du docteur Said Sadi, cela ne change rien à leur job. Ce sera comme d’habitude arrestations, barrages filtrants aux portes de la capitale et s’il le faut quelques coups de matraques pour les plus récalcitrants.On est loin des accolades fraternelles entre policiers et civils tunisiens. Les policiers algériens ont la loi pour eux puisque l’état d’urgence en vigueur depuis 1992 interdit tout attroupement sur la voie publique. Les médias gouvernementaux n’ont cessé de le répéter et d’inviter « les citoyens à la vigilance et la sagesse ». Il n’empêche que les Algériens depuis la chute du dictateur tunisien se sont pris à rêver d’un scénario similaire chez eux et tentent de façon un peu brouillonne d’ébranler le régime du président Bouteflika. Dans un climat très tendu les initiatives se multiplient sans vraiment faire jonction pour l’instant. La marche du RCD n’a eu l’adhésion que de ses militants et de ses sympathisants même si son interdiction par les autorités est dénoncée par plusieurs organisations. Ainsi Le FFS (Front des forces socialistes) le rival historique du parti de Said Sadi a qualifié cette interdiction de « terrorisme d’Etat » et l’attitude des autorités de « régression abyssale et affligeante ». Mais il ne rate pas l’occasion de rappeler au RCD sa compromission passée avec le régime et son soutien au président Bouteflika « On ne peut à la fois passer son temps à conférer avec le DRS et faire appel aux forces du changement « écrit le FFS en allusion aux révélations de WikiLeaks sur les conversations entre Said Sadi et le patron des services de renseignement algériens . On aura compris que les militants du FFS ne se sont pas joints à la marche. Néanmoins les deux formations ont adhéré au projet d’une marche le 9 février prochain. A l’initiative de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH) des associations, des syndicats autonomes ( en opposition au syndicat à l’union générale des travailleurs algériens à la solde du gouvernement) et des partis politiques se sont rencontrés vendredi 21 janvier, à Alger pour décider d’une marche le 9 février pour exiger la levée de l’état d’urgence et pour se constituer en coordination nationale afin de fédérer les forces du changement .« Il faut que l’état d’urgence soit levé. Cela permettra la libération du champ politique et médiatique, l’exercice des libertés individuelles et collectives, la liberté de la presse et l’indépendance de la justice », a déclaré Me Ali Yahia Abdenour, président d’honneur de la LADDH. De leur côté" des universitaires, des journalistes et de personnalités algériennes ont publié vendredi 21 janvier un appel au changement démocratique dans leur pays, après celui survenu en Tunisie voisine et à « la convergence de toutes les (...) initiatives de citoyens, d’associations, de syndicats et de partis politiques allant dans le sens de la levée du carcan sur la vie publique et pour l’avènement de l’alternance démocratique en Algérie ». Revenant sur les émeutes du début du mois qui ont fait cinq morts et plus de 800 blessés , les signataires critiquent violemment le gouvernement pour n'avoir donné à ces événements qu' « une seule explication: la hausse du prix des produits de base ». « La crise de janvier n'est pas soluble dans l'huile », affirment-ils . Le désespoir social qu’évoque cet appel est effectivement de plus en plus exacerbé en Algérie .Les immolations ne se comptent plus face à des pouvoirs publics qui n’ont d’autre réponse que le porte-monnaie des recettes pétrolières.Les dernières annonces d’investissements publics colossaux n’ont eu aucun écho auprès des jeunes qui continuent à tenter l’immigration clandestine à bord d’ embarcations de fortune . Le pays est aujourd’hui une vraie cocotte-minute sans soupape de sécurité.Les manifestations programmées si elles risquent de mettre le feu aux poudres ne réussiront pas « le coup » des Tunisiens car les fractures ,les haines , les divisions ,les blessures sont encore trop grandes ,trop profondes pour enfanter d’un mouvement solidaire salvateur.Quand il ne leur restera plus que la saine colère des opprimés ,les Algériens pourront alors rejoindre leurs voisins tunisiens sur le chemin de la liberté.

Ghania Khelifi
(22/01/2011)





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