Tunisiennes: l’émigration via le mariage | Olfa Amiri, Jalel El Gharbi
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Olfa Amiri, Jalel El Gharbi   
Le nombre des Tunisiennes émigrant suite à un mariage semble de plus en plus grand. Le passage devant Monsieur le Maire est synonyme de passeport, de visa et de carte de séjour qui dispense même des 60 dinars, dont doit s’acquitter tout Tunisien désireux de voyager. Taxe instaurée sous le mandat du Premier ministre Mohamed Mzali et aussi peu populaire que lui.
L’idéal de nombre de Tunisiennes aspirant à l’émigration est d’épouser un Tunisien vivant à l’étranger. Elles peuvent aussi opter pour un Arabe. Elles sont de plus en plus nombreuses à convoler en justes noces avec des Arabes vivant dans les pays du Golfe ou même ailleurs. L’appel de l’ailleurs est irrésistible en Tunisie. Sonia a gentiment accepté qu’on présente son profil et son portrait sur Babelmed.
Sonia est mariée à un Egyptien et vit avec lui à Koweït City. Elle a 37 ans ; elle est titulaire d’une maîtrise en science du travail. Elle a une expérience professionnelle : en Tunisie, elle a travaillé dans une société privée comme responsable de formation et organisatrice de séminaire au profit du personnel hôtelier. Malgré son activité professionnelle, Sonia, qui venait de perdre son fiancé ravi à la fleur de l’âge, rêvait de stabilité et, comme toutes les jeunes filles de son âge, elle voulait fonder une famille. Elle précise que dans son cas, l’émigration n’a jamais été une finalité mais un moyen comme un autre de trouver le bonheur.
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Elle a fait la connaissance de son mari dans le cadre de son travail ; il était de passage à Tunis et ils se sont plu. Mohamed est un homme gentil et responsable. Sonia savait qu’un mariage basé sur le seul amour ne peut durer longtemps. Et il arrive même que la mort s’en mêle… Pour Mohamed, un mariage binational ne posait aucun problème et il n’a jamais prêté l’oreille aux balivernes colportées sur les Tunisiennes qu’on accuse d’être trop affranchies. Tunisiennes: l’émigration via le mariage | Olfa Amiri, Jalel El GharbiIl aimait le pays de Sonia et cela ne lui déplairait pas de passer sa retraite en Tunisie. Il aurait tant aimé voir en Egypte ce même intérêt pour l’éducation, pour l’infrastructure du pays, pour les universités. La Tunisie est décidément un pays attachant pour Mohamed. Qu’importe le reste. Sonia était la femme idéale, une personnalité ferme et un grand sens moral. Au début quelques amis lui ont déconseillé d’épouser une Tunisienne : elles ont les yeux « grand ouverts » et surtout elles sont intraitables sur la question de la monogamie. Aujourd’hui, il ne regrette pas de ne pas avoir suivi leur conseil.

Au début, Sonia a souffert du dépaysement : ses parents, ses amis, son pays lui manquaient. Pas facile de quitter les siens. Mais le Koweït est dit-elle « un pays calme, propre avec un excellent niveau de vie » et les Koweïtiens sont gentils. Pour eux « La verte Tunisie » est un beau pays.
Pour Sonia, l’émigration via le mariage est un moyen pour trouver le bonheur et non pas une fin en soi. Elle se plaît au Koweït et attend impatiemment de pouvoir travailler – il faut avoir vécu une année au pays pour pouvoir y travailler – elle pourra gagner beaucoup d’argent, de quoi se faire un bel avenir en Tunisie avec Mohamed.

Olfa Amiri et Jalel El Gharbi
Juin 2010