Tunis: un nouvel élan au centre ville | babelmed
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  Tunis: un nouvel élan au centre ville | babelmed Le cœur de Tunis s’élargit, la ‘ville nouvelle’ connaît sa renaissance et grâce à un intense travail de restauration, se montre prête à relever les défis soulevés par la vitalité de la banlieue. A l’ère du troisième millénaire, ‘ville nouvelle’ et Médina se trouvent finalement unies pour donner nouvel élan au centre ville.

Construite à partir du XIXè siècle suivant un modèle d’urbanisation quadrillé le long d’un axe - aujourd’hui Avenue Habib Bourguiba- la « ville nouvelle » de Tunis est devenue récemment l’objet d’une œuvre de restauration visant à préserver son rôle de centre de gravité et de vitrine de la capitale. Ainsi, la « ville nouvelle », qui a été, par sa construction, une des causes les plus décisives du déclin de la Médina, se trouve aujourd’hui unie avec son ancienne rivale contre les nouveaux défis soulevés par le dynamisme des Berges du Lac et de la banlieue Nord en général.
Jusqu’à la fin des années quatre-vingt dix, l’attention des restaurateurs et urbanistes était concentrée presque exclusivement sur la Médina voisine, cité arabe datant du VIIIè siècle, organisée autour de la grande mosquée El-Zitouna et agissant à la fois comme repère urbain et comme centre d’intérêt politique, culturel, religieux et économique.
Ce n’est qu’à la suite d’une prise de conscience de la valeur artistique et culturelle d’une partie de la ville plus récente, menacée par le déplacement du barycentre de la capitale vers de nouveaux centres fonctionnels d’une économie en pleine croissance (tels que les Berges du Lac ou la périphérie Nord de Tunis), qu’une série de travaux a été mise en chantier en 2000 par la Mairie de Tunis, avec l’assistance technique de l’Association de Sauvegarde de la Médina (ASM).

L’Association est devenue depuis longtemps le point incontournable de toute œuvre de restauration des immeubles de la Médina. « Notre travail a commencé avec un relevé architectural et des études socio-économiques pour connaître le profil de ses habitants » explique Mme. Sémia Akrout Yaïche, Directrice Générale de l’ASM «Aujourd’hui nous continuons à gérer des projets de restauration, mais en même temps nous avons développé un véritable rôle de réservoir d’idées pour le futur ». L’approche suivie par l’association est pluridisciplinaire et prévoit comme point de départ pour toute activité le diagnostic de la situation architecturale et socio-économique. L’ASM intervient le long de deux axes principaux : la sauvegarde du patrimoine monumental ayant comme objectif le développement d’un tourisme culturel, et la sauvegarde d’un patrimoine immobilier social, visant au développement socio-économique.
Aujourd’hui c’est justement cette expertise que l’ASM étend aussi à la «ville nouvelle» «A la suite de la prise de conscience de l’importance architecturale et artistique de la ville nouvelle – continue Mme Yaiche- nous avons été chargés de réfléchir aussi sur l’aménagement de l’Av. Habib Bourguiba, chose qui a abouti à un plan d’intervention pour refaire les façades et réhabiliter cet axe». Le but reste le même : préserver une ville vivante, qui remplit un rôle essentiel dans l’habitat social.
Après avoir commencé en 1999 avec des travaux de restauration et d’aménagement de l’Ancien Tribunal Administratif situé au cœur de la capitale, ce n’est qu’en 2000 qu’ont vu le jour les chantiers les plus importants, et notamment: le réaménagement de l’Av. Bourguiba et de la place du 7 Novembre, avec la réalisation de nouvelles chaussées et l’élargissement des trottoirs, la mise en place de candélabres et de lanternes d’éclairage public et d’ambiance, la réalisation de tous les réseaux de canalisations et de câbles, et l’installation de la fontaine et de la tour-horloge de la place du 7 Novembre ; la restauration du Théâtre Municipal avec la rénovation de la décoration, la réfection des planchers des escaliers, l’installation du chauffage central, les travaux d’étanchéité des terrasses, et la rénovation de la couverture légère de l’arrière scène ; la réhabilitation de l’ancien Théâtre Rossini, auquel a été restitué à l’identique le fronton de la façade principale qui était détruit depuis des années. Finalement, un projet de réaménagement du Marché Central de Tunis est actuellement en cours.

Ces projets ne représentent que le début d’une œuvre de restauration systématique qui devrait concerner l’ensemble de la «ville nouvelle» et qui a comme point de départ la création par l’ASM d’une banque de données sur la situation architecturale et socio-économique suivant le modèle réalisé pour la Médina.

Tunis: un nouvel élan au centre ville | babelmed Dans le cadre du programme « Euromed Heritage II », financé par la Commission européenne, le projet « Patrimoines partagés : savoirs et savoir-faire appliqués au patrimoine architectural et urbain des XIX-XXèmes siècles en Méditerrannée » prévoit la mise en place d’un système d’information géographique permettant la collecte et l’archivage de données et l’intégration d’information graphique. Ce programme permettra d’établir un inventaire exhaustif du patrimoine, qui concerne aussi bien les façades que les intérieurs des immeubles ciblés. Selon Mme Yaïche, cette étude « suivra le modèle que nous avons adopté auparavant pour la Médina, mais cette fois concernera un secteur assez vaste de la ville nouvelle, siège d’un patrimoine architectural et urbain hérité de la période 1850-1950 ».
Parallèlement à ces initiatives de rénovation, la ville «nouvelle» protège son rôle de cœur de la capitale grâce au développement d’activités culturelles tout au long de l’année et qui trouvent dans le mois de Ramadan la période la plus active. Ces activités sont réalisées surtout grâce aux Maisons de la Culture dépendant de la Municipalité, parmi lesquelles nous pouvons citer les Clubs Tahar Haddad, Bir Lahjar, El Aachouriya et le Musée de la Ville, et par des associations indépendantes comme ECUME (Echanges Culturels en Méditerranée) ou l’Etoile du Nord. Toutes ses associations opèrent en partenariat avec le Ministère de la Culture, qui subventionne la grande majorité de leurs activités couvrant à la fois la ville nouvelle et la Médina, créant ainsi un grand pôle culturel qui attire des milliers de visiteurs de la banlieue, surtout pendant les mois de septembre à mai.
Le programme régional Euromed Héritage
vers un patrimoine culturel euro-méditerranéen

Le programme Euromed Héritage a pour objectif l’établissement d’un concept de patrimoine commun au bassin euro-méditerranéen intégrant des traditions et des coutumes différentes, et en mettant en premier plan les liens existant entre eux, afin de leur permettre de devenir un instrument d’ouverture, de tolérance, de paix et de stabilité dans le région.

La première phase du projet a débuté en 1998 à la suite d’un appel à propositions, qui a conduit à l’approbation de 15 projets –aujourd’hui quasiment achevés - qui ont reçu un financement pour un montant total de 17,2 millions d’Euros. A la suite de ce succès, une nouvelle allocation de 30 millions pour une deuxième phase du programme a été décidée. Ainsi, 10 nouveaux projets ont été lancés au début de l’année 2002 pour une période de trois ans. Ces projets couvrent les trois domaines d’intervention suivants :
 Le savoir: développement de la recherche, de la communication et inventaires du patrimoine matériel et immatériel ;
 Les ressources humaines: développement de systèmes de formation novateurs, circulation des savoir-faire;
 Le développement: gestion intégrée du développement du patrimoine, sensibilisation au patrimoine des secteurs économiques, investissement public et privé.
La Tunisie participe à 5 initiatives sur 10, qui se déroulent toujours sous forme de collaboration entre pays du Nord et du Sud de la Méditerranée.


Titre Coordinateur Pays Concernés Budget (Euros)

DELTA
Istituto per il Mediterraneo
Italie, France, Grèce, Espagne, Algérie, Israël, Malte, Maroc, Autorité Palestinienne
2.915.896
PRODECOM
Chambre des beaux-arts de la Méditerranée
France, Grèce, Algérie, Maroc, Turquie
643.637
Filières innovantes, savoir-faires locaux
Politecnico di Milano
Italie, France, Grèce, Portugal, Espagne, Algérie, Egypte, Liban, Autorité Palestinienne, Tunisie, Turquie
2.832.000
La navigation du savoir
Université de Malte
Malte, France, Italie, Espagne, Algérie, Chypre, Tunisie
1.772.501
MEDIMUSES
En Chordais Irlande
France, Grèce, Italie, Pays-Bas, Royaume-Uni, Jordanie, Chypre, Liban
2.998.192
Gestion et préhistoire (TEMPER)
Université de Cambridge Royaume-Uni
Grèce, Israël, Malte, Turquie
1.113.902
Patrimoines Partagés
CNRS Délégation DR 8
France, Grèce, Italie, Espagne, Algérie, Egypte, Maroc, Syrie, Tunisie
2.657.772
Formation par correspondance IKONOS
Centre Maltais pour la restauration
Malte, Grèce, Royaume-Uni, Algérie, Chypre, Jordanie, Maroc
2.535.092
Unimed Cultural Heritage II
Università per il Mediterraneo
Italie, Espagne, Algérie, Egypte, Liban, Liban, Maroc, Autorité palestinienne, Tunisie, Turquie
1.516.890
Dyonisos
Innova
Italie, Belgique, France, Grèce, Espagne, Algérie, Chypre, Egypte, Israël, Jordanie, Maroc, Autorité palestinienne, Tunisie, Turquie
891.188

A Tunis: terrasses, façades, loges…constituent l’architecture de la ville nouvelle, en même temps qu’un patrimoine unique.

Aujourd’hui, la ville ‘nouvelle’ de Tunis se situe à l’Est de la médina. Elle est nommée ainsi par opposition à la médina, apparentée au quartier historique. Du Nord au Sud, elle est comprise entre le Belvédère et la colline de Sidi Bel Hassen, et d’Ouest en Est entre la porte de France (Bab el Bahr) et le lac Bahira. Elle présente de larges avenues bordées de trottoirs et d’immeubles de quatre à cinq étages.
Les axes de circulation se croisent à angle droit et dessinent un plan en damier. L'avenue principale, monumentale, se prête aisément à la promenade, tout comme dès les années 1920 à la circulation des tramways et des automobiles. Des commerces de luxe, des hôtels, des cafés, des salles de spectacle donnent à ce quartier un aspect familier aux voyageurs européens. A son extrémité cette artère débouche, physiquement sur le port de Tunis et la ligne de chemin de fer Tunis-La Goulette-La Marsa (TGM) qui relie la capitale à sa banlieue nord.
La ville connaît, dans les deux dernières décennies du XIXème et au début du XXème siècle, un grand boom immobilier autour de sa maille en damier. Un nouveau mode d’habitation apparaît, caractérisé par l’immeuble de rapport dont l’architecture était largement influencée par des modèles italien et français.
De nombreux architectes ont donné une impulsion décisive à l’analyse du patrimoine architectural tunisien. En effet, la période qui va de 1900 à 1930 correspond à la période la plus féconde qu’aient connu l’architecture et l’urbanisme en Méditerranée du Sud. Ces architectes adaptent les nouveaux immeubles ou « balasat », selon l’appellation locale, au climat de Tunis. Les balcons sont nombreux et les loges sont profondes, les toits en pente disparaissent au profit des terrasses, et le manque de pierres de tailles favorise l’utilisation de la maçonnerie enduite à la chaux qui, aujourd’hui encore, donne la couleur blanche si particulière aux quartiers de Tunis.
Souvent organisés autour de vastes cours, ces nouveaux immeubles, répondant à une demande mixte de logements et de bureaux, sont dotés d’entrées prestigieuses. Si les immeubles de rapport restent classiques dans leur gabarit, leurs extérieurs sont richement décorés de coupoles, de belvédères, de lanternons, de stuc et de ferronneries. On utilise successivement les éléments décoratifs de style néo-classique, appelé Art Nouveau et Art Déco.
Les différents styles architecturaux coexistent sans heurt et même se superposent dans un éclectisme qui caractérise l’image de Tunis, et cela grâce au respect de règles communément admises pour l’architecture de l’époque. Les recherches à développer sur le patrimoine colonial concernent principalement l’identification et la connaissance de ce bâti riche et varié. En outre, l’intérêt serait de pouvoir accroître les connaissances de cet héritage afin de promouvoir la conscience de l'unicité du patrimoine dans l’aire méditerranéenne.

Romeo Carabelli, Université ‘François Rabelais’, Tours, France

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