Mamdouh Bahri. Le jazz, c'est AUSSI ma musique! | babelmed
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Mamdouh Bahri
Le musicien de jazz d'origine tunisienne, Mamdouh Bahri, vient de sortir son 5° album: "Tabarka" nous régale d'un jazz dans la pure tradition du jazz américain, plein de vie et agréable à entendre, mais qui fait en plus, ici et là, des clins d'œil à la musique arabe. Rencontre avec un musicien qui s'est battu contre ceux qui lui disaient: "le jazz, ce n'est pas votre musique" (!?), et qui se produit aujourd'hui dans le monde entier, des USA à la Finlande, de la Chine au Chili. Le 13 septembre il est attendu en Tunisie à Sidi Bou Saïd et en novembre en France et au Pakistan….

Mamdouh Bahri, comment a débuté votre carrière?
Je suis né à Sfax, et, adolescent, je chantais dans une chorale arabo-andalouse. Puis je me suis mis à la guitare, mais au Conservatoire de Sfax, il n'y avait pas d'enseignement de guitare: j'ai donc appris un peu tout seul. Professionnellement, comme beaucoup d'artistes, j'ai commencé par jouer de la musique… dans les hôtels! Mais pendant la saison basse, en hiver, je fréquentais le Conservatoire, pour des cours de musique. En 1981, j'ai décidé de partir aux USA, car la musique que je jouais était influencée par la soul, la musique noire-américaine - Stevie Wonder, James Brown…. et je voulais aller aux sources. J'ai voulu faire un petit stop en France, et… j'y suis resté!

Comment s'est passé votre accueil en France?
Je me suis établi à Montpellier – où je vis toujours – et je suis allé voir une école de jazz, la JAM – Jazz Action Montpellier: ils m'ont pris comme prof de jazz, d'harmonie, d'improvisation. Je me produisais dans la région – je tourne toujours beaucoup dans le Sud, même si je joue ailleurs en France bien sûr. Comme j'aimais la soul, ça me donnait une certaine couleur dans ma musique. Et la musique arabe aussi m'avait donné une certaine couleur. Ca m'a facilité beaucoup de choses, ça a permis des rencontres. En 1987, j'ai sorti mon premier album, "Song for Sarah", à compte d'auteur. Ce disque m'a permis de faire une rencontre avec un musicien américain, Horace Parlan, qui m'a demandé, avec son trio, de créer un quartet. Nous avons fait plusieurs concerts et festivals ensemble, notamment le Festival de jazz à Béziers en 1989 et le Festival de Carthage en 1991. De là est né le deuxième album: "From Tunisia with love". Le 3° album, "Nefta", est sorti en 1992, et le 4°, "African flame", en 1998.

La Tunisie – et l'Afrique dont elle fait partie – sont très présentes dans les titres de vos albums. "Tabarka", est-ce un clin d'œil au Festival de jazz de cette ville?
Oui, tout à fait: en 2000, nous avons été invités à nous produire au Festival de Tabarka, et, comme souvent, ça a déclenché une inspiration: plusieurs titres sont nés pour l'occasion.

Etes-vous finalement parti aux Etats-Unis, depuis 1981?
Oui: en 1987 d'abord. Puis en 1991, j'ai passé 3 mois. New York, c'est un peu un passage obligé pour tout musicien de jazz: New York est La Mecque du jazz, disent les musiciens. Là, ça a été formidable. J'ai intégré un collectif de musiciens, pour moi c'était une reconnaissance de mes qualités de musicien. Alors qu'en France, on me disait souvent: "le jazz, ce n'est pas votre musique"… J'ai rencontré énormément de musiciens, tout le monde composait, tout le monde arrangeait. Pendant dix ans, j'y suis retourné 3-4 fois par an. "Tabarka", c'est aussi un hommage à ce collectif avec lequel j'ai beaucoup travaillé, et beaucoup tourné dans le monde entier.

Vous avez donc rencontré en France des difficultés à intégrer le monde du jazz, en tant que musicien tunisien?…
Oui, je ne peux pas le nier. Alors qu'aux USA, quand j'ai joué ils m'ont dit: "voulez-vous vous joindre à nous?". Ce n'est pas un reproche: mais en France, on exclut tout ce qui ne correspond pas à l'idée de la musique qu'on a envie de défendre. Mais la musique c'est la musique! On joue avec ses tripes! C'est un vécu. Bien sûr, et heureusement pour nous qui faisons un jazz métissé, il y a aussi en France des gens qui nous soutiennent, et qui nous ont toujours soutenu! Et aujourd'hui, partout dans le monde, le jazz se métisse de plus en plus…
Nadia Khouri-Dagher
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