Le calendrier antique | Jalel El Gharbi
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Jalel El Gharbi   
  Le calendrier antique | Jalel El Gharbi L’hiver avec ses pluies et ses échéances agricoles révèle l’insuffisance de nos calendriers. Aussi les gens recourent-ils à un calendrier agricole qui remonte très loin dans le temps. En Tunisie, subsiste ce calendrier agricole dont les services météorologiques reconnaissent l’efficience et que les almanachs ne manquent pas d’utiliser. Chercher des règles régissant les phénomènes météorologiques est un souci universel. Le canon qui régit cette recherche est simple, il s’agit de passer de l’observation séculaire à la formule. En France, l’hiver est la saison où le recours à la sagesse des proverbes se fait plus fréquent. Ici se trouve condensée toute l’expérience et tout le savoir ancestral: «A la Saint Luce (13 décembre), les jours croissent du saut d’une puce» ou «A la chandeleur, l’hiver se passe ou prend vigueur» ou encore «Noël au balcon, Pâques au tison». En Tunisie, on ressort le calendrier agraire. C’est un calendrier qui date de plusieurs siècles. Le géographe et historien Al Massoudi le décrit dans son ouvrage Les Prairies d’or. Ce calendrier, qui est solaire et non pas lunaire, s’avère d’une grande fiabilité. Ce calendrier offre l’avantage d’être foncièrement poétique.
L’hiver (du 29 novembre au 27 février) est ainsi subdivisé:
- 25 décembre: début des blanches nuits
- 13 janvier : fin des blanches nuits
- 14 janvier : début des noires nuits
- 2 février : (fourar, dit le pleureur) fin des noires nuits
- 3 février : début des «nubiles» (‘Azara) (10 jours)
- 13 février : fin des «nubiles»
- 14 février : Froidure de la chèvre (guerrat al anz)
- 20 février : chute de la braise de l’air
- 27 février : chute de la braise de l’eau
- 6 mars : chute de la braise de la terre
- 10 mars : les «suivis» (8 jours) (Hassoum)
- 17 mars : Fin des «suivis»
C’est au cours de ces «noires nuits» qu’il convient le mieux de planter des arbres. Un proverbe le dit «au cours des nuits noires, germe toute branche». Ce sont ces nuits qu’on attend pour planter jasmins, citronniers et résédas.
Quant aux Hassoum, ils sont attestés dans le Coran. Le mot est traduit ici par «consécutifs» or «suivis» nous a semblé plus adéquat: «Et quant aux Aad, ils furent détruits par un vent mugissant et furieux que [Dieu] déchaîna contre eux pendant sept nuits et huit jours consécutifs; tu voyais alors les gens renversés par terre comme des souches de palmiers évidées. En vois-tu le moindre vestige? Pharaon et ceux qui vécurent avant lui ainsi que les Villes renversées commirent des fautes. Ils désobéirent au Messager de leur Seigneur. Celui-ci donc, les saisit d'une façon irrésistible.» (Al Haqqa, 6-10)
La légende populaire raconte l’histoire d’une femme hérétique qui aurait tenu tête à un prophète antérieur à Mohamed et que Dieu aurait métamorphosée en chèvre. La nuit la plus froide de l’hiver est un châtiment qui lui est destiné. Dans le calendrier antéislamique, on relève la présence de cette «vieille» qui est également attestée dans un poème antéislamique. Mais l’histoire n’en dit pas plus sur cette vieille.
Selon ce calendrier antique, le printemps se signale par le réchauffement des éléments: air, eau et la terre. Fourar (février), le pleureur, terminé, le réchauffement va grandissant et les pluies se font rares et précieuses. Loin de Tunis, où l’on préfère ne pas se mouiller, les gens espèrent avec ferveur qu’il pleuve en mars. La qualité des récoltes est tributaire des capricieuses pluies de mars: «pluie de mars est or pur» stipule un dicton. Jalel El Gharbi
(12/12/2005)
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