Tunisie: Imen Klaï, juge pour enfants «Notre mission est de prendre des mesures, pas d’infliger des sanctions» | Mme Imen Klai, enfants en Tunisie, CDIS, formation professionnelle, Code de la Protection de l’Enfant
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Thameur Mekki   

//Au dortoir du Centre de Rééducation de Sidi El HaniAu dortoir du Centre de Rééducation de Sidi El Hani

 

photo©Nawaat

« Notre mission est de prendre des mesures, pas d’infliger des sanctions », tient à rappeler Mme Imen Klaï. Magistrat depuis 15 ans, elle a bénéficié, durant les deux années passées, de formations en droits de l’enfant et justice juvénile, dans le cadre du projet de soutien à l’amélioration du système de la justice pour les enfants en Tunisie, mis en œuvre par l’Unicef et ses partenaires nationaux et financé par l’Union Européenne. Depuis, la juge Klai a également effectué une visite d’étude en Italie. « C’était intéressant d’observer de près le fonctionnement des institutions consacrées à la justice pour enfants dans un autre pays plus avancé sur ce plan. Histoire de voir comment pallier à nos insuffisances », fait-elle remarquer. Dans le cadre du même programme, Mme Klai a aussi participé à l’élaboration d’une stratégie de communication sur la question. « L’aspect comportemental ne peut pas changer à travers des décisions de justice. Il faut plus de plaidoyer », affirme-t-elle.  

Avancées positives

« Depuis que ce projet a commencé, le ministère de la justice s’est orienté vers la spécialisation des juges. La coopération s’est assouplie et s’est consolidée avec les Centres de Défense et d’Intégration Sociale (CDIS) et les unités de promotion sociale », relève Mme Klaï. Les différents ateliers et rencontres tenus dans le cadre du projet ont permis aux juges pour enfants de se rapprocher des responsables des ministères des affaires sociales, de la femme et de la famille, de l’intérieur ainsi que celui de l’emploi et de la formation professionnelle. Les échanges entre ces différents acteurs, responsables de la protection des droits des enfants, ont rendu leur travail plus souple et efficace. « Des rapports humains se sont développés entre nous et les délégués à la protection de l’enfance et autres intervenants, ce qui facilite le travail en réseau » poursuit La juge Klai.

Toutefois, elle reconnait les vertus de la spécialisation, «une chance que certains collègues n’ont pas eu », regrette-t-elle. Et elle poursuit : « Avant, nous étions concentrés sur la rapidité du traitement des dossiers. Maintenant, nous prenons notre temps avec les conseillers spécialisés de l’enfance pour mieux comprendre le contexte social et la situation psychologique spécifiques à chaque enfant ». Un changement remarquable qui lui permet d’exercer son travail d’une manière plus efficace et avec plus de pertinence. « Désormais, j’ai du temps pour la recherche, la documentation et les visites de terrain », explique-t-elle.

Du manque à gagner

Cependant, certaines améliorations doivent être apportées aux institutions concernées. Et notre interlocutrice en est bien consciente. La juge Klaï précise que le système de la justice juvénile doit être renforcé : « la législation ne pose pas de problème. Les insuffisances sont plutôt institutionnelles », souligne-t-elle tout en nous rappelant l’inexistence du corps des délégués à la liberté surveillée dont la création est pourtant prévue au Chapitre II du Code de la Protection de l’Enfant. « Si on arrive à mettre en application le mécanisme de la liberté surveillée, nous arriverons à éviter aux enfants en conflit avec la loi, scolarisés au moment de la procédure judiciaire, un abandon scolaire précoce,  et même, en les encadrant, à améliorer leurs résultats », estime-t-elle. La performance des corps de métier existants nécessite également un renforcement, y compris en  conseillers spécialisés dans le domaine de l’enfance. « Ils devraient être exclusivement consacrés à cette mission. Or, ils sont chargés simultanément d’autres responsabilités dans le cadre de leurs fonctions essentielles ce qui implique un manque de disponibilité. « Ils éprouvent aussi un manque de ressources logistiques, comme les moyens de transport par exemple », avise la juge.

Le volume des affaires relatives aux enfants en conflit avec la loi à traiter par le Tribunal de première instance de Tunis 2 est relativement important par rapport à d’autres districts. « Le taux de délinquance est très élevé dans notre région. Le manque de moyens de loisirs est parmi les causes. Les enfants n’ont pas d’espaces de défoulement. Rares sont les maisons de culture opérationnelles. Et il y a très peu d’activités sportives faciles d’accès », précise la juge Klaï. Les statistiques de janvier 2016 du Tribunal de première instance de Tunis 2 recensent 70 affaires impliquant des enfants enrôlées depuis décembre, 24 nouvelles affaires, 35 affaires tranchées et 59 affaires en cours d’examen à la fin du mois.

Volens Nolens, des avancées ont été enregistrées. Les efforts déployés dans le cadre du projet de soutien à l’amélioration du système de la justice pour les enfants en Tunisie financé par l’Union Européenne, commencent à porter leurs fruits. Des acquis qui pourraient faciliter la réforme durant la période à venir.

 


 

Thameur Mekki

24/03/2016