FSM Tunis 2015: journée maghrébine sous tension | Tunisie Bondy Blog, Algériens et Marocains, Forum Social Mondial
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Rafika Bendermel   

Placé sous le signe des relations intra maghrébines, un incident est arrivé hier entre délégations algérienne et marocaine au deuxième jour du Forum. L’origine du conflit porte, sous un premier aspect, sur les questions très politiques, touchant aussi bien au Sahara occidental, l’extraction du gaz de schiste ou encore le statut disputé de la ville de Tindouf entre Algérie et Maroc. Les sujets traditionnellement sources de perturbations entre les deux Etats ont attisé les débats. Mais à y regarder de plus prêt et selon les dires d’organisateurs tunisiens du FSM et des militants « anti régime », les délégations officielles des deux pays auraient instrumentalisé les questions hautement conflictuelles en vue de perturber le déroulement de l’événement.

//La délégation officielle algérienne est la plus importante du forum.La délégation officielle algérienne est la plus importante du forum. 

 

« Depuis la marche d’ouverture, un groupe d’Algériens essaie de perturber les activités du forum. On leur a demandé d’arrêter ainsi que ce qu’ils voulaient. Ils ont tenté d’agresser des membres de l’Assemblée maghrébine, la délégation des femmes, des jeunes. Nous avons déposé des plaintes et écrit une lettre à l’ambassade d’Algérie pour comprendre ce qui se passe » s’exprime Alaa Talbi, membre du Forum Tunisien des droits économiques et sociaux (FTDES), structure tunisienne organisatrice du forum.  

Ce vendredi matin, une conférence de presse organisée à l’initiative du  FTDES à l’hôtel Africa dans le centre-ville a tourné au vinaigre lorsqu’un des porte-paroles a pointé les questions politiques sources de tensions. Des personnes dans le public ont pris la parole s’écriant et coupant court à la conférence de presse. « On tente de discréditer les Algériens. Vous voulez masquer votre désorganisation par un conflit monté de toute pièce par vous » crie un homme dans la salle à l’encontre des organisateurs.

S’ensuit des prises à partie dans le public. Difficile de comprendre alors qui est dans quel mouvement. Parmi les contestataires, on compte des « pro-régimes » marocains et algériens, des militants réellement indépendants, et même des membres de l’ambassade d’Algérie, d’après un des organisateurs tunisiens.

Un groupe d’étudiants algériens, désabusé par la situation, auraient reçu des menaces. « Nous sommes des opposants au régime. Nous voulons parler de la misère qui touche le peuple. Mais les délégations officielles ont empêché de faire entendre ce message au monde entier. Nous sommes là pour dénoncer les arrestations arbitraires, la condition des femmes, des jeunes dans notre pays. Ce forum a été détourné par des nationalistes. Des camarades ont été refoulés à la frontière. On nous a même demandé si on transportait des tracts ou des livres avec nous » témoigne un étudiant algérien qui préfère garder l’anonymat.

Nombreuses sont les voies qui s’élèvent pour dénoncer la politisation du forum. Derrière les points de divergence sur certaines thématiques, le Sahara occidental par exemple, on peut observer la stratégie utilisée par les pouvoirs algérien et marocain en vue de déstabiliser les débats. « Il y a eu une violence accrue entre Algériens et Marocains, envoyés par les deux régimes respectifs. Dans les ateliers, ils faisaient de la propagande pro régime. La délégation officielle arrivée en masse mettait de la musique toute la journée, ils ne menaient aucun débat. Ils ont même voulu introduire des sujets sans aucun intérêt pour détourner le vrai sens du FSM. Ces gens-là sont venus ici, payés par notre argent, celui peuple, pour brouiller notre message » s’insurge un autre étudiant algérien.  

Des tentatives de politisation du Forum Social Mondial

En effet certains ateliers prêtaient à confusion, les thématiques allaient à contre sens des principes du FSM. A l’instar d’un atelier intitulé  « Pour la défense du gaz de schiste », sujet hautement épineux actuellement en Algérie. Le pouvoir ayant pris la décision de l’exploitation, un mouvement social de contestation s’est alors créé dans le sud du pays, à Ain Salah, la population locale étant contre l’extraction.

Il y a deux ans, lors du 12e Forum à Tunis, de nombreuses associations algériennes avaient été empêchées de passer la frontière, bloquée par les autorités, elles avaient rebroussé chemin. Cette année, le pouvoir algérien a fait volte-face en permettant à près de 1500 personnes d’assister au forum, cette délégation officielle étant la plus importante de cette 13e l’édition. « Nous sommes seulement une trentaine de militants à être venus, ce ne rien à côté de tous ceux qui sont là pour déstabiliser la rencontre » indique un jeune avocat algérien qui a également tenu à rester anonyme. 

 


 

Article publié dans Tunisie Bondy Blog

Rafika BENDERMEL