Mohamed Ali, Amina et Hicham: 1023 dinars par mois | Ebticar, Inkyfada, dinars, Manouba, Sana Sbouai, migration, médias
Mohamed Ali, Amina et Hicham: 1023 dinars par mois Imprimer
Sana Sbouai   

Mohamed Ali et Amina sont un jeune couple de trentenaires, installés à la Manouba avec leur fils. Il est professeur d’informatique, elle était laborantine mais a arrêté de travailler il y a un an et demi, quelques mois avant la naissance de leur fils. Ils sont heureux et profitent comme il peuvent de leur vie de famille et mais avouent que leur situation financière est vraiment critique.

Voici un résumé de leurs entrées et sorties d’argent mensuelles:

Mohamed Ali, Amina et Hicham: 1023 dinars par mois | Ebticar, Inkyfada, dinars, Manouba, Sana Sbouai, migration, médias

Mohamed Ali et Amina* se sont mariés il y a deux ans et demi. Originaires de l’intérieur du pays, leurs mères, qui sont cousines, les ont présenté. Amina a arrêté de travailler quand elle était enceinte du fait de la nocivité des produits qu’elle utilisait dans le laboratoire.

Avant l’accouchement elle avait mis un peu d’argent de côté en vendant un bracelet et en économisant quelques versements de la bourse Amal pour les chômeurs. En tout elle avait économisé 1200 dinars en vue de l’arrivée du bébé.

Le couple, plutôt économe, s’en sort difficilement. Pour Mohamed Ali, la révolution a eu un impact important sur les prix des denrées de base et c’est ce qui alourdit le panier à la fin du mois.

L’arrivée de leur enfant les a privés d’un salaire, qui n’est pas compensé. « Normalement avec la naissance de mon fils j’aurais dû avoir une allocation : 7 dinars par mois ! Un paquet de couches coûte 8 dinars… Comme il fallait aller faire des papiers et que les bureaux de l’administration sont loin, j’aurais du mettre la somme de l’allocation dans l’essence alors j’ai laissé tomber » explique Mohamed Ali.

Et comme on peut le voir une fois les comptes faits, les fins de mois sont difficiles.

Mohamed Ali, Amina et Hicham: 1023 dinars par mois | Ebticar, Inkyfada, dinars, Manouba, Sana Sbouai, migration, médias

La zone grise

« Au début, je ne comprenais pas comment était dépensé l’argent. Alors un jour nous avons eu une grande discussion et nous avons décidé de gérer tous les deux. Je me suis rendue compte de la réalité des choses et je me suis demandée comment Mohamed Ali avait fait jusqu’à présent. J’ai commencé à dispatcher l’argent dans des enveloppes pour chaque dépense que l’on devait faire : si on utilise le climatiseur trop longtemps, si on doit acheter quelque chose de particulier… » explique Amina.

«En fait, on jongle tout le temps et à la fin du mois on a toujours environ 300-350 dinars de découvert depuis plusieurs mois. Du coup au début du mois je vais retirer le maximum que l`on peut prendre et je finis toujours par utiliser le découvert. Avant la révolution mon découvert était de 70-80 dinars pas plus», se rappelle Mohamed Ali.

Avec le bébé qui grandit il y a plus de dépenses, il faudra plus de nourriture, il y aura besoin de plus de soins, plus de vêtements… Mohamed Ali et Amina sont donc à la recherche de solutions pour pouvoir subvenir à leurs besoins.

 

Le futur

Amina compte se remettre au travail maintenant que son fils a plus d’un an. Ils ont besoin d’un revenu supplémentaire pour vivre correctement. Amina aimerait bien avoir un autre enfant pour ne pas étaler ses congés maternité sur plusieurs années et réduire ainsi son inactivité.

Le couple s’est inscrit dans des bureaux d’emploi pour essayer d’aller travailler quelques années à l’étranger. Selon eux c’est la seule solution qui permettrait de mettre de l’argent de côté pour essayer d’acheter une maison, ou au moins un terrain, et essayer d’être un jour propriétaires.

« Partir et essayer de revenir avec une belle somme nous permettrait de rembourser nos dettes suite au crédit contracté pour le mariage. On pourrait alors faire un nouveau crédit pour une maison sans problème», espère Amina.

 

«Aujourd’hui, la classe moyenne ce sont les ingénieurs »

Comme de nombreux jeunes, ils veulent tenter leur chance dans un pays du Golfe, mais attendent une offre aux bonnes conditions : c’est à dire avec un hébergement assuré et un salaire correct. « Sinon je donnerai des cours particuliers pour essayer de gagner un peu plus d’argent, mais pour ça, je dois chercher dans un autre établissement parce qu’il m’est interdit de donner des cours privés à mes élèves ” explique Mohamed Ali.

Questionné sur sa place dans la société, Mohamed Ali répond que, avant la révolution, il considérait que les professeur faisaient partie de la classe moyenne et servaient de référence à l’Etat. Aujourd’hui, selon lui, ce n’est plus le cas. «Je suis à découvert de quasiment l’équivalent de la moitié de mon salaire chaque mois. Finalement, aujourd’hui, la classe moyenne ce sont les ingénieurs.»

 


 

Sana Sbouai

03/12/2014

 

*La rubrique Stouchi tire son origine de la rubrique "Votre porte-monnaie au rayon X" de nos amis du site français Rue 89. Les prénoms des témoins ont été modifié, dans un souci d'anonymat.

Sana Sbouai : Rédactrice en chef (version française de inkyfada) et journaliste. Elle écrit sur les sujets de société, d'égalité, sur les droits économiques et sociaux, la migration et les médias.

Sonia Garziz : Infographies