Les Arabes entreront-ils en démocratie par la porte tunisienne? | Tunisie élections, Ibn Khaldoun, Ban Ki Moon, Oumaya Nawfel Saddik, parti Nahdha, Jalel Gharbi
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Jalel El Gharbi   

Les Arabes entreront-ils en démocratie par la porte tunisienne? | Tunisie élections, Ibn Khaldoun, Ban Ki Moon, Oumaya Nawfel Saddik, parti Nahdha, Jalel Gharbi

Les Arabes entreront-ils en démocratie par la porte tunisienne? | Tunisie élections, Ibn Khaldoun, Ban Ki Moon, Oumaya Nawfel Saddik, parti Nahdha, Jalel GharbiTunis n’est plus qu’à 12 jours des législatives. Ce qui se produira ce 26 octobre, jour du scrutin, ne sera pas uniquement un événement tunisien. Les Arabes entreront en démocratie par la porte tunisienne, peut-être. La visite en Tunisie de Ban Ki Moon, secrétaire général des Nations Unies, témoigne de l’importance de ces élections, et constitue une preuve du soutien international dont jouit la Tunisie. Elle illustre aussi la confiance rétablie par la sécurité qui règne dans le pays. Les badauds de l’avenue Habib Bourguiba, la plus belle avenue du pays, ont pu voir le Premier ministre, M. Mehdi Jomaa, en compagnie du Secrétaire général des Nations-Unies se promener puis s’arrêter devant la statue du fondateur de la sociologie, Ibn Khaldoun, avant de traverser les ruelles montant vers la mosquée Zeitouna, près du Palais du gouvernement. Signalons que cette promenade eut lieu à l’heure où l’avenue est la plus captivante : au coucher du soleil.

La campagne électorale a commencé le jour même de l’Aïd mais les conditions économiques défavorables qui touchent la majorité des Tunisiens ont fait qu’ils n’ont pas trop fêté l’Aïd, maugréant contre les élections et les politiques. La campagne électorale a donc été timide. La plupart des partis politiques n’ont pas placardé leurs affiches, puis les plaintes contre les infractions au code électoral se sont mises à pleuvoir. Malgré les fraudes enregistrées en grand nombre et allant de la falsification des signatures pour les parrainages, à l’affichage dans des endroits illicites en passant par la publicité politique et le soudoiement des électeurs, on peut considérer qu’elles sont minimes eu égard aux contradictions profondes qui traversent la société tunisienne tiraillée entre deux conceptions de la société : l’une qui cherche à préserver les options modernistes de la Tunisie et l’autre visant à mettre en place un pouvoir d’obédience islamiste mais respectueux des spécificités tunisiennes – tout au moins à brève échéance.

Il convient de signaler qu’on ne déplore aucun acte violent. Ce caractère paisible est à imputer à deux raisons : le souci général de voir aboutir la transition démocratique car tout le monde sait que la société civile, qui a pu faire chuter le gouvernement de la troïka, ne pardonnera à aucune partie qui recourrait à la violence. Ajoutons à cela que la carte politique du pays n’est pas encore fixée parce que le parti Nahdha n’a pas encore choisi ses alliances. La troïka qu’il dirigeait n’est plus après son flagrant échec. Qui plus est, la conjoncture internationale ne permet plus aux islamistes de gouverner. Ajoutons enfin que la société tunisienne a prouvé de manière incontestable qu’elle n’acceptera au grand jamais une remise en cause des acquis modernistes.

Les Arabes entreront-ils en démocratie par la porte tunisienne? | Tunisie élections, Ibn Khaldoun, Ban Ki Moon, Oumaya Nawfel Saddik, parti Nahdha, Jalel GharbiPar ailleurs, tous les partis politiques savent que nul ne peut gouverner la Tunisie tout seul. C’est pourquoi, ils ne veulent pas insulter l’avenir. Aussi les voit-on se ménager les uns les autres en prévision d’éventuelles alliances. Aucun parti ne semble pouvoir dire : fontaine, je ne boirai pas de ton eau. Mais cela n’empêche pas la concurrence entre partis d’être âpre. Pour courtiser les futurs électeurs, les partis les plus importants ont inauguré leurs campagnes dans les quartiers populaires où la densité est la plus forte. Ils savent que les Tunisiens vont voter contre des partis plutôt que pour d’autres. Nombreux sont ceux qui voteront contre les laïcs, ou contre les caciques de l’ancien régime ; nombreux sont ceux qui voteront contre les obscurantistes ou les fondamentalistes. Sauf que tout le monde sait que des alliances entre les deux bords ne sont pas impossibles. On peut même avancer que tous les partis s’y préparent. Le parti Nahdha a changé de discours et soutient qu’il a évolué.

Pour de nombreux citoyens, le plus grand défi demeure la sécurité. On peut dire sans risque d’erreur que les forces de sécurité ont retrouvé leur vigueur. Elles sont désormais plus fortes et mieux équipées. Leur rendement est maintenant très élevé. Cela prouve qu’elles sont fin prêtes pour déjouer toute tentative de sabotage des élections. Elles en semblent capables surtout qu’elles coopèrent étroitement avec l’armée, qui a rappelé les réservistes, et avec le très vigilant voisin algérien.

Les Arabes entreront-ils en démocratie par la porte tunisienne? | Tunisie élections, Ibn Khaldoun, Ban Ki Moon, Oumaya Nawfel Saddik, parti Nahdha, Jalel Gharbi

On peut avancer que les conditions qui entourent les élections importent plus pour les Tunisiens que les élections elles-mêmes. C’est pourquoi les gens semblent redouter tout ce qui pourrait entacher la fête électorale qui se prépare. Les Tunisiens sont parfois enclins à exagérer mais de nombreuses voix se lèvent pour rappeler que des pays autrement moins stables que la Tunisie ont réussi à organiser des élections. Que dire alors de la Tunisie, où tout le monde semble condamner la violence et les tiraillements. La société civile a pris de sérieuses initiatives pour épargner au pays tout ce qui pourrait nuire à la transition démocratique. C’est ainsi que la section tunisienne du Centre pour le dialogue humanitaire, représenté par Oumaya Nawfel Saddik a réuni les partis autour d’un pacte d’honneur pour des élections libres et transparentes. Ce pacte a été rédigé et signé par 23 partis politiques qui s’engagent à respecter les règles d’une campagne électorale loyale. A l’article 4 de ce pacte, ils s’engagent à ne pas exploiter une éventuelle calamité pouvant frapper le pays à des fins politiques. Il convient d’autre part de souligner le rôle joué par les médias qui, dans leur ensemble, cherchent à faire prévaloir des règles de concurrence loyale entre partis, à observer la neutralité et surtout à ne pas attiser les conflits ce qui crée dans le pays une ambiance sereine malgré l’ironie que suscitent les interventions loufoques de certains candidats dont les menées drôles et folkloriques.

Les fausses promesses tenues par les candidats de la troïka et autres populistes lors des élections de 2011 ont eu une influence sur cette campagne : la majorité des candidats se sont ainsi abstenus d’en formuler de mirobolantes même si certains d’entre eux persistent à faire des promesses ridicules. L’argent politique joue un rôle douteux dans cette campagne car nombreux sont les milliardaires qui présentent des listes pour les législatives et rêvent crédulement de la magistrature suprême.

Malgré la désaffection des citoyens pour cette grande kermesse électorale parce qu’ils sont rappelés par les questions matérielles, perplexes devant le mensonge politique et le nombre considérable de candidats, la société civile et les forces vives du pays, journalistes, syndicalistes, et autres, sont mobilisés pour faire face à tout déraillement du processus démocratique, et déjouer toutes tentatives de saboter ce processus orchestrées par des parties régionales auxquelles la réussite de l’expérience démocratique tunisienne déplairait car qu’elle pourrait séduire leurs peuples muselés.

 


 

Les Arabes entreront-ils en démocratie par la porte tunisienne? | Tunisie élections, Ibn Khaldoun, Ban Ki Moon, Oumaya Nawfel Saddik, parti Nahdha, Jalel GharbiJalel El Gharbi.

14-10-2014