Nahdha: une autopsie anticipée | Jalel El Gharbi, Nahdha, Ben Ali, Mohamed Abdelwaheb, Niqab, salafiste
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Jalel El Gharbi   

Nahdha: une autopsie anticipée | Jalel El Gharbi, Nahdha, Ben Ali, Mohamed Abdelwaheb, Niqab, salafisteAu lendemain des élections du 23 octobre, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, j’ai soutenu que les  Nahdhaouis étaient aussi tunisiens que tous les autres et qu’ils avaient à ce titre le droit de diriger le pays puisque les résultats du suffrage leur étaient favorables. Du reste, pourquoi n’y aurait-il pas une démocratie musulmane comme il y a une démocratie chrétienne.  Erreur dont je ne suis pas fier aujourd’hui. Mais à la réflexion,  cette erreur m’habilite à porter un jugement sans préjugés sur Nahdha !

Ce parti porte le sceau de sa conception. Né dans l'ombre, il s'y est longtemps maintenu. Au pouvoir, il continue d'agir dans l'ombre en noyautant l'administration et surtout la police. Ce parti n’a pas su se défaire de son histoire. Son premier échec tient en ceci qu’il est piégé par les conditions mêmes de sa naissance. Né dans la clandestinité, il continue, alors qu’il détient les rênes du pouvoir, à agir en parti clandestin.

La clandestinité lui imposait une discipline de fer dans ses rangs. Cette discipline est toujours de vigueur. C’est ainsi que ses élus à la Constituante se sont transformés en une sorte de claque applaudissant quand on leur demande d’applaudir, votant selon les directives de Montplaisir, le siège de leur parti.

La clandestinité lui dictait un centralisme de rigueur. Cela est toujours de mise.

Cette clandestinité nécessitait surtout une discrétion totale. C’est toujours la loi au sein du mouvement Nahdha. Moins on en savait, mieux c’était, telle était la règle sous Ben Ali. Aujourd’hui encore, les militants de base ne savent rien de ce qui se trame à Montplaisir et ceux de Montplaisir ne savent rien de ce qui se décide dans les entretiens secrets des villas de la banlieue.

Persécutée, Nahdha a dû par moments avoir des tractations clandestines avec le pouvoir, avec ses ennemis les plus farouches. Nahdha était prête à s’allier au diable contre le régime. Aujourd’hui, elle a autant de tractations secrètes avec ses « ennemis ». Il faut penser que cela arrange la nomenclature du parti d’agir dans une telle discrétion. Que savons-nous des multiples déplacements de cette nomenclature à Ankara, à Doha, à Washington ? Les membres même de Nahdha en savent-ils quelque chose ?

Nahdha aura échoué à muer de confrérie en parti. Une fois légalisée, ce parti aurait dû tenir un congrès pour revoir les modalités de son action, son mode de fonctionnement et sortir définitivement de la clandestinité. Il  ne l’a pas fait, et le pays entier est en train de payer cette erreur.

Un pays comme le nôtre ne se gouverne que dans la transparence. Nahdha aurait dû revoir certains de ses principes et s’aligner à l’islam zeitounien pour gouverner la Tunisie. Soyons clair : ce pays ne se laissera pas gouverner par le wahabisme. La réponse donnée à Mohamed Abdelwaheb par les vénérables cheikhs de la Zeitouna en 1810 n’a pas pris une ride. La Tunisie a développé au fil des siècles une lecture moderniste de l’islam qui pourrait lui permettre d’intégrer le monde libre. Les Tunisiens ont toujours rêvé des modèles suisse ou scandinave et il leur est difficile de les troquer pour le modèle afghan ou somalien.

La duplicité est dangereuse : le parti au pouvoir ne peut pas s’allier à des laïcs ni même les gouverner tout en encourageant l’islamisation de la société par le biais des salafistes. Il ne peut pas avoir des relations amicales avec l’Occident tout en fermant les yeux sur les discours anti-occidentaux. En un mot, il ne peut pas servir ce pays en reniant sa culture et ses alliances historiques. Nahdha a eu maille à partir avec les amis traditionnels et stratégiques de la Tunisie (l’Algérie, la France, les USA...).

La duplicité du discours du parti Nahdha étonne de la part d’un parti qui  prétendait vouloir combler le déficit éthique légué par le régime de Mr Ben Ali.

Aujourd’hui, la situation est grave. L’alliance de Nahdha avec les salafistes – contre laquelle nous avons mis en garde depuis l’affaire du Niqab à l’université – a eu des conséquences dramatiques. L’alliance de Nahdha avec les salafistes est une erreur monumentale pour trois raisons : Nahdha est au pouvoir et prétend faire parti d’une coalition démocratique. Deuxièmement, les partis salafistes sont fortement infiltrés par les Renseignements étrangers qui les manipulent. Troisièmement, Nahda est infiltrée par les salafistes et surtout, la base de Nahdha est essentiellement salafiste. Ainsi donc, dans cette alliance, ce ne sont pas les salafistes qui risquent d’être absorbés par Nahdha mais bel et bien l’inverse.

Pire encore, nous apprenons que les salafistes auraient profité de la protection de certains hauts cadres du ministère de l'Intérieur.

Nous ne savons pas dans quelle mesure Nahdha peut gouverner dans la transparence ni même continuer à gouverner. Dans sa configuration actuelle, celle qui perpétue les conditions de sa naissance, Nahdha ne peut que mener le pays vers la discorde, vers le désastre. La Tunisie n’est pas en mesure d’assumer les contradictions internes de ce parti et encore moins sa duplicité. Sur le plan éthique, Nahdha n’a pas le droit de pousser le pays vers la discorde juste pour ne pas laisser éclater ses propres contradictions.

Personne n’a contesté les élections du 23 octobre, mais il est certain que Nahdha ne les aurait pas remportées sans l’appui de ses alliés à l’étranger. Aujourd’hui, il semble que ces mêmes alliés ne veuillent plus de l’islam politique.

Il est possible, comme le disent les Nahdhaouis, que les assassinats politiques visent Nahdha. Ce que nous reprochons surtout à ce parti, c'est d’avoir crée un climat propice à ces assassinats, d’avoir fait de la petite politique plutôt que ce grand art qu’est la politique, d’avoir toujours agi dans l’ombre.

L'embuscade qui a fait huit morts parmi les unités spéciales de l'armée, tués de manière atroce et dans des conditions suspectes, rend le départ de Nahdha salutaire pour le pays.

 


Jalel El Gharbi

31/07/2013