Les mouvements et l’évolution de la situation mondiale | Gustave Massiah, FSM, Tribunal Russell sur la Palestine, Forum Irakien, Forum Paix et désarmement, Rio+20, Forum des migrants d¹Oujda, Forum Free Palestine
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Gustave Massiah   

En partant des mouvements, le FSM sera l¹occasion de penser l¹évolution de la situation mondiale et mettra l¹accent sur la manière de renforcer le processus au service des mouvements sociaux et citoyens, de leurs mobilisations, de leurs luttes et des alternatives qu¹ils portent. Parmi les enjeux, on peut retenir l’évolution de la situation mondiale, la stratégie des mouvements, l’évolution des printemps arabes, le nouveau cycle de luttes et de révolutions ; l’évolution du processus des forums sociaux mondiaux.

Le FSM de Tunis permettra aux mouvements de confronter, à partir de leurs

situations, leurs appréciations de l’évolution de l’état du monde. Malgré la

profondeur de la crise, la bourgeoisie financière reste encore au pouvoir et

la logique dominante reste celle de la financiarisation. Mais la

mondialisation est en train d¹évoluer et ses contradictions augmentent. Elle

se traduit par une différenciation des situations suivant les régions du

monde, une sorte de dérive des continents. Chaque grande région évolue avec

des dynamiques propres et l¹évolution des mouvements sociaux cherche à

s¹adapter à ces nouvelles situations. Cette évolution modifie les conditions

de la convergence des mouvements.

En Amérique Latine, des régimes desarrollistas ou développementalistes,

mettent en place des politiques post-néolibérales. Des politiques qui ne

sont pas du tout anticapitalistes et qui combinent des gages au marché

mondial des capitaux et des politiques sociales avec des redistributions.

Elles ont pour conséquence une forme de banalisation de l¹altermondialisme

et une fragmentation des mouvements sociaux. En Asie, des alliances

combinent des bourgeoisies étatiques, nationales et mondialisées. Comme en

Amérique Latine, se pose la question sur le rôle des mouvements sociaux des

nouvelles puissances qu¹on appelle faute de mieux « pays émergents ». Dans

ces deux régions, le mouvement social s¹organise autour des travailleurs en

lutte pour leurs droits et leurs salaires, qui passent des alliances

spécifiques avec la bourgeoisie étatique, d¹autant que cette dernière

contrôle une partie de l¹appareil productif.

Au Moyen Orient, le nouveau cycle de luttes et de révolutions débouche sur

une période de fortes contradictions. La présence réelle des mouvements est

confrontée à l¹émergence de forces politiques se référant à l¹islam

confrontées au pouvoir gouvernemental, et à l¹instrumentalisation des

grandes puissances qui cherchent à compenser la chute de leurs alliés

dictateurs en jouant des situations. En Afrique, la course aux matières

premières et à l¹accaparement des terres et la multiplication des conflits

et des guerres qui en résulte brouille la dynamique économique réelle et la

vivacité des mouvements.

En Amérique du Nord, les nouveaux mouvements, occupy et carrés rouges, sont

confrontés à la violence de la réaction des pouvoirs économiques et à la

montée des conservatismes inquiétants. En Europe, les mouvements sont

confrontés à trois défis principaux : la précarité, la xénophobie, la

définition d¹un projet européen alternatif. Le premier concerne

l¹indispensable et très difficile alliance pour les luttes communes entre

travailleurs précaires et travailleurs non-précaires. Le second concerne la

montée des idéologies racistes et xénophobes qui prolifèrent à partir de la

peur et des insécurités sociales, écologiques et civiques. Le troisième

concerne la définition d¹un projet européen alternatif qui se dégagerait du

projet européen dominant et de ses impasses et qui traduirait en termes

politiques et culturels l¹unité du mouvement social européen.

Confrontés à la nouvelle situation et à la vigueur de la réaction

conservatrice, les mouvements déploient une très forte combativité et

beaucoup d¹inventivité. Ils n¹ont pas encore redéfinis les nouvelles formes

et les priorités qu¹ils veulent accorder à la convergence des luttes

internationales. Ils sont conscients de son importance et restent présents

dans les espaces existants, notamment dans les forums sociaux, sans toujours

les investir avec une attention suffisante.

La situation du processus des forums sociaux mondiaux

Le FSM joue un rôle central dans le processus des forums sociaux. Il est

l¹occasion d¹événements spécifiques qui s¹y préparent (Forum Mondial Science

et Démocratie, Forums des Autorités locales, Forum de Parlementaires, Forum

syndical, Forum des médias libres,..) et de l’organisation d’activités qui

sont directement issus d’autres événements qui ont eu lieu ou qui se

préparent (Rio+20, Forum des migrants d¹Oujda, Forum Free Palestine,

Tribunal Russell sur la Palestine, Forum Irakien, Forum Paix et désarmement,

Florence+10 sur le mouvement social européen, Forum pan canadien, Forums

Paix et désarmement à Sarajevo en 2014, etc.).

Les forums nationaux et régionaux explorent des voies de transformations

politiques et ouvrent la question de l¹évolution des régimes et des rapports

entre les mouvements et les Etats. Des politiques post-néolibérales sont en

gestation. Elles ne sont pas anticapitalistes, mais elles cherchent des

voies d¹autonomie par rapport au marché mondial des capitaux et des

possibilités de redistribution partielle. Par rapport à la fragmentation du

mouvement social dans certaines situations, l¹autonomie des mouvements

sociaux reste la priorité, y compris dans les négociations et dans le

soutien à certains régimes. Les forums thématiques approfondissent

l¹orientation stratégique, celle de l¹égalité des droits et des

mobilisations contre la logique du capitalisme. La liste des forums

thématiques, régionaux et mondiaux s¹allonge ; on en compte une cinquantaine

pour la période 2012 à début 2013. Par rapport à la nouvelle période, le FSM

de Tunis amorcera la mutation du processus des forums sociaux mondiaux.



Gustave Massiah, le 2 février 2013

 

 




 

*Gustave Massiah est représentant du CRID au Conseil International du FSM