L’évolution des «printemps arabes» | Gustave Massiah, FSM en Tunisie, tribunal Russell
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Gustave Massiah   

Le FSM aura lieu en Tunisie. Là où a commencé le nouveau cycle de luttes et

de révolutions. Les insurrections méditerranéennes portent une espérance

révolutionnaire. Ce qu¹il y a de nouveau dans ce cycle de révolutions est en

gestation ; il n¹est pas prédéterminé. La période amène à ouvrir la

discussion publique sur les révolutions et les ruptures. Quelques pistes

peuvent être dégagées.

Le temps des révolutions est un temps long et n¹est pas linéaire. Les

ruptures ne sont pas définitives. Certaines situations sont déviées pour

ramener les insurrections populaires à des guerres civiles. Les révoltes

populaires contre les régimes dictatoriaux confrontés à des répressions

sanglantes ouvrent, de plus, la possibilité à toutes les manoeuvres des

puissances dominantes et environnantes. Elles rendent plus difficile la

perception des enjeux de long terme par rapport aux situations dramatiques.

Au-delà de la démocratisation, étape nécessaire, une orientation alternative

à la mondialisation capitaliste est aujourd¹hui en gestation. Elle doit

répondre aux contradictions sociales, écologiques, géopolitiques,

démocratiques. Un autre enjeu majeur est celui d¹une nouvelle phase de la

décolonisation qui correspondrait au passage de l¹indépendance des Etats,

qui a caractérisé la première phase de la décolonisation, à

l’autodétermination des peuples. Cette nouvelle phase de la décolonisation

ne se réduit pas à la montée en puissance des pays dits émergents. Elle se

construit dans la convergence des mouvements qui a progressé dans l’espace

des Forums sociaux mondiaux. Cette nouvelle phase de la décolonisation va

mettre sur le devant de la scène les questions de l’épuisement des

ressources naturelles, particulièrement de l’eau, du climat, de la

biodiversité, du contrôle des matières premières et de l’accaparement des

terres.

Une part de ce qui est nouveau cherche son chemin à l’échelle des régions et

N’est visible qu’à l¹échelle d¹une génération. L’Amérique Latine est sortie

des dictatures il y a moins de trente ans. La démocratisation a donné

naissance à une période de démocraties bourgeoises. Ces régimes ont mis en

place des systèmes de croissances néolibérales, conformes à la logique

dominante, et des démocratisations plus ou moins limitées. Et les Etats-Unis

sont passés du contrôle des dictatures à des formes de contrôle des

démocraties bourgeoises. Mais, dans ce processus, de nouveaux mouvements

sociaux et citoyens se sont développés, modifiant la situation dans de

nombreux pays et dans la Région en ouvrant la possibilité à de nouvelles

évolutions.

Dans la région Maghreb-Machrek, les contradictions vont s’amplifier entre

les tentatives de régimes conservateurs et les nouveaux mouvements sociaux

et citoyens. Que seront les nouveaux mouvements sociaux et citoyens qui vont

se construire dans la nouvelle période. C’est dans cette perspective que se

situe la réflexion sur l’évolution de l’islam politique. C’est aussi dans

cette situation que la réalité migratoire dans toutes les régions montre

l’importance, exacerbée par la crise, du racisme et de la xénophobie dans

toutes les sociétés. Les sociétés sont multiples et le rejet de l¹étranger

met en danger la cohésion de chaque société.

Le FSM de Tunis permettra l¹expression de l’émancipation des peuples de la

région : tunisien, marocain, sahraoui, algérien, égyptien, syrien. Le

peuple palestinien sera à l’honneur avec notamment la présentation des

conclusions du tribunal Russell sur la Palestine et la marche de clôture du

Forum qui lui sera dédiée.



*Gustave Massiah est représentant du CRID au Conseil International du FSM